Réussir lait 20 janvier 2017 à 08h00 | Par Costie Pruilh

La Pologne, un grand pays laitier en pleine mutation

Si pour les éleveurs polonais 2016 est une année noire, les perspectives restent bonnes et la Pologne laitière continuera sa métamorphose et sa croissance.

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La production laitière se concentre dans le Nord-Est de la Pologne. En 2014, près de 50% de la collecte est fournie par cette région.
La production laitière se concentre dans le Nord-Est de la Pologne. En 2014, près de 50% de la collecte est fournie par cette région. - © Rita Lemoine

Les éleveurs laitiers polonais subissent aussi la crise laitière de plein fouet. "En 2015 et 2016, le prix du lait a fortement baissé. Il est passé de 351 euros/t au premier semestre 2014 à 291 €/t au premier semestre 2015 (- 17 %) et à 254 €/t au premier semestre 2016 (- 13 %)", décrit Sébastien Bouyssière, de l’Institut de l’élevage. Ce prix est à mettre en parallèle avec un coût de production de 239 euros/t (hors salaire et rémunération de la main-d’œuvre familiale et des capitaux), d’après les estimations de la Commission européenne. Ce coût de production relativement bas en Europe, est un des atouts de la Pologne. "Cette moyenne cache une variabilité encore plus importante que celle que l’on constate en France", prévient néanmoins Sébastien Bouyssière.

La sécheresse particulièrement sévère de 2015 a accentué les difficultés des éleveurs. La restructuration en cours s’est accélérée. S’ajoutent pour certains éleveurs, les pénalités pour dépassement du quota laitier sur la campagne 2014-2015. Elles aggravent la situation financière des dépasseurs, notamment celle des récents investisseurs, même si le paiement des pénalités peut être étalé sur trois ans. Le poids de ces pénalités pourrait inciter certains à cesser l’activité laitière.

La collecte baisse fin 2016, mais le potentiel à moyen terme est bien là

Dans ce contexte, le potentiel laitier de la Pologne est dégradé à court terme. Le cheptel de vaches laitières a diminué de 113 000 têtes en juin 2016 par rapport à juin 2015. Il y a un mouvement de fond lié à la restructuration  des élevages laitiers. "Mais il y a aussi de la décapitalisation avec des abattages pour faire de la trésorerie et réduire les dépenses. Et des arrêts de la production laitière", décrit Sébastien Bouyssière.

La collecte baisse depuis juin 2016. "Mais même si elle diminue de 2 % sur la fin de l’année (1), la collecte annuelle 2016 sera quand même en hausse de 1,5 à 2 % par rapport à l’année 2015 ; elle-même à + 4 % par rapport à 2014. Pour l’instant, le potentiel laitier est réduit. Mais nous pensons que ce n’est que temporaire. Sur 2017, les Polonais devraient mettre du temps à produire à nouveau. Si la conjoncture s’améliore, ils remettront des vaches en place et la collecte repartira."

- © Infographie Réussir

La restructuration des élevages reste très forte

Cette crise ne devrait être qu’une parenthèse. La Pologne dispose de sérieux atouts pour continuer son essor laitier. Tout d’abord au niveau de ses élevages, avec un potentiel de gain de productivité. "Avec la spécialisation et la professionnalisation des élevages polonais, il y en a qui ont des résultats techniques similaires aux élevages ouest européens. Avec la poursuite de la restructuration des élevages, le rendement laitier moyen en Pologne continuera donc de progresser. Le niveau génétique est bien présent. Ils ont des leviers de progression avec l’amélioration des prairies et des rendements fourragers, de la conduite des animaux."

La restructuration des élevages est très forte et se poursuivra. Les toutes petites fermes de moins de cinq vaches sont de moins en moins nombreuses : plus de 350 000 fermes en 2005, moins de 150 000 en 2013. Elles arrêtent le lait quand d’autres opportunités se font jour ou quand les petits collecteurs ne les collectent plus. Il y avait en effet de nombreux intermédiaires qui collectaient et revendaient le lait aux transformateurs. Là aussi, un sérieux écrémage du nombre d’opérateurs est en cours. "Les petits élevages de 5 à 20-30 vaches sont aussi fragilisés (275 000 fermes en 2005, 124 000 en 2013). Certains ont trouvé des marchés de niche, et les autres font les frais du désintérêt des transformateurs qui préfèrent concentrer leurs zones de collecte et favoriser les plus gros élevages." Mais à l’autre extrême, les très grandes fermes de plusieurs milliers de vaches ne se développent pas. Souvent situées près de la frontière allemande, elles sont héritées du système collectiviste de l’ère communiste. Ce sont plutôt les fermes "moyennes" - entre 50 et 100 vaches - et les fermes de plus de 100 vaches à quelques centaines de vaches, dont le nombre augmente (plus de 13 000 fermes). La part des exploitations livrant du lait continuera donc d’augmenter.

Des opportunités sur le marché intérieur et à l’export

L’autre atout de la Pologne, ce sont des débouchés en croissance. Son marché intérieur progresse. "La consommation individuelle calculée est passée de 176 équivalent litres de lait après la crise économique de 2008 à 204 eq.l./habitant en 2014, et à 217 eq.l. en 2015. Cela reste faible par rapport à la moyenne européenne de 282 eq.l. en 2014, et très en deçà de son niveau connu sous le régime communiste. Il y a donc un potentiel de progression. En outre, les Polonais changent leurs habitudes de consommation. Ils consomment moins de lait liquide et davantage de fromages et de produits ultrafrais, mieux valorisés", détaille Sébastien Bouyssière.

L’industrie laitière s’est restructurée depuis l’intégration à l’Union européenne en 2004. Même s’il reste encore du chemin à parcourir, elle est devenue une industrie alimentaire moderne, capable de proposer aux consommateurs polonais des produits laitiers variés, de qualité, à des prix compétitifs, mais aussi de concourir sur les marchés internationaux. Les exportations ont progressé depuis 2010, passant de 1,2 milliard d’euros de produits exportés à 1,8 milliard en 2014. Et suite à l’embargo russe, l’industrie polonaise a trouvé d’autres débouchés vers l’Asie et le Moyen-Orient.

Les deux grandes coopératives polonaises ont des marques fortes sur le marché intérieur et développent l'exportation.
Les deux grandes coopératives polonaises ont des marques fortes sur le marché intérieur et développent l'exportation. - © Mlekpol

Des marques fortes

Les deux plus grands transformateurs laitiers de Pologne sont deux coopératives nationales, Mlekpol et Mlekovita. Elles représentent environ 30 % de la collecte polonaise. Viennent ensuite un groupe privé polonais (Polmlek), des groupes privés français (Danone, Lactalis, Savencia) et allemands (Zott, Hochland), d’autres coopératives et privés polonais. En 2014, le pays comptait 181 laiteries (299 sites de fabrication).

"Les deux grandes coopératives auraient des capacités industrielles pour transformer davantage de lait. Elles ont notamment investi récemment dans des tours de séchage, afin de répondre à la hausse de la demande mondiale. Elles possèdent également des marques fortes sur le marché polonais, et investissent dans ces marques", expose l’Institut de l’élevage.

(1) C’est le niveau d’engagement polonais dans le cadre du plan européen d’aides à la réduction des livraisons laitières.

Chiffres clés

13,3 Mt de lait produit en 2015 (334 500 fermes en 2013)

10,9 Mt de lait collecté en 2015 avec environ 130 000 livreurs

5e producteur de lait de l’UE à 28 et 5e fabricant de fromages

31 % de la collecte était exportée en 2013, 33 % en 2015, dont un tiers hors UE

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