Réussir lait 08 janvier 2016 à 08h00 | Par V. Quartier

Les effets du réchauffement sont déjà visibles en élevage

Semis plus précoces, utilisation de variétés plus tardives, calendrier de pâturage chamboulé… Si le changement climatique peut avoir des répercussions positives dans un premier temps, il va falloir s’adapter pour sécuriser la production fourragère.

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Il va falloir anticiper la gestion des stocks.
Il va falloir anticiper la gestion des stocks. - © L'Union du Cantal

Les experts estiment à au moins 2°C le réchauffement en 2050. Les conséquences sur les cycles des végétaux vont être importantes. Elles sont déjà visibles aujourd’hui. Les données récoltées depuis plusieurs années permettent de suivre les évolutions de la température moyenne annuelle, du cumul annuel des précipitations, et leurs répercussions sur le démarrage de la végétation, les dates de mise à l’herbe, la durée des cycles de production…

« En Poitou-Charentes par exemple, les semis de maïs ont gagné une semaine tous les dix ans depuis 1990. Pour les dates de récolte, c’est plus complexe parce que les éleveurs utilisent des indices de précocité plus tardifs », avance Frédéric Levrault de la chambre d’agriculture de Poitou-Charentes.

Le changement climatique déjà intégré dans la sélection

Les experts du climat nous rassurent aussi : le réchauffement peut avoir des répercussions positives dans un premier temps. L’augmentation des températures et de la concentration de CO2 dans l’atmosphère devraient améliorer l’efficacité de la photosynthèse, augmentant ainsi la productivité des cultures. Mais le changement climatique prendra des formes très variées d’une année et d’une région à l’autre, et se superposera parfois à des événements extrêmes.

« On observe clairement une élévation du cumul annuel des températures sur l’ensemble du territoire. Elle peut être bénéfique pour les productions fourragères du Nord mais peut aussi se traduire par des épisodes caniculaires dans toutes les régions, au printemps comme en été. Il n’y a pas de règle », avance Pierre-Vincent Protin, responsable du pôle fourrages d’Arvalis.

« Les printemps 2010, 2011 puis l’été 2015 sont des exemples récents d’à-coups climatiques que nous subissons. Au-delà de la hausse des températures observée et prédite, nous constatons des à-coups de plus en plus marqués. L’été dernier se distingue malheureusement par des températures caniculaires couplées à un stress hydrique à la floraison du maïs, stade de sensibilité. Ce scénario dont l’intensité a été la plus marquée dans les régions de l’Est de la France est inédit. C’est la première fois que des éleveurs nous demandent s’il faut ensiler en juillet ! » poursuit-il.

Maintien des rendements en maïs

Pour Pierre-Vincent Protin, la meilleure stratégie est de faire le pari du long terme, en se basant à la fois sur la sélection et la diversification dans ses choix d’assolement et de variétés. Pour les prairies l’offre de mélanges multiespèces s’étoffe, notamment avec l’arrivée du label France Prairie. Il garantit aux éleveurs que le mélange d’espèces est adapté au contexte agroclimatique et d’usage de sa prairie.

Pour les maïs, les variétés qui obtiennent les meilleurs résultats au réseau CTPS aujourd’hui sont les mieux adaptées aux conditions climatiques rencontrées ces dernières années. « D’après les modèles, le maïs s’en sort mieux que ce qu’on peut imaginer », explique Jean-Christophe Moreau de l’Institut de l’élevage.

Globalement, les semis pourront se faire plus tôt et avec des variétés plus tardives. On voit un maintien des rendements dans la plupart des régions, voire même une augmentation. Pierre- Vincent Protin prévient : pour choisir sa variété de maïs, il vaut mieux privilégier les conditions agronomiques adaptées (portance, structure de sol favorable) que de vouloir anticiper la date de semis à tout prix. Même si l’idée est intéressante de semer son maïs plus tôt pour éviter le stress hydrique ou les fortes températures lors du stade floraison, il ne faut pas pour autant négliger l’implantation.

Pour la récolte, soyez attentifs à l’évolution de la teneur en matière sèche au champ, surveillez les stades. « Il faudra encore plus qu’hier et aujourd’hui rentrer dans les parcelles. Respectez les 33 % de matière sèche plante entière. Pour cela, il ne faut pas se fier à la couleur du maïs, mais à l’observation du grain. Compte tenu des ...

LIRE LA SUITE DANS LE N°298, page 8 à 10, et l'interview de Jean-Louis Durand, responsable du programme Climagie, à l'Inra de Lusignan

« Le réchauffement va accentuer la fréquence des sécheresses »

Michel Déqué, chercheur à Météo France

« En France, il y a deux climats, océanique et méditerranéen. Le premier couvre à peu près 90 % de l’Hexagone. Il se caractérise par des pluies à peu près uniformes tout au long de l’année, avec un petit minimum en juillet-août. En hiver, il s’agit plutôt de pluies faibles et continues, tandis qu’en été, ce sont surtout des orages.

Le climat méditerranéen, lui, est marqué par une concentration des pluies sur la fin de l’automne et l’hiver. Dans l’avenir, ce type de climat pourrait s’étendre et toucher les régions côtières de l’Atlantique (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Poitou- Charentes). Les pluies seraient alors plus abondantes en hiver mais plus rares en été.

Les dommages créés aujourd’hui seront irréversibles

La hausse de 2°C des températures va se traduire par un réchauffement de toutes les saisons, plus marqué pour l’été. Il va accentuer la fréquence des sécheresses et des canicules. Les étés seront plus secs, c’est pratiquement sûr.

En ce qui concerne les pluies hivernales, c’est très compliqué car il faut aussi prendre en compte les changements dans la circulation des vents.

Les scénarios d’évolution du climat présentés par le Giec s’intéressent à 2100, une échéance suffisamment lointaine pour envisager des changements de conduite. Les scénarios qui conduisent à une stabilisation rapide des températures supposent un changement radical de nos comportements.

Pour que la température reste la même en 2050 et en 2100, il faudrait un arrêt complet des émissions de GES d’ici à 2050. Les scénarios médians envisagent une hausse de 3 °C, donc 1 °C seulement entre 2050 et 2100. Pour y parvenir, cela veut dire faire un gros travail pour réduire les émissions.

Les scénarios qui envisagent une croissance des émissions, dans la continuité de ce qui se fait depuis plus d’un siècle, entraîneraient une hausse des températures de 5 à 6 °C. C’est considérable car cela va très vite.

La seule chose dont on est sûr aujourd’hui, c’est que les dommages que l’on va créer et que l’on ignore aujourd’hui seront irréversibles. »

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