Réussir lait 06 novembre 2017 à 08h00 | Par E. Bignon

« Nous avons passé un cap dans le semis direct »

Agriculture de conservation. Le Gaec de la Huberdière commence vraiment à profiter des bénéfices de son passage au semis direct.

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VINCENT BOSSARD. « Après trois-quatre
premières années un peu chaotiques,
on retrouve des niveaux de rendement
au moins égaux à ceux obtenus
en système labour. Cette année,
nous avons vu une nette différence. »
VINCENT BOSSARD. « Après trois-quatre premières années un peu chaotiques, on retrouve des niveaux de rendement au moins égaux à ceux obtenus en système labour. Cette année, nous avons vu une nette différence. » - © E. Bignon

"L’année a été marquée par le déficit hydrique. Nous avons eu moitié moins d’eau que d’habitude, témoigne Vincent Bossard l’un des trois associés du Gaec de la Huberdière en Vendée (100 vaches, 170 ha). Vu les conditions sèches, nous nous en sommes très bien tirés en céréales. »

Les rendements moyens en blé ont atteint 70 qx/ha (avec une fertilisation qui se limite à 120 unités par hectare — alors que l’exploitation tourne plutôt à 50 qx/ ha de moyenne, voire 60 qx/ha les très bonnes années — et le rendement en paille a doublé. « Cela fait bientôt huit ans que nous sommes passés au semis direct sur les céréales, et cinq ans sur la totalité de l’exploitation. Après trois-quatre premières années un peu chaotiques, nous commençons aujourd’hui clairement à en retirer les fruits", estime Vincent.

Des cultures moins soumises aux aléas avec un sol vivant

Le sol est vivant, moins compacté, il fonctionne bien et on retrouve des niveaux de rendement au moins égaux à ceux obtenus en système labour. "Cette année, particulièrement, nous avons vu une nette différence. En dépit du déficit hydrique, le blé s’est très bien implanté, le peuplement a été dense, haut sur pied, et l’eau a été très bien valorisée. Les cultures sont moins soumises aux aléas quand on retrouve une activité naturelle du sol. »

Côté maïs, les exploitants n’ont pas pu irriguer autant que d’habitude. Sur les trente hectares, il a manqué deux passages d’eau sur les sept qui sont réalisés normalement. « Heureusement, nous avons eu la possibilité de récupérer du lisier de porc provenant d’un élevage voisin, ce qui nous a permis de booster un peu le maïs et maintenir les rendements au niveau habituel (10 tMS/ha). »

L’exploitation est un peu juste en stock fourrager. Le méteil (pois, vesce, féverole) se généralise cette année à l’ensemble des surfaces qui seront semées en maïs au printemps prochain. Le méteil produit 3 à 4 tMS/ha et affiche 18-19 % de MAT. « J’aimerais réussir à faire plus de volume. Cette année, j’ai opté pour de la vesce de Narbonne qui présente de plus petites graines et se montre peu sensible à la verse. Ses feuilles ressemblent à celles de la féverole. »

Pour ne pas taper trop tôt dans les stocks, les éleveurs espèrent bénéficier de belles repousses d’herbe cet automne.

Réduction de charges et recherche d’autonomie

Dans les mois à venir, le Gaec poursuit la trajectoire qu’il a engagée en misant sur la réduction des charges et la recherche d’autonomie. « Cette année encore, nous ne devrions pas trop mal nous en sortir. La trésorerie se maintient et on a encore un peu de marge de manoeuvre malgré une conjoncture assez tendue sur le prix du lait au premier semestre. »

Le prix du lait sur les trois derniers mois est remonté à 330 €/1 000 l mais il se limite à 300 €/1 000 l depuis le début de l’année. « Les taux se sont bien maintenus (à 44,5 de TB et 34 de TP) tant que nous tournions en ration hivernale avec un régime à base d’ensilage de maïs, méteil et VL 2 l, mais ils ont chuté depuis le changement de ration cet été (40 de TB et 32 de TP). Les laitières reçoivent depuis juin de l’ensilage de maïs et de l’enrubannage de ray-grass-trèfle violet surtout riche en graminée. J’ai dû ajouter un peu de correcteur azoté (1,5 kg/VL/j), alors qu’on en distribue jamais même l’hiver. »

De plus, le prix du lait a été pénalisé ces derniers mois par des problèmes de cellules. Les vaches sortaient sur trois paddocks de stockage et se couchaient souvent au même endroit. « Nous avons eu aussi pas mal de pénalités butyriques. L’un des silos de maïs 2016, plus sec que d’habitude, a manqué de tassement, ce qui a pénalisé sa conservation. Nous allons voir ce que donnent les nouveaux maïs. Nous avons misé sur des variétés de type corné-denté cette année. »

Premiers échos du pâturage tournant dynamique

Le Gaec a augmenté sa surface en prairies au printemps et redécoupé ses paddocks. « Nous avons désormais 30 hectares subdivisés en 23 paddocks pour 80 vaches. Elles ont pâturé de début mars à début juin sur un demi-paddock par jour ou par repas en fonction de la pousse de l’herbe. À l’issue de cette première campagne, le constat est plutôt encourageant même si l’année n’a pas favorisé la pousse de l’herbe", avance Vincent.

"Au printemps, les vaches ont consommé une herbe jeune, il y a eu moins de refus et les repousses ont été de meilleure qualité. Nous n’observons plus, comme les années précédentes, des trous sur les parcelles, liés au surpâturage. Il faut dire que l’on accorde beaucoup plus d’importance à l’observation, on fait le tour des parcelles avec l’herbomètre, on regarde si on est bien au stade trois feuilles, on anticipe davantage…"

"Le fait de travailler une fois par mois avec un groupe d’éleveurs au sein du Geda sur cette thématique nous a aidés à prendre nos repères et recaler nos pratiques. »

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