Réussir lait 07 juillet 2006 à 14h13 | Par Franck Mechekour

Réforme de la PAC - L´Allemagne peu perturbée par le découplage des aides

La mise en place du découplage en 2005 a eu peu d´effets sur la filière laitière allemande, boostée par une conjoncture favorable, selon l´Institut de l´élevage.

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Avec 28,5 millions de tonnes de lait produites en 2005, l´Allemagne est le premier pays laitier européen devant la France (24,3 millions de tonnes). Les évolutions de la filière laitière outre-Rhin nous concerne à plus d´un titre. D´abord parce que « l´Allemagne occupe une place centrale dans l´équilibre des marchés européens des produits laitiers », comme le rappelle Gérard You du département économique de l´Institut de l´élevage. Mais aussi parce que ce pays est « le principal partenaire et concurrent de la France ». Les économistes de l´Institut de l´élevage se sont donc penchés sur le cas de l´Allemagne afin de mesurer l´impact de la mise place du découplage sur la filière laitière(1). Les Allemands ont en effet découplé toutes les aides à la production, aide directe laitière comprise, dès 2005.
Au final, cette étude montre que lors de cette année charnière, « le découplage n´a pas eu les effets redoutés dans le secteur laitier comme dans les autres secteurs de l´agriculture allemande », résume Gérard You.

Le rythme des cessations laitières ne s´est pas accéléré. Et le marché des quotas est resté très dynamique, même si les droits à produire sont dépourvus de primes pour l´acquéreur en raison du découplage de l´ADL. La valeur des quotas échangés dans les bourses des différentes provinces ont même progressé d´environ 10 % par rapport à 2004 pour s´établir à 0,50 euro/kg de lait en novembre 2005 mais aussi en avril 2006. « Ce statu quo tient pour l´essentiel à la conjoncture laitière bien meilleure que prévu », commente Gérard You. La bonne valorisation commerciale de la production laitière, liée à une nouvelle poussée des fabrications fromagères (environ + 3 %) et une consommation de produits laitiers plutôt bien orientée ont pesé favorablement sur le maintien du prix du lait payé aux producteurs en 2005. « Les entreprises laitières allemandes sont notamment positionnées sur la fabrication de fromages ingrédients pour lesquels on constate une progression de la demande mondiale.
Ainsi, malgré la présence du hard discount, la filière allemande paraît plus dynamique qu´en France parce qu´elle est capable de faire des produits bon marché qui s´exportent mieux. »

L´Allemagne a également profité « d´un marché mondial bien orienté pour la poudre et le beurre et de la dynamique de la consommation de produits laitiers dans les nouveaux états membres de l´Union européenne, et notamment en Pologne ».
En Allemagne, la hausse de l´aide directe laitière et des produits de la viande a largement compensé celle des charges l´année dernière. ©M. Faggiano

Le prix du lait a bien résisté en 2005
En 2005, avec 276 euros/ tonne, le prix standard (34 g de TA et 37 de TB) « n´a reculé que de 9 euros (- 3 %) sur celui de 2003, année de référence avant la mise en oeuvre de la réforme de la Pac dans le secteur laitier ». Or, les producteurs allemands ont reçu une aide directe laitière de 24 euros/tonne sur un droit à produire établi au 31 mars 2005. Les éleveurs ont également bénéficié « de l´euphorie sur le marché de la viande bovine ». Ainsi, « la hausse de l´aide directe laitière et des produits de la viande ont largement compensé la hausse des charges, principalement de l´énergie, subie en 2005 ».
Ces tendances générales ne doivent pas occulter la grande disparité des systèmes d´élevage présents dans ce pays (lire encadré) et son impact sur la valorisation du lait et de la viande. Par exemple, le prix du lait standard a été le plus élevé en Bavière (302 euros/ tonnes en 2005) région du sud de l´Allemagne et le plus faible (moins de 280 euros tonne) dans certains länder du nord et de l´Est du Pays. « Un tiers de cette différence s´explique par la production d´un lait plus riche en matière utile en Bavière ou la Fleckvieh (Simmental allemande) est largement majoritaire dans les troupeaux (80 % des animaux) par rapport à la Holstein. Les 2/3 restant sont liés à une meilleure valorisation du lait ». Dans ce länder, « l´industrie laitière collecte 28 % du lait produit en Allemagne mais fabrique près de la moitié du fromage ».
Une exploitation en Bavière. La valeur des quotas échangés dans les Bourses a progressé de 10 % par rapport à 2004. ©M. Faggiano

La double activité limite la cessation laitière
La conjoncture économique du pays a également joué sur la stabilité du rythme des cessations laitières. En effet, en 2005 l´économie allemande « a connu une faible croissance économique ( + 1 %) et une progression du chômage qui a atteint 11 % de la population active. » Ce contexte morose conforte le maintien de la double activité en Bavière, « notamment dans le bassin riche en emplois de Munich ». Ce phénomène est d´autant plus intéressant à souligner que la Bavière est « le véritable poids lourd de l´Allemagne laitière ». Elle fournit plus du quart de la production nationale et regroupe pratiquement la moitié des producteurs allemands (49 500 éleveurs recensés en 2005). Autrement dit, la densité d´élevages laitiers y est la plus élevée du pays. Le modèle bavarois avec ces petites exploitations (24 vaches laitières et un quota moyen d´à peine 150 000 kg), enregistre le rythme de restructuration le plus faible d´Allemagne avec une baisse annuelle moyenne de 4,5 % depuis 1999 contre une moyenne nationale à 5,5 % an.
« A l´inverse, dans le Nord et dans l´Est, où les activités économiques, notamment touristiques, sont beaucoup plus réduites, la double activité reste marginale si bien que le rythme des cessations laitières apparaît sensiblement plus élevé que dans le sud. »
Cet exemple illustre l´impact de la démographie sur le rythme des cessations laitières. A ce propos, les résultats d´une étude démographique publiés en mars dernier en Allemagne font état d´une décroissance de la population avec notamment une désertification préoccupante à l´Est dans les provinces de l´ex République démocratique d´Allemagne(2).
L´absence d´impact apparent du découplage en 2005 s´expliquerait aussi par un facteur humain. « Les éleveurs n´avait pas encore intégré dans leur raisonnement économique le changement de statut des primes agricoles en raison de versements tardifs de l´ADL et des autres primes découplées. »

Ainsi, différents phénomènes permettent d´expliquer le statu quo observé en 2005 en Allemagne. Mais pour Gérard You, le prix du lait reste le facteur déterminant au niveau de la prise de décision chez les éleveurs. « Notre étude confirme l´hypothèse selon laquelle le découplage des aides influencera d´autant plus le secteur laitier, donc le choix et les comportements des éleveurs, que la conjoncture laitière sera dégradée ».
La bonne valorisation du lait liée à une poussée des fabrications fromagères a pesé sur le maintien du prix du lait. ©F. Mechekour

Chiffres clés
En 2005
 Quota : 28,5 millions de tonnes
 Détenteurs de quota : 112 000
 Nombre de vaches : 4,14 millions
 Niveau de production : 6 800 kg
 Prix du lait standard : 276 euros la tonne
 Valeur d´achat de quota : 450 euros la tonne
(Source : Institut de l´élevage)
(1) « La production laitière allemande après le découplage : dans l´immédiat pas de bouleversements ». Dossier de l´économie de l´Institut de l´élevage mai 2006. Prix : 20 euros.
(2) Source : Direct Affaires semaine 13/2006

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