Réussir lait 12 mai 2016 à 08h00 | Par Bernard Griffoul

Les tanks verticaux peinent à trouver leur place en France

Installés à l’extérieur, les tanks verticaux permettent de se dispenser d’une laiterie. Mais, en France, de nombreux freins (homologation, coût...) s’opposent à leur développement.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Un tank à lait vertical de 23 000 litres, posé sur une dalle de 3 m x 4 m. Une échelle sécurisée permet l’accès au motoréducteur. L’habillage est en aluminium laqué.
Un tank à lait vertical de 23 000 litres, posé sur une dalle de 3 m x 4 m. Une échelle sécurisée permet l’accès au motoréducteur. L’habillage est en aluminium laqué. - © Serap

Depuis trois ans que notre refroidisseur de lait vertical est homologué en France, nous en avons installé une trentaine. Mais, nous en avons vendu bien plus ailleurs », explique Julien Citerne, du groupe Serap, qui est le seul à posséder une homologation pour un tank à lait vertical. Steven Gunst, de la société Packo, reconnaît vouloir « attendre encore » avant de faire homologuer ses cuves verticales dans l’Hexagone et préfère, pour l’instant, miser sur des tanks horizontaux plus compacts (plus courts et plus hauts) pour les grands volumes. « Les cuves verticales sont une solution d’avenir mais sur le long terme. Pour l’instant, le marché français est très limité », dit-il. Aux Pays-Bas ou en Belgique, "elles représentent déjà 30 % des ventes de tanks", précise-t-il. Le principal intérêt d’un tank vertical est d’éviter de construire ou reconstruire une laiterie. Il trouve sa place à l’extérieur sur une simple dalle en béton de quelques mètres carrés et nécessite juste un petit local auquel il est connecté pour abriter le meuble de commande et la vanne de remplissage et de sortie du lait.. « Construire un bâtiment, même s’il n’est pas conséquent, pour stocker un tank à lait qui est déjà un outil de stockage, c’est un peu redondant », observe Julien Citerne.

Julien Citerne, groupe Serap : « Les refroidisseurs verticaux sont conformes à la norme EN13732 qui définit la conception et le fonctionnement des refroidisseurs de lait que ce soit au niveau des performances thermiques ou du nettoyage des cuves ».
Julien Citerne, groupe Serap : « Les refroidisseurs verticaux sont conformes à la norme EN13732 qui définit la conception et le fonctionnement des refroidisseurs de lait que ce soit au niveau des performances thermiques ou du nettoyage des cuves ». - © Serap

En France, le tank, outil de transaction commerciale

Néanmoins, les freins au développement ce ces équipements sont nombreux en France, d’où la prudence de certains constructeurs. En premier lieu, une spécificité très française qui fait du refroidisseur de lait un outil de transaction commerciale, alors qu’en Europe du nord, le lait collecté est généralement mesuré par des volucompteurs placés sur les camions. En France, le jaugeage est réalisé en plongeant une pige dans la cuve, ce qui n’est pas possible sur un tank vertical. La société Serap a donc fait homologuer son systèmes de jaugeage, avec deux équipements de mesure, d’une part, une règle de niveau extérieure millimétrée avec tube translucide, et d’autre part, un jaugeur électronique. Mais, comme tout instrument de mesure destiné à une transaction commerciale, ce dernier doit être contrôlé annuellement par les services des poids et mesures.

Malgré l’intérêt des tanks verticaux pour des exploitations en forte évolution de production et pour la sécurisation du stockage du lait à la ferme, « dans l’Ouest, les laiteries ne sont pas très chaudes pour le stockage du lait à l’extérieur », constate Jacques Charlery, du GIE Élevages de Bretagne, indiquant qu’il y a eu « peu de réflexions » sur le sujet.
Outre le jaugeage du lait, le ramasseur effectue aussi « un certain nombre de contrôles - olfactif et visuel - prévus dans les démarches des laiteries. La mise en place de tanks verticaux nécessiterait de redéfinir les procédures. » Les refroidisseurs verticaux sont équipés d’une vanne à hauteur d’homme pour les prises d’échantillons. Mais, reconnaît Steven Gunst, « cela complique les choses. Les chauffeurs doivent apprendre de nouvelles méthodes. »

Le tank est relié, via un sas de connexion, à l’ancienne laiterie ou à un simple petit local qui abrite le meuble de commande et la vanne de remplissage et de vidange.
Le tank est relié, via un sas de connexion, à l’ancienne laiterie ou à un simple petit local qui abrite le meuble de commande et la vanne de remplissage et de vidange. - © Serap

Gestion des mouvements de tanks et contraintes de sécurité

Autre caractéristique française : la prédominance des mises à disposition, et donc de la gestion, des tanks à lait par les entreprises laitières. Outre un coût supérieur, à volume identique, par rapport à une cuve horizontale, les refroidisseurs verticaux demandent une logistique beaucoup plus lourde pour leur transport et leur installation (camion-grue). « Tous les ans, nous changeons 15 % des tanks et nous gérons tous ces mouvements en interne, explique Philippe Tournelle, responsable froid à Sodiaal Union, pour les régions Ouest et Nord. Nous ne sommes pas en capacité de mettre en location et gérer des tanks verticaux. De plus, l’intervention de nos personnels sur des tanks verticaux nous imposerait des contraintes de sécurité énormes. Quant aux problèmes de laiteries, il existe des solutions pour faire des aménagements simples et peu coûteux. La question peut se poser à partir de volumes de 18 000 à 20 000 litres. Mais, nous n’en sommes pas là. Dans l’Ouest, nous sommes majoritairement en collecte à 48 heures, avec des volumes à stocker qui dépassent rarement 12 000 à 14 000 litres. »

Plutôt en achat et pour des collectes à 72 heures

Julien Citerne confirme que les tanks verticaux sont surtout placés, en achat, dans le Nord et l’Est de la France, des régions qui sont plus souvent en collecte à 72 heures. Des cuves de 17 000 à 23 000 litres en majorité, pour des élevages produisant de 1,5 à 2 millions de litres, installées le plus souvent lors d’une construction de bâtiment neuf. Le différentiel de coût (achat et installation) par rapport à un tank horizontal peut atteindre 25 %. C’est un frein important à ce type d’acquisition. « Il faut positionner le produit dans son contexte en évaluant le montant des travaux à réaliser pour loger un tank classique et en le comparant au surcoût d’un refroidisseur vertical, indique le technico-commercial du groupe Serap. C’est souvent plus avantageux de mettre une cuve verticale, mais pas toujours. »

Y-aurait-il enfin un frein culturel au développement des tanks verticaux, suggère Steven Gunst : « on aime pouvoir regarder dans le tank, ce qui donne l’impression de mieux contrôler le stockage du lait ». Il est clair que le stockage en cuve verticale, à l’extérieur, change pas mal d’habitudes pour les producteurs comme pour les laiteries.

Entrée du lait par le bas du tank

Le groupe Serap propose des refroidisseurs verticaux d’une capacité de 10 000 à 40 000 litres, en deux diamètres (2,30 et 3 mètres), qui ont une emprise au sol (dalle béton), respectivement, de 12 et 20 m2. La hauteur va de 4 à 8 mètres selon les capacités. Peu de différences au niveau de la cuve (inox, isolation polyuréthane) par rapport à un tank horizontal, si ce n’est un bardage aluminium pour la protéger et pour le côté esthétique. « Le compresseur est à l’extérieur, ce qui lui assure une bonne ventilation », indique Julien Citerne. Sur les tanks verticaux, en revanche, l’entrée du lait se fait par le bas via la vanne de vidange. Un clapet antiretour permet de pousser le lait dans la cuve. C’est la pompe à lait de la machine à traire qui assure cette fonction. « La cuve étant à pression atmosphérique, il n’est pas nécessaire de prévoir une pompe surdimensionnée », assure le technico-commercial. Le refroidissement est à détente directe. Les évaporateurs sont disposés en fond de cuve et en ceinture et calibrés selon les performances attendues et le type de traite. L’agitation est de type pendulaire avec plusieurs étages de pales.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Lait se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Fermez-vous votre silo avec un robot de traite ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui