Réussir lait 23 mars 2016 à 08h00 | Par Emeline Bignon

Le maïs plat unique doit-il faire son retour sur les tables d’alimentation ?

D’après les essais conduits à la station des Trinottières, multiplier les ingrédients pour sécuriser une ration n’apparaît pas concluant lorsque l’on dispose de fourrages de qualité.

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L'essai démontre qu’une ration à base de maïs ensilage et tourteau de colza, sans complémentation minérale particulière, peut très bien fonctionner.
L'essai démontre qu’une ration à base de maïs ensilage et tourteau de colza, sans complémentation minérale particulière, peut très bien fonctionner. - © J.-M. Guernion / archives

Les rations simples donneraient de meilleures performances de production et de santé que les rations diversifiées. C’est ce qui ressort d’une expérimentation menée pendant trois ans (de 2011 à 2014) à la ferme expérimentale de Trinottières dans le Maine-et-Loire. Un résultat pour le moins surprenant qui a suscité nombreuses questions lors de sa présentation à Rennes, lors des Biennales des stations expérimentales le 2 février dernier. L’essai a porté sur 172 lactations complètes, provenant de 117 vaches de race Prim’Holstein, dont 64 primipares. Les laitières réparties en deux lots ont reçu une ration complète, distribuée à volonté. « Les deux rations ont été prévues pour satisfaire les besoins en énergie, en protéines, en phosphore et calcium des hautes productrices à 9 500 kg de lait de moyenne", a rapporté Julien Jurquet de l’Institut de l’élevage. La ration simple se basait uniquement sur de l’ensilage de maïs, complété par du tourteau de colza, un peu de paille, du sel et du carbonate de calcium. La ration complexe, quant à elle, comportait de l’ensilage de maïs, de l’enrubannage de luzerne, de la paille, du tourteau de colza et de soja, du blé, ainsi qu’un complément minéral vitaminique.

- © Infographie Réussir

L’écart d’ingestion à l’origine de la différence de production

Les vaches recevant la ration simple ont produit plus de lait ( +1,3 kg lait/VL/j) et de matières utiles. « Cet écart apparaît significatif au niveau statistique, souligne Michel Prézelin de la chambre d’agriculture du Maine-et-Loire. Il résulte d’une meilleure ingestion des vaches de ce lot (+1,4 kg MS/VL/j). Cette consommation supplémentaire provient sans doute d’un encombrement plus important de la ration complexe dont le taux de cellulose se montre plus élevé (plus de paille et enrubannage). » L’écart de taux protéique (-1,2 g/kg) témoigne aussi d’un moindre apport d’énergie de la ration complexe, bien qu’aucune différence de poids vif, ni de note d’état corporel ne soit pour autant constatée.

Les problèmes de santé ont été moins nombreux dans le lot ration simple, avec une fréquence de mammites et de métrites bien plus faible malgré une production plus élevée. « Ceci dit, la prudence est de mise quant à l’interprétation de ces résultats, nuance Benoît Rouillé de l’Institut de l’élevage. En effet, l’état sanitaire initial des animaux n’a pas été pris en compte dans l’allotement. »

Côté reproduction, les deux lots obtiennent des performances assez proches, notamment pour le taux de réussite en IA1 et le pourcentage de vaches à 3 IA et plus. Et, les dosages de progestérone du lait, effectués deux fois par semaine, ont par ailleurs révélé des reprises de cyclicité similaires entre les deux lots.

- © Infographie Réussir

Distinguer recherche d'autonomie et simplification des rations

Une simulation économique a été effectuée sur la base de 500 000 litres de lait livré en 240 jours, sans tenir compte du sanitaire(1). « Il en résulte des résultats économiques moins bons en ration complexe (-11 €/1000 l) qui s’expliquent surtout par un produit lait pénalisé par des taux moins élevés et une réduction des surfaces en cultures de vente. » Sans compter que le fait de diversifier la ration a aussi un impact négatif sur le travail.

Le maïs plat unique doit-il alors faire son retour sur les tables d’alimentation ? « Ne mélangeons pas les questions, tempère Julien Jurquet. Cet essai ne remet pas en cause la recherche d’autonomie sur les élevages. Il démontre simplement qu’une ration à base de maïs ensilage et tourteau de colza, sans complémentation minérale particulière, peut très bien fonctionner. » Et plus largement, la diversification des systèmes fourragers est certainement préférable à la monoculture de maïs.

1) Pour un prix du lait de 320 €/1000 l et des rendements de 12 tMS/ha en maïs ensilage, 10 tMS/ha en luzerne et 6,5 tMS/ha pour les prairies.

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