Réussir lait 16 juin 2017 à 08h00 | Par Costie Pruilh

Un livre et un nouveau départ

Le jour où on a vendu nos vaches est le livre dans lequel Ludivine et Christophe Le Monnier témoignent de leur vie rendue infernale par les difficultés de leur élevage.

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Le livre est en vente depuis le 15 février 2017. "On reçoit des témoignages de sympathie d'agriculteurs mais aussi de citoyens hors du milieu agricole."
Le livre est en vente depuis le 15 février 2017. "On reçoit des témoignages de sympathie d'agriculteurs mais aussi de citoyens hors du milieu agricole." - © C. Pruilh

"Nous avons accepté de nous raconter dans ce livre écrit par Bérengère Petit, journaliste au Parisien, pour montrer à ceux qui ne connaissent pas l'agriculture une réalité, celle que nous avons vécue, et que vivent beaucoup d'agriculteurs. Pour qu'ils comprennent pourquoi les agriculteurs manifestent et pourquoi il y a tellement de mal-être, à nourrir les autres et à ne pas réussir à se nourrir soi-même !", exposent Ludivine et Christophe Le Monnier.

Christophe s'est installé en 2001 sur l'exploitation de ses parents (65 ha, 280 000 l), puis a repris des terres et est monté à une cinquantaine de vaches. Ludivine, conjoint collaborateur sur l'exploitation, aide Christophe pour les trois chambres d'hôtes. "Déjà en 2007, 2008, l'exploitation était peu rentable. Après la crise de 2009, le prix du lait des années suivantes n'a jamais permis de redresser l'exploitation." Ludivine cherche du travail à l'extérieur, et finit par décrocher un temps plein de conseillère en décoration à Bricomarché.

"On a vécu deux années noires en 2014 et 2015. J'ai failli le quitter", raconte Ludivine. On travaillait beaucoup, pour quoi au final ? Le lait n'amenait plus de revenu, pire il creusait le déficit. Les fournisseurs envoyaient des huissiers. Sur le compte commun, je voyais ma paye saisie. C'était la galère même pour manger ! On ne profitait pas de nos enfants. Je lui disais : "Ça va aller ? Tu veux arrêter le lait ? Fais quelque chose." Il voulait croire que tout s'arrangerait. Et un jour, j'ai vu un salarié de la coopérative : il venait de conclure l'arrêt de son contrat laitier."

Christophe a décidé d'arrêter le lait en septembre 2015, son contrat laitier s'arrêtait au 31 décembre, et il a arrêté complètement de traire le 20 février 2016. Il élève encore les dernières élèves pour vendre des génisses pleines. "J'aimais l'élevage, mais j'ai réussi à passer à autre chose. C'est mieux de pouvoir arrêter progressivement." Christophe reste exploitant de 68 ha. "Et je travaille à l'extérieur pour une entreprise de travaux agricoles et un paysagiste. Et il y a les chambres d'hôtes. Je sais m'adapter, je suis capable de travailler à l'extérieur, dans un autre domaine."

Christophe reconnaît des erreurs. "Je ne passais pas assez de temps au travail administratif. J'ai loupé des occasions de toucher des aides, j'aurais pu éviter d'en perdre... Je n'ai pas cherché de l'aide. Je me suis renseigné à la chambre d'agriculture sur Agridif et les procédures de redressement, mais je n'ai pas franchi le pas. Cela m'aurait aidé soit à rebondir, soit à arrêter plus tôt pour éviter de perdre trop." Juridiquement, le couple ne s'était pas protégé : le professionnel et le privé étaient mélangés, et Ludivine solidaire des dettes. "Ce livre m'a aidé à exprimer ce que je ressentais. Je sais maintenant que j'aurais dû parler, aller voir mes fournisseurs pour qu'ils comprennent ma situation et puissent me proposer des solutions."

Christophe reconnaît sa chance d'être entouré par sa femme, ses enfants et ses parents. "Ma mère m'a dit : une ferme ne vaut pas une vie. Cela m'a aidé à lâcher le lait. Je pense à celui tout seul sur sa ferme, c'est beaucoup plus dur !"

Aujourd'hui, les dettes ne sont pas complètement épongées, mais à 39 et 40 ans, Ludivine et Christophe peuvent penser à une nouvelle carrière. Ils aimeraient créer une quatrième chambre d'hôte et un gîte d'étape. Un nouveau projet, quoi de mieux pour tourner la page !

- © L'Agriculteur normand

Les Foulards noirs 14

Ludivine Le Monnier et une autre femme d'éleveur ont fondé l'association les Foulards noirs 14 il y a un an, pour faire entendre la réalité des agriculteurs qui n'arrivent pas à vivre de leur métier. Elles agissent avec une page Facebook, des manifestations et des rencontres d'élus. Un film est en tournage avec France 5, sur les femmes d'agriculteurs, pour une diffusion prévue en fin d'année.

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