Réussir lait 09 mars 2017 à 08h00 | Par B. Griffoul

Les émissions d'ammoniac, un nouvel enjeu environnemental

Directive européenne. Jusqu'alors épargnés, les élevages bovins vont devoir participer à l'effort national de réduction des émissions d'ammoniac. La gestion des épandages d'effluents en sera un point clé.

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- © Réussir Lait

Un événement réglementaire est passé relativement inaperçu en ce début d'hiver : la révision de la directive européenne qui impose une réduction de certains polluants atmosphériques. Elle a été publiée au Journal officiel de l'Union européenne le 17 décembre dernier.

Parmi ces polluants, l'ammoniac. La nouvelle directive (NEC) ordonne à la France, premier pays émetteur en Europe, de réduire de 13 % les émissions à l'horizon 2030 par rapport à celles de 2005. L'Europe doit baisser ses émissions de 19 %. Or, dans notre pays, plus de 97 % des émissions d'ammoniac proviennent de l'agriculture et l'élevage bovin y contribue pour plus de 60 %.

Pourquoi l'ammoniac pose-t-il problème ? La pollution atmosphérique, avec les conséquences que l'on sait sur la santé, est provoquée par les particules en suspension dans l'air. Celles qui sont directement rejetées dans l'atmosphère sont dites primaires. Elles proviennent des activités humaines ou de phénomènes naturels. L'agriculture y participe au travers principalement des travaux aux champs et plus secondairement des activités dans les bâtiments d'élevage. Des particules sont également générées par réaction chimique entre des éléments gazeux (oxyde d'azote, soufre, ammoniac, composés organiques volatils) avec d'autres particules. On les qualifie de secondaires. Ainsi, le nitrate d'ammonium, source principale des pics de pollutions printaniers, est issu de la recombinaison entre l'ammoniac (en lien avec les épandages) et l'acide nitrique (issu du trafic routier).

Réduire les émissions d'ammoniac de 13 % d'ici à 2030

Quand on totalise l'ensemble de ces deux catégories de particules, 53 % sont dus à l'agriculture. Mais, une grande part est constituée de poussières de grande taille qui retombent rapidement sur le sol. Les plus nocives sont les particules fines, qui pénètrent d'autant plus profondément dans le système respiratoire qu'elles sont petites. Elles sont classées en deux catégories selon leur taille (PM10 et PM2,5). L'agriculture y contribue respectivement à hauteur de 19 % et 9 %.

Sur le plan environnemental, l'ammoniac participe également aux phénomènes d'acidification (air, eau, sol) et d'eutrophisation des milieux aquatiques. Il a donc un impact sur les rendements agricoles, y compris les fourrages.

Les élevages bovins étaient jusqu'à l'heure dispensés de cet effort d'amélioration de la qualité de l'air. Les élevages porcins et avicoles soumis à la réglementation des installations classées doivent déclarer depuis dix ans leurs émissions et mettre en oeuvre des mesures de réduction, en vertu d'une autre directive européenne (IED).

La transcription dans le droit français de la directive NEC est en cours, via la révision du Programme national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (Prepa). Il concerne tous les gaz à l'origine de particules secondaires et l'ensemble des particules fines (PM10, PM2,5).

Les bovins, « le point clé pour réduire les émissions »

Un décret et un arrêté, disponibles en ligne (1), devraient être mis en consultation dans les prochaines semaines ; le premier fixera les objectifs à atteindre (pour l'ammoniac : - 4 % en 2020, - 8 % en 2025, - 13 % en 2030), le second les moyens d'y parvenir. « Les bovins, avec un gisement d'effluents de près de 87 Mt, étant le principal émetteur d'ammoniac, les mesures les concernant sont vues comme le point clé pour atteindre les objectifs de réduction », prévient Élise Lorinquer, chef de projet émissions gazeuses à l'Institut de l'élevage. Néanmoins, dans l'arrêté, il n'est pas question pour l'instant d'obligations. C'est plutôt une déclaration d'intention définissant les grandes lignes ...

LIRE LA SUITE dans Réussir Lait n°311, pages 8 à 10

« Optimiser le cycle du carbone et de l'azote » - Elise Lorinquer, chargée d'études émissions gazeuses à l'Institut de l'élevage

« Il ne faut pas considérer la réduction des émissions d'ammoniac comme une nouvelle contrainte environnementale, mais la resituer dans un enjeu plus global. L'optimisation du cycle du carbone et de l'azote à l'échelle de l'exploitation permet en effet de répondre à un ensemble de préoccupations environnementales : qualité de l'air, émissions de gaz à effet de serre, pollution des eaux. Optimiser le recyclage des matières carbonées et azotées utilisées sur l'exploitation a aussi un intérêt agronomique et économique. Limiter les pertes d'azote, sous forme gazeuse ou de fuite dans les eaux, c'est autant d'argent qui n'est pas perdu. »

Limiter le contact des déjections avec l'air ambiant

L'ajustement des apports alimentaires, notamment les concentrés, aux besoins des animaux, est la première façon de limiter les pertes sous forme d'ammoniac, en minimisant les rejets dans les déjections. L'ammoniac, gaz azoté très volatil, est émis tout au long de la chaîne de gestion des déjections : bâtiment, stockage et épandage. L'azote non digéré est excrété dans l'urine sous forme d'urée. Sa transformation en ammoniac est favorisée par le mélange de l'urine avec les fèces et par le contact avec l'air. Plus il est prolongé, plus les émissions d'ammoniac sont importantes.

En bâtiment, il existe plusieurs méthodes pour limiter le contact du lisier avec l'air, à commencer par un raclage fréquent. Des solutions techniques sont également en train de voir le jour : sols pleins à double pente (en V), caillebotis anti-ammoniac Pour les litières accumulées, en revanche, « il n'y a pas de solution technique probante pour limiter les émissions à l'heure actuelle », affirme Élise Lorinquer.

Au stockage, la réduction des émissions d'ammoniac par le lisier passe par la couverture des fosses (textile souple?) ou la formation, à la surface, d'une croûte naturelle. Élise Lorinquer conseille de prévoir un mât central lors de la construction d'une nouvelle fosse pour pouvoir la couvrir ultérieurement. Lors de l'épandage, l'enjeu est d'enfouir les effluents le plus rapidement possible. Si le fumier est retourné dans les quatre heures, 90 % des émissions d'ammoniac sont évitées. L'injection en surface ou profondeur du lisier réduit les émissions de 50 à 90 %. L'augmentation du temps de présence des animaux au pâturage (vaches taries?), par la réduction des quantités d'effluents à stocker, est aussi un moyen d'abaisser les émissions d'ammoniac.

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