Réussir lait 06 octobre 2016 à 11h00 | Par C.Pruilh

Viser la performance en montagne en quinze questions-réponses

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- © C. Pruilh

1 - Lilian, vous n'êtes pas de formation agricole. Comment vous êtes-vous installé en 1999 ?

2 - Quelles sont les contraintes de l’exploitation ?

3 - Comment cultivez-vous vos 8 ha de prairies temporaires ?

4 –Sur ces parcelles, serait-il possible de cultiver autre chose que de la prairie temporaire ?

5 - Comment faites-vous pour ne pas gaspiller d’herbe au plus fort de la pousse de l’herbe ? Comment faîtes-vous pour pâturer aussi longtemps en repas unique ?

6 – Quel est votre objectif de production laitière par vache ?

7 - Comment avez-vous amélioré le rendement laitier de façon économe ?

8 - Pourquoi ne pas sécuriser la qualité fourragère avec du séchage ?

9 - Le Gaec est très autonome en alimentation. Qu’achetez-vous en somme ?

10 - Comment Vercors lait s’est redressée ?

11 - Quelles sont les contraintes du cahier des charges et la politique de Vercors lait pour la qualité du lait ?

12 - Comment a démarré cette saison fourragère avec un printemps froid ?

13 - Comment faites-vous quand l’un de vous est en week-end ou en vacances ?

14 - Pourquoi étalez-vous plus les vêlages ?

15 - Est-il prévu de refaire la nurserie qui aujourd’hui est entravée ?


1 - Lilian, vous n'êtes pas de formation agricole. Comment vous êtes-vous installé en 1999 ?

La ferme est dimensionnée pour deux unités de main d'oeuvre. Au départ de nos parents, mon frère Patrick savait qu'il voulait reprendre un associé. De mon côté, j'étais sportif professionnel en ski, mais j'avais toujours un pied dans la ferme. Je venais faire les foins. Quand Patrick m'a proposé de m'installer avec lui, j'ai tout de suite accepté. C'était comme une évidence. Par contre, pour une installation rapide, je n'ai pas cherché à obtenir les aides. Je n'ai pas suivi de formation, ni le parcours à l'installation aidée. Ce fut un peu dur financièrement, mais la santé du Gaec le permettait. Et le fait que mon installation se fasse dans le cadre familial, avec mes parts sociales en donation, a rendu la chose possible.

2 - Quelles sont les contraintes de l’exploitation ?

Notre parcellaire est morcelé avec 35 îlots pour 88 hectares, et 15 ha à Villars de Lans à 15 km de là. Là-bas, il y a une vingtaine de génisses de un à deux ans sur 11 ha, et 4 ha de fauche. Tout n'est pas mécanisable ; ces parcelles sont des pâturages permanents pour les vaches taries, ou les laitières sur la parcelle près de la stabulation. Les sols en pente, gelés ou enneigés l'hiver, contraignent l'épandage. Mais ce n'est pas la seule contrainte pour épandre. Nous sommes dans une région touristique, donc on essaye de ne pas épandre en juillet-août. On épand au printemps après les derniers jours de neige et de gel (avril), et en automne.

3 - Comment cultivez-vous vos 8 ha de prairies temporaires ?

Nous les gardons 6 à 8 ans. On laboure 2 ha par an. Quand on peut, on fait un mélange avec de la luzerne : 60% luzerne, 40% dactyle, fétuque élevée... Si le sol est trop hydromorphe, nous semons un mélange à dominante de trèfle blanc et violet, fétuque élevée, dactyle, ray-grass anglais et hybride, des mélanges suisses en somme. Grâce à ces associations, nous ne mettons pas d’engrais minéraux. Les trois premières années, on essaye de faire trois coupes par an. Sur les autres prairies temporaires et les permanentes, on fait soit une coupe et du pâturage, soit deux coupes et du pâturage.

4 –Sur ces parcelles, serait-il possible de cultiver autre chose que de la prairie temporaire ?

Avec les hivers rigoureux et les printemps froids, les rendements en blé sont trop aléatoires, corrects une année sur quatre. Ceux qui cultivent des céréales sont surtout des bios ; c’est plus valable que d’acheter des céréales vu les prix des céréales bio.

5 - Comment faites-vous pour ne pas gaspiller d’herbe au plus fort de la pousse de l’herbe ? Comment faîtes-vous pour pâturer aussi longtemps en repas unique ?

Nous sortons les animaux le plus tôt possible au printemps, fin avril début mai pour les laitières. Et pour les laitières nous pratiquons un pâturage tournant sur 20 ha avec comme objectif qu’elles mangent toujours une herbe jeune. Elles restent 2-3 jours dans chaque parcelle de 1-1,5 ha. Elles entrent dans la parcelle quand l'herbe fait 10-15 cm de haut. On les fait sortir à 5 cm. Au printemps, elles reviennent dans une même parcelle au bout de trois semaines.

Nous prévoyons une parcelle tampon. Si l’herbe pousse très vite, nous la fauchons et les vaches reviennent plus rapidement dans la première parcelle. Sinon, elle est maintenue en pâturage.

Dans les parcelles fauchées, on fait pâturer les vaches au fil, pour ne pas gaspiller l'herbe.

L’entretien des prairies consiste en un chaulage tous les deux ou trois ans (1 t/ha), un épandage de lisier une fois par an au printemps ou à l’automne, le passage de la herse chaque printemps et la fauche des refus une à deux fois par an.

6 – Quel est votre objectif de production laitière par vache ?

Depuis que nous sommes passés du forfait au réel, en lien avec la meilleure valorisation de notre lait AOP Bleu du Vercors, nous visons une production par vache d’environ 6500 kg. Nous ne cherchons pas à aller au delà de 7000 kg, pour ne pas détériorer leur santé.

7 - Comment avez-vous amélioré le rendement laitier de façon économe ?

La qualité des fourrages nous a permis d’améliorer le rendement laitier du troupeau. 2015 a été une année record pour la qualité de l’herbe et de l'enrubannage et ça s’est vu sur le rendement laitier par vache : 6444 kg/VL sur la période octobre 2014 à octobre 2015, même plus de 7000 kg de mars à octobre 2015, contre 5871 kg/VL la campagne précédente.

La luzerne en granulé (mélange luzerne déshydratée et drèches) devenait trop limite en MAT (21%). Nous l’avons donc remplacé par du tourteau de colza tanné (33-34 % de MAT), à partir d'avril 2015. Depuis ce changement, le transit est ralenti, ce qui est positif. Dans notre système, on valorise de l'herbe jeune et du bon enrubannage, donc il faut ralentir le transit. Enfin, on a constaté une hausse du TP, directement liée à l’apport de tourteau de colza tanné. Les derniers résultats contrôles laitiers sortent à plus de 33 de TP.

8 - Pourquoi ne pas sécuriser la qualité fourragère avec du séchage ?

On le faisait avant, quand on était 100% en foin. C’étaient de petites bottes de foin, basse densité rectangulaire. Elles étaient stockées dans une cellule où un gros ventilateur soufflait de l'air par en dessous. Mais ce système était gourmand en main d'oeuvre.

En 2002, nous avons fait évoluer notre système de récolte. Nous sommes passés en balles rondes de foin et en enrubannage. On réalise plus de coupes ; dans certaines parcelles on fait trois coupes. On démarre la première coupe plus tôt, dès fin mai, pour viser la qualité avant tout (enrubannage). La deuxième coupe en août est valorisée en foin. Et la troisième fin septembre dans les prairies permanentes est valorisée en enrubannage. Et la qualité est meilleure. Avant de faire de l'enrubannage, on achetait 10 tonnes d'aliments par mois d’hiver. Aujourd'hui, c'est 6 tonnes (4 de céréales et 2 de tourteau de colza tanné).

L'enrubannage nous a apporté plus de souplesse pour la récolte de l'herbe. Cela permet d'étaler plus les récoltes dans le temps, demande moins de manutention, permet d'utiliser du matériel plus grand pour aller plus vite, et donc de pouvoir travailler à seulement deux personnes.

9 - Le Gaec est très autonome en alimentation. Qu’achetez-vous en somme ?

Les achats pour le fourrage et l'alimentation se résument à 10 tonnes de chaux par an, 35 tonnes de céréales par an, 15 tonnes de tourteaux de colza tanné.

10 - Comment Vercors lait s’est redressée ?

Avant 2003, la fromagerie était à Lactalis. Le groupe voulait fermer l'usine et proposait de continuer à nous collecter le lait, mais à quel prix ? Les producteurs se sont regroupés pour reprendre la structure. Les élus nous ont soutenu, car l'élevage et la fromagerie, c'est l'activité principale du plateau. La communauté de communes a acheté le bâtiment de la fromagerie et nous le loue. Ca nous a beaucoup aidé. Plus un bon directeur et un bon commercial. Mais les premières années ont été très difficiles. Au début, on ne transformait que 50% du lait en fromage et 50% partait en lait spot. Il fallait augmenter notre activité fromagère, se faire connaître. Aujourd'hui, on transforme 90% du lait. On a instauré un prix du lait plancher à 340 euros/1000 l. Et en 2015, la coopérative a pu mettre 25 euros de plus, grâce à ses bons résultats.

11 - Quelles sont les contraintes du cahier des charges et la politique de Vercors lait pour la qualité du lait ?

Pour l’éleveur, les principales contraintes sont l’interdiction de l’ensilage, des fourrages cultivés dans le Vercors, et les exigences sur la qualité du lait. La grille qualité est de plus en plus drastique. Vercors lait met peu de malus, mais beaucoup de bonus, pour inciter les éleveurs à aller vers le haut, sans enfoncer ceux qui sont en difficulté pour bien maîtriser la qualité du lait. Le principal enjeu est d'éviter les butyriques.

Chez nous, l'hiver, on nettoie et on poudre avec du lithothamme deux fois par jour les logettes pendant la traite. Après la traite, on fait en sorte que les vaches n'aillent pas se coucher tout de suite. Il y a toujours du foin au cornadis. Si elles se couchent quand même, les logettes sont propres et poudrées.

L'enrubannage est autorisé par le cahier des charges, mais on nous demande qu'il soit à plus de 60% de MS, pour éviter les butyriques. S'il est trop humide, c'est de toute façon défavorable pour le transit. Ce n’est pas une grosse contrainte. On attend un peu plus longtemps que le fourrage sèche, jusqu’à une journée de plus quand il ne fait pas chaud.

12 - Comment a démarré cette saison fourragère avec un printemps froid ?

Après un hiver très doux, le démarrage de l’herbe a été bon en avril. Fin avril, le froid a ralenti la pousse. En mai et juin, la pluie a fait décoller la pousse mais on ne pouvait pas récolter. Donc on a eu de la quantité mais pas de qualité. Pour l’instant, nous avons récolté environ 380 balles d’enrubannage, alors que le besoin des animaux est de 350 balles. Et surtout, nous avons fait 200 bottes de foin de plus qu’habituellement, quasiment 800 en tout. Le besoin des animaux est de 550 bottes de foin. La capacité de stockage est de 650 bottes. Le surplus non stockable est vendu.

La deuxième coupe d’enrubannage a pu se faire au bon stade, donc elle devrait être meilleure. Nous attendons de voir les analyses de fourrage pour voir s’il faudra davantage de correcteur cet hiver.

13 - Comment faites-vous quand l’un de vous est en week-end ou en vacances ?

Nous prenons chacun un week-end sur deux et deux à trois semaines de vacances par an. Nous prenons nos vacances sur août-septembre quand il y a le moins de travail.

Celui qui reste sur la ferme doit pouvoir assurer seul. Pour le week-end, on essaye d’avancer le plus de travail possible, pour qu’il n’y ait presque plus que la traite et le nettoyage des logettes à effectuer.

Donc toute notre organisation de tous les jours vise à réaliser le travail efficacement, avec le moins de main d’oeuvre possible. Notre objectif est de pouvoir travailler à deux sur les chantiers de récolte, et tout seul avec les animaux. Par exemple, on trait seul 40 vaches à l'heure (salle de traite en épi 2*4).

14 - Pourquoi étalez-vous plus les vêlages ?

Avant les vêlages étaient davantage groupés à l'automne. Depuis quelques années, nous les étalons davantage tout au long de l’année pour étaler le travail principalement. Il faut que le soin aux veaux soit gérable tout seul.

Et la coopérative Vercors lait demande des livraisons de lait régulièrement réparties dans l’année.

15 - Est-il prévu de refaire la nurserie qui aujourd’hui est entravée ?

L'étable entravée avec les animaux à l’attache fonctionne très bien. On attend donc de voir l'évolution réglementaire sur le bien être animal avant de changer.

LIRE AUSSI - Lilian Gaillard : "L'herbe de haute qualité est notre pilier"

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