Réussir lait 11 janvier 2016 à 08h00 | Par Costie Pruilh

Passer d'éleveur à business man

En Europe du Nord, vingt éleveurs ont été enquêtés par l'Institut de l'élevage, sur l'impact qu'a eu l'agrandissement sur leur métier.

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Les chefs d'exploitation enquêtés sont inquiets de l'image qu'ils ont auprès du grand public.
Les chefs d'exploitation enquêtés sont inquiets de l'image qu'ils ont auprès du grand public. - © A. Conté

Les vingt élevages enquêtés par l'Institut de l'élevage sont marqués par une forte productivité du travail. Ils se sont rapidement agrandis, dans les cas extrêmes leur taille a été multipliée par dix ou quinze en à peine vingt ans. Six élevages produisent du lait, aux Pays-Bas et au Danemark : 2,75 millions de litres en moyenne, sur 217 ha. "Sont-ils encore éleveurs ? Ont-ils encore un lien avec leurs animaux ?", s'est interrogée une conseillère chambre d'agriculture, lors de la présentation de l'enquête aux journées du RMT travail(1), à l'Agrosup de Dijon, en novembre dernier.

"Pour la plupart, ils travaillent encore sur l'élevage, et ont un oeil sur le troupeau. Ils ne sont pas qu'éleveurs. Ils ont développé d'autres compétences, et ils ont délégué des tâches d'astreinte. Certains regrettent d'avoir moins de liens avec leurs animaux. Dans les cas extrêmes, il y a une séparation des métiers : l'éleveur est un salarié, et le chef d'exploitation est un gestionnaire, un stratège", répond Sophie Chauvat, de l'Institut de l'élevage.

Des salariés impliqués dans l'élevage

L'agrandissement s'est accompagné d'un recours au salariat, une solution plus fréquente au Danemark et au Royaume-Uni, et en production porcine. La fidélisation des salariés aux responsabilités importantes est cruciale pour tous les managers, compte tenu de temps et donc du coût de leur formation. Certains versent des primes en fonction des performances techniques, d'autres privilégient l'amélioration des conditions de travail (horaires, logement à proximité mis à disposition...). D'autres impliquent les salariés dans le projet de l'entreprise, et affichent les performances techniques réalisées dans la salle de pause des salariés.

"Il est nécessaire d'écouter les employés. S'ils sont mal à l'aise ou qu'ils ne comprennent pas bien, ils font du mauvais travail et font perdre de l'argent", estime un chef d'exploitation danoise. Des documents écrits précisent les procédures. Des plannings et carnets de liaison servent à noter les informations nécessaires à la communication entre salariés et avec l'exploitant (matériel abîmé, animal malade...).

Quelques éleveurs font intervenir des experts (comptables, banquiers, vétérinaires, nutritionnistes) lors de réunions (d'une fois par mois à une fois par an), au cours de laquelle les résultats de l'exploitation sont présentés et discutés, pour favoriser l'implication des salariés dans leur travail et les rendre fiers de leur entreprise.

L'agrandissement s'est acccompagné d'automatisations, avec un traitement des données collectées réalisé par le chef d'exploitation ou le salarié responsable de l'atelier ou du site. Enfin, les laitiers externalisent des tâches, notamment les récoltes, voire les épandages, plus rarement les semis.

Un business plan sur cinq ans

Le métier d'éleveur est transformé. "Il y a un besoin de nouvelles compétences, de formation (formation à l'animation de réunions, résolution des conflits, management...), et d'informations", souligne Sophie Chauvat. "Je passe une heure par jour pour suivre les marchés et les articles techniques", indique un chef d'exploitation aux Pays-Bas. En 1992, un des élevages danois avait 25 vaches et faisait l'ensemble des travaux. En 2000, l'éleveur devient manager et gère 5 salariés, 170 ha et 200 vaches. Et maintenant, il se définit comme un business man. Il doit faire les bons choix en terme d'investissement et de stratégie. Il s'appuie sur un comité de décision stratégique qui regroupe son banquier, un consultant en économie, des entrepreneurs agricoles et d'autres professions, pour bâtir un business plan sur cinq ans.

 

Les salariés ont choisi le robot !

Quatre des six élevages laitiers enquêtés (Pays-Bas et Danemark) sont équipés d'un robot de traite. "Les robots sont plébiscités pour la souplesse qu'ils apportent dans l'organisation, l'amélioration du confort de travail, mais ils sont critiqués pour la gestion des alarmes qui incombe dans tous les cas aux éleveurs", indique Sophie Chauvat, de l'Institut de l'élevage.

Une exploitation laitière danoise a pris un robot suite à la consultation de ses salariés : "La traite ne plaisait pas beaucoup aux employés et demandait beaucoup de main-d'oeuvre."

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