Réussir lait 20 mai 2009 à 17h53 | Par C.Pruilh et E. Bignon

Prix du lait d’avril - Une baisse de plus de 90 euros qui attise la colère

Les éleveurs ne s’attendaient pas à une baisse d’une telle ampleur. Des entreprises n’ont pas hésité à s’aligner sur leur environnement, indépendamment de leurs fabrications.

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Manifestation à Vire. Les éleveurs laitiers
ont obtenu une médiation du ministère qui
a pour objectif la reprise des négociations
sur le prix du lait.
Manifestation à Vire. Les éleveurs laitiers ont obtenu une médiation du ministère qui a pour objectif la reprise des négociations sur le prix du lait. - © V. Motin

Au moment où nous mettions sous presse (19 mai 2009), la journée d’action nationale à l’appel de la FNPL mobilisait fortement les éleveurs, avec les « réveils des préfets ». Des blocages de camions, des rencontres de directeurs de laiterie, des interventions en grande surface, avaient déjà eu lieu, au fur et à mesure que les factures de lait arrivaient dans les exploitations. Grâce à cette forte mobilisation, le ministère de l’Agriculture a répondu favorablement à une des demandes des producteurs : la médiation entre producteurs et transformateurs. Ainsi, deux médiateurs ont été nommés, pour « mettre en place les conditions d’une négociation dans les régions permettant de déboucher sur l’élaboration et la diffusion d’éléments entrant dans la composition du prix du lait pour le deuxième trimestre », indique le ministère.

La FNPL demande aussi une aide à la trésorerie des exploitations laitières, invoquant la responsabilité des Pouvoirs publics dans la dérégulation des marchés et dans l’affaiblissement de l’interprofession laitière. Pour les éleveurs, le plongeon du prix du lait ne tient pas compte des valorisations des PGC (produits de grande consommation), dont les prix sont par ailleurs mis sous pression par la grande distribution. Les éleveurs demandent aussi aux Pouvoirs publics d’intervenir pour que cesse cette mise à sac de la filière laitière. (voir notre article sur l’observatoire des prix et des marges, page 82)

La Confédération paysanne et l’OPL (Coordination rurale) ont appelé aussi à des manifestations, le 25 mai. L’OPL et l’EMB (syndicat européen de plus de 100 000 producteurs de lait, dans 17 pays) ont manifesté à Bruxelles. De son côté, la Confédération paysanne demande de l’Europe des mécanismes publics de régulation des marchés, un système de gestion publique des volumes comme les quotas, ainsi que la recherche d’une solution pour réduire les 10 % d’excédents européens qui doivent être exportés, et qui pèsent aujourd’hui sur toute la filière.

GROSSE BAISSE MÊME CHEZ LES « FLEURONS »

La colère et l’incompréhension sont à leur comble. « On s’attendait à un prix de l’ordre de 250-260 euros pour 1000 litres, pas de 210-220 !, s’écrie Thierry Roquefeuil, secrétaire général de la FNPL. Les Pouvoirs publics ont interdit à l’interprofession d’établir une recommandation, au nom de la libre concurrence et de l’interdiction de s’entendre sur les prix, mais les entreprises se sont très bien entendues sur les prix d’avril 2009. » Les baisses de prix du lait sont en effet très similaires pour le mois d’avril : de -90 à -104 euros pour 1000 litres. Lactalis et Sodiaal parlent de baisse pour tout le deuxième trimestre : -94,5 et -94 euros respectivement.

Parmi les grandes entreprises, les deux qui affichent les plus fortes baisses sont Entremont — sans surprise — et Bongrain — une grosse et mauvaise surprise. « Dans notre région, Bongrain fabrique le Saint Agur, un des fromages qui se vend le mieux ; c’est incompréhensible », souligne Yannick Fialip, président de la section lait FRSEA Auvergne. En Lorraine et à Paris, Bongrain a fait l’objet de visites particulières de producteurs en colère. « On sait bien qu’une entreprise comme Bongrain ne pratique pas -104 euros parce qu’elle ne peut pas faire autrement ! C’est révoltant », s’insurgent des représentants d’éleveurs.

En Normandie, des fromagers ayant des AOC appliquent des baisses importantes. « Nous avons fait des blocages chez Gillot Fléchard dont 70 % de la collecte est transformé en fromages, qui paye 215 euros de prix de base pour les éleveurs en AOC ! En fait, elle s’aligne sur son environnement », s’insurge Yves Leperlier, de la Confédération paysanne. Même état des lieux chez Graindorge : 215 euros sans les compléments de prix (prime AOC, foin séché en grange…).

Le plongeon d’avril, qui risque de se poursuivre sur mai et juin, est un rattrapage des entreprises par rapport au prix du lait du premier trimestre, qui était alors bien supérieur aux prix pratiqués dans les pays voisins. Les entreprises visent dans l’ensemble un prix moyen de 260- 270 euros pour 1000 litres sur le premier semestre 2009.

PRIMES EXCEPTIONNELLES CHEZ DANONE ET SENOBLE

Certains transformateurs (Eurial, le Glac, 3A) ont réécrit les grilles ou effectué des reports du premier trimestre sur le second, pour lisser la baisse et éviter le grand plongeon d’avril mai. Le prix d’avril apparaît donc plus élevé que dans les autres entreprises, mais sur le semestre, le prix moyen est similaire. En Haute-Normandie, Danone et Senoble ont concédé des primes exceptionnelles après des blocages d’usine. « Senoble a mis en place une prime de 20 euros pour 1 000 litres. Danone accorde deux fois 10 euros de prime exceptionnelle et une avance de trésorerie de 20 euros, remboursable en fin d’année », détaille la FDSEA de Seine-Maritime. Henri-Xavier Benoist, directeur lait de Danone, ajoute : « Nous partons sur une moyenne trimestrielle de 235 euros pour 1000 litres. Notre grille, très saisonnée, fait remonter le prix dès juin, évalué pour l’instant à 284 euros. » Ce coup de pouce pourrait faire un précédent sur d’autres zones, suivant les négociations qui auront lieu avec les groupements de producteurs. « Dans le Nord, les éleveurs ont refusé cette solution. Ils préfèrent discuter autour d’un prix annuel de 305 euros pour 1 000 litres, demandé par la FNPL », indique Philippe Duez, de la FRPL Nord Picardie.

180 EUROS POUR LES ALLOCATIONS CHEZ ENTREMONT

Les prix varient un peu d’une région à l’autre. Dans le Grand Ouest, le prix du lait d’avril est de 203 euros pour 1000 litres pour Bongrain et Entremont alliance. Entremont est une des entreprises qui payent le moins bien, car aux -104 euros pour 1 000 litres, s’ajoute le fait que les allocations provisoires sont toutes payées au prix de la valorisation beurre poudre, soit 180 euros. Sodiaal, Lactalis et Bel paient autour de 210 euros, l’ensemble Coopagri Bretagne, Even et LVA (laiterie du Val d’Ancenis) atteint 215 euros. Pour Eurial et le Glac, « si on ne tient pas compte du report de 30 euros, les prix seraient respectivement de 213 et 224 euros », indique la FRSEAO (Grand Ouest). Les prix sont plus élevés dans l’Est (220- 240 euros), « mais nous avons eu une réécriture de grille qui lisse les baisses de prix. En moyenne sur l’année, on ne devrait pas être loin du Grand Ouest », estime Daniel Perrin, président de la section lait de la FRSEA Lorraine.

Dans le Sud-Ouest, le prix tourne autour de 220 euros.Avec la réécriture de la grille, 3A est à 240 euros en avril. Mais en moyenne sur les quatre premiers mois de l’année, le résultat est similaire à l’environnement. Dans le Massif central, les prix sont de l’ordre de 200- 210 euros. Des petites entreprises paient 225- 230 euros, pour garder leurs éleveurs. L’URCVL assure un prix de 220 euros en avril, mais la coopérative ne va pas bien et a dû céder sa filiale Via Lacta (voir ci-contre). Espérons que la forte mobilisation des éleveurs aboutisse à d’autres avancées, pour un prix décent… ■

VIA LACTA EN REDRESSEMENT JUDICIAIRE : Incertitude pour 150 éleveurs de Haute-Loire

Via lacta a été placé en redressement judiciaire début mai. La fromagerie, filiale de l’URCVL, est mise en observation pendant six mois. Durant cette période, le mandataire judiciaire a la charge de faire vivre l’entreprise et de relancer la recherche d’un repreneur, qui n’a pour l’instant pas abouti. Les 150 producteurs de lait concernés risquent de ne pas être totalement payés pour le mois d’avril, voire pas du tout (pour l’instant, pas de facture). S’ajoute à cette incertitude celle de leur avenir en tant que producteur, si aucun repreneur ne se manifeste.

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