Réussir lait 09 janvier 2013 à 18h00 | Par E.Bignon

Prédire plus finement la production du troupeau

Un outil d’analyse en cours de construction permettra de réaliser une prévision saisonnière de la production de façon plus précise et plus personnalisée, en fonction des particularités de chaque élevage.

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L’ALIMENTATION, les conditions climatiques et le savoir faire
de l’éleveur intègrent le modèle de prévision
à travers le calcul d’un effet troupeau spécifique.
L’ALIMENTATION, les conditions climatiques et le savoir faire de l’éleveur intègrent le modèle de prévision à travers le calcul d’un effet troupeau spécifique. - © E. Bignon

Les organismes de conseil en élevage disposent de logiciels de prévision de production pour aider les éleveurs dans leur gestion de quota. Ces outils existent mais reposent sur des études et des modèles de courbes de lactation vieillissants. « Toutes les vaches présentent la même courbe, simplement corrigée du mois de vêlage et du numéro de lactation. Elles sont parallèles selon les niveaux de production. Or, ce schéma simpliste ne correspond pas à la réalité. Les hautes productrices, par exemple, affichent des courbes différentes, au profil plus plat », illustre Jean-Paul Abiven, de Bretagne Conseil élevage Ouest.


Il insiste sur une autre limite des outils actuels : « les courbes utilisées ont été calculées, il y a une vingtaine d’années, à partir de statistiques intégrant uniquement des Prim’Holstein et Normandes ; elles se montrent peu adaptées à la race Montbéliarde ».


Le nouvel outil tient compte des spécificités de chaque élevage


D’autre part, les conditions de chaque élevage, liées à l’alimentation et à la conduite du troupeau, ne sont pas prises en compte. « Seuls des coefficients à l’appréciation du conseiller permettent d’intégrer à la marge ces paramètres. »


En parallèle, la demande évolue. Demain, les éleveurs auront besoin d’un pilotage de la production encore plus fin, avec une prévision de répartition trimestrielle, voire mensuelle, des volumes contractualisés avec leur laiterie. D’où l’intérêt du nouvel outil sur lequel planche France conseil élevage, l’Inra et l’Institut de l’élevage dans le cadre du programme Genesys.


Le travail engagé s’appuie sur une meilleure modélisation des courbes de lactation. « Les vaches d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’en 1990. L’apport de la génétique induit un changement de type d’animal, explique Jean-Paul Abiven. De plus, les courbes de lactation seront adaptées à chaque élevage grâce au calcul d’un effet troupeau spécifique. Et la partie génétique incluera à la fois le niveau de production et la persistance laitière. »


L’analyse porte sur des dizaines de millions de données « À l’origine, tout est parti d’un travail conduit pour les évaluations génétiques, mais rapidement une voie prometteuse s’est ouverte pour d’autres applications en appui-conseil, poursuit- il. L’analyse a porté sur des dizaines de millions de données provenant de tous les élevages au contrôle laitier. »


Le nouveau modèle décompose la production journalière d’une vache en différents effets. L’objectif est d’estimer l’impact de ces différents effets sur la production d’un animal au cours de sa lactation.


Recomposer la production d’une vache en différents effets


Le premier effet — sans doute le plus important — est l’effet « troupeau-jour de contrôle » (ou effet TJC). Il correspond à tout ce qui est spécifique à l’élevage, le jour du contrôle. « Cet effet troupeau et son évolution au cours de l’année équivaut en quelque sorte à l’« empreinte conduite » de chaque élevage en lien avec l’alimentation, les conditions climatiques mais aussi le savoir-faire de l’éleveur, détaille Jean-Paul Abiven. C’est l’outil d’adaptation à chaque élevage qu’il nous manquait. Nous saurons dire par exemple que l’on attend 5 kilos de plus par vache au printemps par rapport à l’été pour un élevage donné, alors qu’un autre aura une courbe d’effet TJC quasiment plate. »

Cet effet est notamment lié à l’alimentation, comme a pu le montrer l’étude menée dans le cadre de Phénofinlait (lire page 22). À cet effet troupeau s’ajoutent des effets propres à chaque animal, qui modifient de façon positive ou négative sa production. Sa valeur génétique est le premier de ces effets. Fait nouveau, elle prend en compte la persistance laitière. L’effet non génétique propre à chaque vache est aussi intégré. « Celui-ci correspond à des conditions qui impactent ses performances de façon permanente, comme la perte d’un quartier par exemple. »


D’autres effets liés à l’animal tels que l’âge au vêlage, la durée du tarissement précédent, le mois de vêlage, et l’effet de la gestation intègrent le nouveau modèle.


Tous ces effets ont été estimés pour chaque race. « Par exemple, les courbes de lactation sont de niveau et de forme différentes selon le mois de vêlage, entre multipares et primipares et selon les races également, avec des écarts pouvant atteindre 500 kg en Montbéliarde ! », indique le conseiller.


Ce nouvel outil, encore en cours de construction, sera déployé à partir de 2014, notamment en Bretagne. En plus du lait, il prédit les taux (TB et TP).

- © FCE

EXEMPLE de prévision de courbe de lactation : Lactation 2 de la vache Lambda


- L’effet troupeau-jour de contrôle est le reflet des caractéristiques du troupeau, qui influencent la production d’une vache le jour du contrôle. C’est toujours l’effet le plus important et le plus variable d’une saison à l’autre. Pour le prédire, il faut s’appuyer sur l’analyse des résultats du troupeau sur les 3 à 5 dernières années.


- L’effet génétique est assez important. Ici, sa forme induit une baisse de lait importante en fin de lactation (faible persistance). Il peut aller jusqu’à 8 kg par jour. Comme tous les autres effets propres à la vache, il peut être positif ou négatif d’un animal à l’autre et en cours de lactation.


- L’effet environnement permanent positif peut s’expliquer par de très bonnes conditions d’élevage des génisses. Négatif, il traduit des accidents dans la vie d’une vache, comme la perte d’un quartier par exemple.


- L’effet âge au vêlage est d’environ 2 kg par jour entre un vêlage précoce (24 mois) et un vêlage à 33 mois. Il est surtout marqué en 1re lactation.


- L’effet mois de vêlage peut faire varier la production jusqu’à 1 kg par jour. La production laitière (corrigée pour tous les effets, dont l’alimentation) est maximale pour un vêlage en fin d’automne et minimale pour un vêlage en été, pour les multipares.


- L’effet durée du tarissement précédent est surtout marqué pour les tarissements très courts (jusqu’à -6 kg si tarissement de 15 jours). Il reste faible autrement.


- L’effet gestation fait baisser la production d’une vache de 2 à 4 kg à 7 mois de gestation. Ici, la vache a été mise à la reproduction tardivement.

Le projet Genesys


Mené par l’Institut de l’élevage, l’Inra et France Conseil élevage, et financé par le ministère de l’Agriculture, le programme Genesys étudie les influences de la génétique, de la conduite du troupeau et de leurs interactions.

La valorisation des effets troupeaux - jour de contrôle (TJC) issus de l’évaluation génétique, qui estiment la part de la production imputable à la conduite, est au centre de ces travaux.

Un des deux volets du programme porte sur les nouveaux types de conseil en élevage qui en découlent, tandis que le second étudie les interactions entre l’animal et son milieu.


Une nouvelle approche du conseil


Le programme Genesys ouvre la voie à de nouveaux types de conseil en élevage :

- prédire plus finement la production laitière ;

- simuler l’impact d’un changement de conduite sur la lactation, comme le passage d’un vêlage 2 ans à un vêlage 3 ans, le changement d’âge au premier vêlage, etc ;

- comparer l’effet « troupeau - jour de contrôle » (TJC) prévisionnel et réalisé pour détecter un éventuel problème de conduite ou d’alimentation ;

- comparer l’effet troupeau d’un élevage à l’autre pour détecter les forces et faiblesses d’une conduite donnée. Une typologie des élevages est en cours à partir des effets TJC.

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