Réussir lait 04 novembre 2015 à 08h00 | Par Véronique Bargain

Un partenariat pour maîtriser le parasitisme en zone humide

En Nord-Picardie, un partenariat entre vétérinaires et acteurs de la gestion et de la protection de l'environnement a abouti à un programme de sensibilisation-formation.

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Mal connus, les milieux humides sont souvent considérés comme sans intérêt et sont parmi les milieux les plus dégradés et menacés au monde.
Mal connus, les milieux humides sont souvent considérés comme sans intérêt et sont parmi les milieux les plus dégradés et menacés au monde. - © PNR Caps et Marais d'Opale

La préservation des zones humides est un enjeu écologique majeur. Véritables réservoirs de biodioversité, ces zones assurent aussi le maintien de la qualité de l'eau, la prévention des inondations, l'adaptation au changement climatique et sont le support de nombreuses activités (agriculture, pisciculture, chasse, loisirs...). Les pratiques de maîtrise du parasitisme des bovins au pâturage y sont donc particulièrement surveillées. Dans le Pas-de-Calais, le sujet est en débat depuis 2007 dans le parc naturel régional des Caps et Marais d'Opale. Une étude sur le territoire des marais de Slack, petite zone de prairie humide de 511 hectares située à l'embouchure d'un fleuve côtier, entre les collines du Boulonnais, ayant conclu que l'utilisation massive d'antiparasitaires constituait un risque majeur pour l'environnement et qu'il convenait d'y mettre fin immédiatement, les vétérinaires du secteur se sont alors mobilisés. « L'implication de la FRGTV(1) a permis d'apaiser rapidement la situation", explique Emmanuel Thebaud, animateur de Vet'El, représentation locale de la FRGTV. Elle a permis aussi la mise en place d'un partenariat entre les vétérinaires, les éleveurs, l'Agence de l'eau Artois-Picardie et les gestionnaires du parc naturel régional des Caps et Marais d'Opale.

Des financements ont été dégagés par l'Agence de l'eau et les conseils généraux du Nord et du Pas-de-Calais pour mettre en place autour de la maîtrise du parasitisme des actions pouvant satisfaire à la fois l'environnement et les éleveurs. Une étude en 2011-2012 a d'abord montré que la maîtrise du parasitisme est un enjeu réel pour les éleveurs, du fait de l'abondance des strongles digestifs et respiratoires et des douves, mais qu'elle présente aussi certains risques pour l'environnement, notamment pour les bousiers et les oiseaux et chauves-souris qui les consomment. En 2013-2014, un protocole d'accompagnement des éleveurs par leur vétérinaire a donc été élaboré, basé sur des visites et analyses au retour en étable et en fin d'hiver.

Ce protocole conseil, accompagné de formations-sensiblisation des éleveurs et vétérinaires, a été appliqué à quarante éleveurs. «Il a permis d'améliorer la prise en charge parasitaire dans 80 % des cas et, grâce au changement de molécules ou des périodes de traitement, voire à la suppression de certains traitements, de limiter le risque environnemental dans 72 % des cas », souligne Emmanuel Thébaud. Au plan économique, le suivi des élevages entraîne dans 60-70 % des cas une économie sur l'achat de produits, qui compense globalement le surcoût lié au suivi (400-450 €) quand il n'est pas pris en charge par la collectivité. « Et il faut y ajouter les gains de productivité liés à une meilleure maîtrise du parasitisme, ainsi que l'amélioration des relations avec les gestionnaires et protecteurs de l'environnement et avec la société », estime Emmanuel Thébaud. En 2015, de nouveaux financements ont été accordés pour étendre les actions de formation-sensibilisation et pour le suivi de quarante nouveaux élevages. Et sur la période 2016-2018, le financement de l'encadrement pourrait être étendu à un panel élargi d'élevages situés dans les zones humides les plus fragiles de la région.

(1) Fédération régionale des groupements techniques vétérinaires.

Une priorité nationale

Le 3e Plan national d'actions 2014-2018 sur les milieux humides intègre pour la première fois l'amélioration de la gestion sanitaire des troupeaux en milieu humide. Il y est prévu de publier un document de synthèse sur les méthodes de diagnostic et conseil sur la gestion durable du parasitisme en milieu humide et d’organiser la diffusion de l’information auprès des professionnels et du grand public. C'est la SNGTV, par l'intermédiaire de  Vet'El, qui est chargée de la conduite de cette action.

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