Réussir lait 02 avril 2015 à 08h00 | Par E. Bignon

« Notre enrobé a tenu un an »

Au Gaec de Villepatour, l’enrobé sur l’aire d’exercice des laitières s’est vite dégradé. Les éleveurs ont fait le choix de le recouvrir d’asphalte.

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L’ASPHALTE est l’une des solutions en réfection, si l’enrobé n’a pas tenu sur les aires d’exercice.
L’ASPHALTE est l’une des solutions en réfection, si l’enrobé n’a pas tenu sur les aires d’exercice. - © Smac

Dominique Cassin, éleveur d’une centaine de vaches à Jallais, dans le Maine-et-Loire, est catégorique : « l’enrobé n’est pas adapté pour les aires d’exercice des bovins. Nous en avons fait l’expérience en 2012. Sur les exploitations, cette solution se prête au revêtement de silos et aux abords de ferme, mais c’est tout ! »

Lors de l’extension de la stabulation, les associés du Gaec ont opté pour un revêtement en enrobé pour les deux couloirs d’exercice, soit 370 m2. « Ce matériau semblait présenter plusieurs avantages, indique Dominique. Il n’est pas glissant, se montre rapide à mettre en oeuvre et ne nécessite pas de délai de mise en service. L’enrobé nous paraissait aussi un bon compromis en raison de son coût (20 €/m2), un peu moins élevé que celui du béton réalisé par une entreprise. »

Cet enrobé, plus résistant pour une utilisation en élevage, n'a pas tenu longtemps

Les éleveurs ont utilisé le Rurcol, un enrobé spécifique à destination des exploitations agricoles, proposé par la société Colas. Ce dernier contenait notamment une résine le rendant plus résistant aux attaques acides. Pour autant, au bout de six à huit mois d’usage, l’enrobé a commencé à se dégrader. « Des gravillons se détachaient un à un et se collaient sous les onglons. On en retrouvait sous les pattes des vaches. Quelques nids de poule commençaient aussi à se former avec des creux de 1,5 cm par endroits, notamment devant les deux robots de traite. »

Un an après la mise en route du bâtiment, les éleveurs ont pris contact avec la société qui avait mis en place l’enrobé. « Nous leur avons envoyé un courrier recommandé afin de faire marcher la garantie, indique l’éleveur. L’entreprise n’a pas caché qu’elle rencontrait des problèmes avec ce revêtement sur les aires d’exercice et nous a proposé trois solutions. » La première consistait à arracher la couche d’enrobé de 6 cm et à renouveler la pose du Rurcol. « Nous avons refusé tout net. » Seconde possibilité : retirer l’enrobé et recouler du béton sur toute la surface des couloirs. « Sans les robots, nous aurions certainement fait ce choix, mais dans notre cas de figure, cela nous a paru inenvisageable. »

Les associés ont finalement retenu la dernière option, celle de couler de l’asphalte au-dessus de l’enrobé.

Les éleveurs ont fait marcher la garantie

« Nous nous sommes renseignés auprès de plusieurs exploitants qui avaient une dizaine d’années de recul avec l’asphalte. Ils y avaient eu recours sur l’aire d’exercice, l’aire d’attente ou la salle de traite, et en étaient contents. »

L’asphalte est un matériau intéressant en réfection de sols car la couche ne dépasse pas 2,5 à 3 cm d’épaisseur et il est simple à mettre en place. « L’entreprise (la Smac) est venue le matin, et le soir c’était fini », poursuit Dominique. Il a fallu raboter l’enrobé sur 2,5 cm pour aplanir au maximum sa surface. Le sol doit être propre et sans imperfection, car l’asphalte ...

LIRE LA SUITE dans le Réussir Lait n°290, page 98 à 99

« Il faut proscrire les enrobés sur les aires de vie des animaux », insiste Jean-Luc Ménard, de l'Institut de l'élevage

« Les problèmes se multiplient sur les élevages qui ont choisi l’enrobé pour les aires d’exercice. Même les enrobés spécifiquement formulés pour l’élevage n’ont pas donné satisfaction au bout de deux à quatre ans…

Le problème c’est que le liant — le bitume — s’en va. Dans l’étude que nous menons actuellement sur les revêtements de sols, ce matériau a d’ailleurs été exclu d’emblée.

Quelles solutions de rattrapage privilégier ? La priorité est de réagir tôt (dès les premiers signes de désagrégement) et de faire intervenir la garantie décennale.

Si la structure du sol est encore bonne et solide, je suis favorable au recours à l’asphalte en réfection. Cette solution, assez simple à mettre en place, permet de maintenir le système en place. Comme il s’agit d’une pierre reconstituée à 200 °C, c’est un produit compact non poreux qui présente une très bonne longévité. Il existe un cahier des charges spécifique pour l’élevage, commun à la Suisse et à l’Allemagne. L’asphalte revient généralement entre 35 et 40 €/m2, mais ce coût peut varier.

En revanche, si l’éleveur se manifeste trop tardivement, mieux vaut s’orienter vers un revêtement en béton. Mais cela peut vite devenir assez compliqué. L’enrobé représente en effet 6-7 cm de hauteur, alors qu’un béton nécessite 13-15 cm ; du coup, pour respecter la hauteur de marche des logettes, il faut toucher au terrassement et cela n’est pas conseillé. »

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