Réussir lait 05 octobre 2017 à 08h00 | Par La rédaction

Le changement climatique bouleverse tous les repères

La hausse des températures et des épisodes de sécheresse modifient déjà les calendriers et les pratiques. Climalait s’intéresse aux moyens de s’adapter et à l’avenir du lait dans les régions françaises.

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Des évolutions plus ou moins marquées selon les régions.
Des évolutions plus ou moins marquées selon les régions. - © Cniel

"Le réchauffement climatique, c’est une évidence. Le sorgho arrive chez nous. C’est un bouleversement des repères. On ne peut plus avoir un itinéraire technique figé. Une année c’est le labour qui sera le plus pertinent pour le colza, et une autre, le semis direct. Il va falloir de la souplesse et s’adapter pour être résilient », témoignait le président du réseau Civam, éleveur dans la Marne, lors d’un débat au Salon aux champs, fin août dernier. « En été, nos vaches souffrent de la chaleur et produisent 15 % de lait en moins. Au printemps, ce sont les veaux qui souffrent de plus en plus de problèmes pulmonaires à cause du thermomètre qui fait le yoyo », exprimait un éleveur participant à Climalait, un programme de recherche piloté par le Cniel, et conduit par Idele, les chambres d’agriculture, Arvalis, BTPL, Inra, Météofrance.

Climalait s’intéresse aux impacts du changement climatique sur trente unités laitières climatiques. Ce sont des zones cohérentes sur le plan pédoclimatique et des systèmes d’élevage. Climalait simule l’impact sur les productions fourragères. Puis, il fait travailler un groupe d’éleveurs sur les voies d’adaptation, à l’aide du Rami fourrager. Ce travail est terminé dans les Mauges, dans le sud-ouest du Maine-et-Loire, une zone de polyculture élevage faiblement arrosée (736 mm de cumul annuel).

Le pâturage conforté mais à deux saisons différentes

Le futur simulé sur la zone des Mauges montre une hausse des températures moyennes et des épisodes caniculaires l’été qui impliquent un arrêt de croissance voire la mort de certaines espèces prairiales. Sur trois modèles climatiques, un seul prévoit une baisse du cumul annuel des précipitations en fin de siècle. Par contre, tous les modèles prédisent une diminution des pluies l’été. Cumulé avec l’augmentation prévue de l’évapotranspiration (ETP), cet effet contribue à accentuer le déficit hydrique.

« Les éleveurs du groupe étaient inquiets de l’avenir du lait dans la région, et après le Rami fourrager, ils étaient rassurés. Leurs exploitations de polyculture-élevage ont des atouts pour s’adapter aux épisodes de sécheresse », indique Céline Marsollier, conseillère à la chambre d’agriculture du Maine-et-Loire. Le changement climatique a un effet positif, tout au moins jusqu’à la moitié du siècle, grâce à l’effet CO2 qui améliore le rendement de la photosynthèse et engendre moins de transpiration (stomates des feuilles davantage fermés). Les rendements sont attendus en hausse à moyen terme : + 10 % de production fourragère pour la zone des Mauges. Le pâturage n’est pas remis en cause par le changement climatique, au contraire. « Les éleveurs ont retenu qu’ils pourraient mieux valoriser le pâturage tôt au printemps et à l’automne », insiste Céline Marsollier. Mais il faut faire davantage de stocks d’herbe pour valoriser les fortes pousses d’herbe et les distribuer en été quand l’herbe ne pousse plus.

Constituer des stocks de sécurité

Même si la production est en hausse en moyenne, les aléas seront très marqués et il faudra constituer des stocks de sécurité pour pouvoir passer une année de pénurie.

Les calendriers des récoltes, semis, mise au pâturage, épandages, mais aussi des vêlages seront décalés.

 

Le rendement du maïs fourrage est attendu en hausse jusqu’à la moitié du siècle, et en baisse significative en fin de siècle, à matériel génétique constant.
Le rendement du maïs fourrage est attendu en hausse jusqu’à la moitié du siècle, et en baisse significative en fin de siècle, à matériel génétique constant. - © S. Roupnel

Pour faire face à une année de printemps chaud et sec, et de déficit hydrique marqué en été, comme en 2017, les éleveurs font ressortir différentes pistes, comme ne pas faire sa référence laitière en anticipant des réformes mais en gardant des génisses pour pouvoir repartir. Ou déléguer l’élevage des génisses. Une idée est de conserver un deuxième troupeau (taurillons) que l’on peut arrêter en cas de manque de fourrages. Autres solutions : ensiler une partie des céréales ; faire un mélange céréales protéagineux immature pour les génisses ; faire plus d’hectares de maïs qu’on utilisera soit en ensilage soit en grain ; implanter des multiespèces avec des espèces prairiales à fort enracinement comme le dactyle, la fétuque élevée, la luzerne, le trèfle violet… ; limiter l’ETP avec des plantes associées (prairies sous couvert de céréales)…

« Les leviers d’adaptation sont connus des éleveurs, mais certains ne rencontrent pas de succès, expose Jean-Christophe Moreau, de l’Institut de l’élevage. Par exemple, les éleveurs nous disent que les dérobées d’été, ça ne marche qu’une fois sur deux, qu’il y a des difficultés à la levée… Les mélanges céréaliers immatures, ils nous disent que ça fait du volume mais que la valeur alimentaire n’est pas à la hauteur et que la réussite technique n’est pas toujours au rendez-vous. »

L’évolution des bâtiments et de la génétique animale

Le changement climatique impacte aussi les animaux. Au-delà de 25 °C, la vache souffre et la production laitière diminue, de 2 à 3 kg de lait par vache et par jour en cas de canicule de faible durée et peu marquée. Et plus de 10 kg pour des hautes productrices soumises à une canicule à la fois forte et de longue durée (source : Idele). Les taux se dégradent. La fertilité diminue et le repérage des chaleurs est plus difficile. La vache peut mourir d’hyperthermie dans les cas extrèmes.

LIRE LA SUITE dans la revue n°317 d'octobre 2017, pages 8 à 10.

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