Réussir lait 11 juillet 2017 à 08h00 | Par Bernard Griffoul

Piloter l’alimentation des génisses pour un vêlage précoce

Après la phase cruciale de 0 à 6 mois, l’élevage des génisses destinées à un vêlage précoce exige une croissance soutenue. L’expérience des Trinottières montre qu’elle est compatible avec du pâturage.

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- © E. Bignon

Plusieurs enquêtes, réalisées dans l’Ouest de la France il y a quelques années, avaient montré les réticences des éleveurs à pratiquer un véritable vêlage à deux ans. Pourtant, le vêlage précoce est un levier efficace pour optimiser les coûts et les performances d’un troupeau. « Selon le système d’élevage, en particulier lorsqu’il y a des grandes surfaces de prairies à valoriser, un vêlage semi-tardif à 30 mois peut être judicieux, admet David Plouzin, responsable des génisses à la ferme expérimentale des Trinottières dans le Maine-et-Loire. Mais, de nombreux éleveurs, qui font du vêlage à 30 mois, pourraient gagner deux à trois mois. Même avec des vêlages toute l’année ou des mises bas de fin d’hiver et de printemps, il est possible de faire du vêlage précoce. En Montbéliarde aussi, des éleveurs parviennent à faire du vêlage à 23-24 mois et il a été montré qu’il améliore, comme en Prim’Holstein et Normande, le lait par jour de vie. »

Il n’est pas moins vrai que cette stratégie exige une très bonne maîtrise technique pour que les génisses réalisent des croissances soutenues (de l’ordre de 800 g par jour en moyenne pendant les 24 mois d’élevage), de sorte qu’elles aient le poids requis à 6 mois (30 % du poids adulte, soit 210 kg en Prim’Holstein), à l’insémination (60 %, 400 kg) et au vêlage (90 %, 620 kg).

Pour s’assurer que ces objectifs de poids sont atteints, les performances des génisses doivent faire l’objet d’un suivi régulier. « Les pesées de génisses ne sont quasiment jamais faites en élevage laitier. Mais, la mesure du tour de poitrine, bien qu’elle soit moins fiable que la pesée, est un outil intéressant pour progresser », insiste David Plouzin.

Tout retard entre 0 et 6 mois est difficile à rattraper

La phase d’élevage de la naissance jusqu’à 6 mois correspond au développement squelettique. Elle est capitale pour « obtenir un développement adulte optimal. Tout retard de croissance sur cette période sera difficile à rattraper », affirme le groupe interrégional génisses laitières du Grand Ouest, dans le guide pratique édité il y a quelques années. Nous ne reviendrons pas en détail sur cette phase, maintes fois abordée dans nos colonnes (lire les principales recommandations p. 36).

« La phase 0-6 mois est identique, quel que soit l’âge au vêlage, sauf qu’avec des vêlages très tardifs, on peut accepter un objectif de poids un peu inférieur, explique David Plouzin. Mais, à partir de 6 mois, la conduite des génisses qui vêlent à plus de 30 mois est totalement différente par rapport à du vêlage précoce. Il faut maximiser le pâturage et serrer la vis sur les fourrages distribués et les concentrés pour que la génisse coûte le moins cher possible à produire. »

Pas de croissances excessives autour de la puberté

Les génisses de plus de 6 mois sont moins exigeantes que les plus jeunes. Tout type de ration est possible (paille, foin, enrubannage, ensilage d’herbe ou de maïs), à condition qu’elle soit équilibrée et bien pourvue en fibres. Pour un vêlage à 24 mois, à 620 kilos de poids vif, il faut viser une croissance moyenne de 750 grammes par jour jusqu’au vêlage.

David Plouzin attire l’attention sur les risques de croissance excessive entre 6 et 12 mois, période au cours de laquelle se produit la puberté (autour de 40 à 50 % du poids adulte) et se mettent en place les tissus mammaires. Une croissance trop forte peut entraîner un dépôt adipeux autour de l’appareil reproducteur et dans la mamelle, préjudiciable à sa future carrière de laitière. « La capacité d’ingestion de la génisse augmente très vite au fur et à mesure qu’elle grossit, explique-t-il. Même avec un foin à 0,70 UFL distribué à volonté, et a fortiori avec de l’ensilage de maïs, il faut bien piloter le concentré pour ne pas dépasser 800-900 grammes par jour de croissance. Pour faire du vêlage à 25 mois, des éleveurs ont tendance à rattraper le retard pris entre 0 et 6 mois sur la période suivante où de bonnes croissances sont plus faciles à réaliser. Ce n’est pas une bonne chose. » Un risque présent surtout lorsque les génisses ne vont pas à la pâture la première année.

- © Chambre d'agriculture 49

Attention aux « génisses trop belles » en fin d’hiver

La ferme des Trinottières fait pâturer les génisses dès la première année. Elles sortent vers l’âge de 6 mois. « Nous visons une croissance de 800 grammes par jour, mais ce n’est pas simple de l’atteindre. Nous sommes plutôt entre 700 et 800 g/jour. Pour cela, il est indispensable de complémenter avec du foin et 1 kg de blé par jour. Ne pas oublier la complémentation minérale (50 g de CMV 0-28-5) et une pierre de sel. L’été, nous distribuons de l’ensilage d’herbe, ce qui permet de remonter les croissances autour de 850 g/jour. »

L’hiver suivant, après une transition de 15 jours, les équipes techniques de la ferme expérimentale visent une croissance de 600 g/jour. « Une croissance modérée permet d’économiser du fourrage et du concentré. De plus, elle est favorable à la fertilité, justifie David Plouzin. On voit trop d’élevages où les génisses sont trop belles à la fin du deuxième hiver. À la mise à l’herbe, elles se prennent une claque. En fin d’hiver, elles ne devraient pas dépasser 2,5 à 3 en note d’état. Quand elles sont confirmées gestantes et que la mise à l’herbe approche, nous arrêtons le concentré et nous serrons la vis sur le fourrage. Il faut vraiment piloter leur conduite.»

Croissance compensatrice en deuxième saison de pâture

Cette stratégie, qui vise à réduire le coût de production des génisses, permet de profiter de la croissance compensatrice au printemps suivant. « Avec de l’herbe de qualité et en quantité suivante, aliment le plus économique qui soit, elles font des croissances à plus de 1 000 g/jour », assure le spécialiste des génisses.

Une croissance élevée en hiver (800 à 900 g/ jour) entraîne une croissance réduite au pâturage suivant (700 à 800 g/jour). Il attire cependant l’attention sur la date de mise à l’herbe : « il faut faire la mise à l’herbe le plus tôt possible au printemps mais il y a des risques à les sortir à moins de 50 jours de gestation. Il est préférable d’échelonner les sorties. »

En deuxième année, la complémentation n’est pas indispensable tant que la ressource herbagère est suffisante. « Pour du vêlage précoce, quand on avance dans la saison, si l’herbe est moins bonne ou vient à manquer, il faut complémenter avec du foin (voire de l’ensilage d’herbe ou de maïs) et du concentré. Aux Trinottières, les génisses à deux mois du terme reçoivent une ration avec moitié ensilage d’herbe, moitié ensilage de maïs, foin au râtelier et 50 grammes de minéral. Elle est disponible pendant une heure seulement. On vise ainsi une croissance de 900 g/jour. » Ne pas oublier de l’eau à volonté et une pierre de sel en permanence. Cela va sans dire mais c’est mieux en le disant.

Lire aussi les encadrés de l'article dans la revue, Réussir lait n°315 de juillet-août 2017, pages 34 à 36

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