Réussir lait 09 mars 2017 à 18h00 | Par F. Mechekour

« L'achat du troisième robot de traite a été reporté »

Élevage de précision. Avec une année rude côté lait et viande, le Gaec Lacour a choisi de freiner momentanément ses projets de développement sur le lait, mais garde le cap sur la méthanisation.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
- © F. Mechekour

"Nous avons plein d'idées, mais quand il faut sortir le carnet de chèques, ça calme, lance en souriant Gilles Chapron, responsable avec Jean-François Thébault du troupeau laitier. La passion pour le métier et une trésorerie restée à flot grâce aux poulaillers (9 000 m2), ont permis de limiter l'impact de la crise de 2016. « Nous n'avons pas eu de problèmes de trésorerie ni eu besoin de contacter notre banque pour faire face au manque à gagner sur le lait (référence de 1,4 million de litres de lait) et la production de viande bovine (90 vaches allaitantes et 150 taurillons). Les poulaillers représentent beaucoup de travail, mais c'est une activité intéressante financièrement surtout quand on la compare aux 299 euros/1 000 l de lait payés en moyenne lors de la campagne 2015- 2016 (laiterie Sill-Malo). Il nous faudrait au moins 350 euros/1 000 l pour avoir une rémunération correcte et envisager d'investir plus. »

Cinq millions d'euros d'investissements en dix ans

Lors de la dernière campagne laitière, le Gaec a produit 15 % de lait en plus en volume B (200 000 l payés 245 euros/ 1 000 l) pour augmenter son produit, mais comme les charges opérationnelles ont augmenté dans les mêmes proportions, Gilles Chapron estime qu'ils ont travaillé plus pour gagner moins.

« Il ne faudrait pas que la crise dure. On nous annonce une moyenne à 320 euros/1 000 l pour 2017, mais rien n'est sûr. S'il y a un réel rebond au niveau des marchés, j'espère que nous en profiterons. Nous sommes des chefs d'entreprises et nous avons investi 5 millions d'euros en dix ans. On peut donc espérer une meilleure rémunération de notre travail. »

Les prix de base en janvier et février ont été respectivement de 310 et 320 euros/1 000 l auxquels il faut ajouter une plus-value de 24 euros/1 000 l grâce aux taux.

Sans la crise, le Gaec aurait peut-être investi dans un troisième robot de traite. « Ce n'est plus d'actualité pour l'instant. On hésite parce que produire 1,4 million de litres de lait avec 145 vaches et deux robots cela fait beaucoup. Mais si nous passons à trois robots, je me connais, je vais vouloir les optimiser en produisant plus de lait. Mais actuellement, compte tenu du prix, je préfère vendre des vaches en lait (1 000 à 1 100 euros actuellement) plutôt que de produire plus. C'est pour ces mêmes raisons que nous n'avons pas voulu acheter de droit à produire. En 2018, on aura fini de payer le bâtiment, autant rester sage jusque-là. »

De l'électricité vendue 22,5 cE/kWh

Une sagesse dictée par les conséquences d'une augmentation de la production autour de 2 millions de litres de lait. « Il faudrait investir 50 000 euros dans un nouveau robot, prévoir une fosse en conséquence, un nouveau bâtiment pour les vaches taries. On serait peut-être obligés d'arrêter les taurillons. Sans compter l'impact sur la charge de travail. » Projet reporté donc, mais pas abandonné.

En revanche, l'investissement dans une unité de méthanisation pour valoriser le lisier produit sur l'exploitation est toujours sur les rails. « Je n'ai pas eu le temps de me pencher plus sur la question ces derniers mois, mais d'ici la fin de l'année, le dossier devrait être bouclé. Nous devrions investir 250 000 euros sans subvention dans un méthaniseur de 33 kWe avec un retour sur investissement de sept ans d'après la société qui nous l'installera (Biolectric). En théorie, nous devrions réaliser un bénéfice de 10 000 euros par an (contrat de 20 ans). L'électricité sera vendue 22,5 cEUR/ kWh contre 60 cEUR/kWh avec nos panneaux photovoltaïques (contrat de 2009). » Le contrat ne prévoit pas d'obligation de récupération de la chaleur produite. Mais deux pistes sont à l'étude : chauffage des maisons proches du site et du bureau du Gaec ou chauffage de deux poulaillers (2 400 m2 de surface totale).

Un futur bâtiment pour les génisses

« L'investissement dans un bâtiment pour les génisses nous paraît plus urgent que d'investir dans un troisième robot parce que cela permettra d'améliorer l'efficacité et les conditions de travail de Ronald, notre associé responsable de l'élevage des génisses », souligne Gilles Chapron.

Ronald Cherbonnel élève environ 150 génisses par an, âgées de 4 jours à 22 mois environ. Deux mois avant le vêlage, elles rejoignent le site des vaches laitières. « L'idéal serait de construire un bâtiment avec 100 logettes sur caillebotis, mais cela coûte cher surtout pour des animaux qui ne restent que quatre à cinq mois par an dans le bâtiment. »

Êtes-vous satisfait par votre essai de maïs ensilage shredlage (1) ?

« La première impression est plutôt bonne », assure Gilles Chapron. Nous avons ensilé 54 ha avec un rendement moyen de 16,6 t de MS/ha. D'après les analyses de fourrage, il est plutôt correcte avec 0,92 UFL et 7,6 g de protéines. » En revanche, il est plus riche que d'habitude en cellulose (20,3 % contre 18 à 19 % en année normale) et surtout plus encombrant (1,08 contre 0,95 à 0,96). Ce n'est pas la technique mais l'année qui explique la plus forte teneur en cellulose.

Avec cette technique, le grain est très bien éclaté. Cela a certainement permis de limiter l'impact de la rupture de stock en VL sur la production laitière des vaches à 1,5 kg/vl/j pendant un mois (du 28 décembre au 30 janvier), sachant que certaines vaches en consommaient jusqu'à 2,5 kg par jour. Mais depuis la mi janvier, le niveau de production est revenu à son niveau initial (32,5 kg, stade moyen de lactation de 4,8 mois) malgré l'absence de VL. Durant cette période, la ration se composait de 16 kg de MS d'ensilage de maïs, 500 g de foin, 2,8 kg de tourteau de colza, 1,9 kg de correcteur distribués au robot, 400 g de tanné, 230 g de CMV, 230 g de bicarbonate, 120 g d'urée et 30 g de sel. D'habitude on distribuait 1,5 kg de VL mais avec seulement 14 kg de MS d'ensilage de maïs. Je vais essayer de diviser par deux l'apport en VL et de n'en distribuer qu'aux vaches en début de lactation, aux fortes productrices et aux primipares pour qu'elles continuent leur croissance. Le coût alimentaire de la ration actuelle est de 80 euros/1000 l.

Par ailleurs, grâce à la longueur des fibres (24 à 26 mm) nous avons pu diminuer l'apport de foin dans la ration de 1,5 kg/v/j à 500 g/v/j. Cela permet de gagner du temps sur la distribution d'autant que cette année j'utilise du foin stocké en round baller alors que d'habitude c'était des big baller de foin broyé.

  1. Lire Réussir lait n° 309 page 33

Pourquoi avez-vous installé un système de désinfection pour les faisceaux de traite de vos robots ?

« Avant nous faisions un rinçage sans peroxyde d'hydrogène. Mais depuis octobre, nous désinfectons les faisceaux trayeurs pour prévenir les contaminations croisées même si jusqu'ici nous n'avons pas eu de problèmes particuliers de cellules ou butyriques (aucune pénalité depuis plusieurs années, moyenne à 210 000 c/ml durant la campagne 2015/2016, et moins de 100 000 c/ml lors des trois derniers mois de 2016). Nous n'avons pas plus de trois mammites par mois pour 130 vaches traites. Je pense que la désinfection a amélioré la situation. Le taux de cellules moyen a baissé à 140 000 c/ml et nous avons même eu pour la première fois un comptage à seulement 80 000 c/ml. L'installation pour la désinfection ne nous a rien coûté parce que nous avons récupéré des pompes doseuses dans les poulaillers. »

Pourquoi avez-vous remplacé la sciure par de la dollit comme litière pour vos logettes ?

« Nous avons acheté 30 tonnes de dollit (dolomie du Poitou, un sable calco-magnésien sans silice) à 40 euros la tonne pour l'entretien de 170 logettes. C'est un bon produit pour le confort des vaches. La dollit étant plus dense que la sciure, les vaches l'enlèvent moins vite quand elles sortent des logettes. Je pense que nous en utiliserons environ 120 tonnes par an. Sa valorisation en amendement calcaire n'a pas pesé dans mon choix parce que je me suis avant tout intéressé à son intérêt pour les vaches. Mais c'est un plus qui compense en partie la difficulté de reprise en fond de fosse. Par ailleurs, je désinfecte les logettes une fois par semaine avec de la chaux vive (60 kg pour 170 logettes). Mais il faut prendre des précautions. J'ajoute un peu de dollit au dessus de la chaux pour ne pas risquer d'abîmer la peau des trayons.  »

Quel était le but de l'essai sur le SmartVel ?

« Nous avons investi 4000 euros dans ce système d'aide à la détection des vêlages en 2013. Cela inclut un collecteur et huit capteurs. Et nous avons participé à un essai en 2016 dont l'objectif était de tester un nouveau dispositif permettant d'améliorer la détection des vêlages difficiles. Normalement, vous recevez un premier appel téléphonique (message vocal et SMS). quand le vêlage débute puis un second deux heures après si la vache n'a pas vêlé. Le dispositif en test devrait fournir une seconde alerte une heure après la première en cas de vêlage difficile. Nous attendons les résultats des essais. »

Avez vous suivi une nouvelle formation ?

« Oui avec le Ceta 35. Cette formation a débuté en octobre. Elle a pour but de nous aider à améliorer les conditions et l'efficacité du travail dans notre exploitation. Au delà de la partie théorique, nous visitons l'exploitation des autres éleveurs de notre groupe. On arrive le matin vers 8 heures pour voir comme l'éleveur travaille et on note tout ce qui nous paraît bien et ce qui pourrait être amélioré. On prend même des photos. Les éleveurs du groupe sont venus au Gaec le 8 janvier. Ils nous ont proposé de simplifier la distribution du minéral. Par ailleurs, avant je distribuais une ration pour 85 vaches le soir et je recommençais le lendemain matin. Maintenant je fais deux distributions pour 65 vaches, une le soir et l'autre le lendemain matin. L'objectif est de diminuer les refus, d'optimiser la valorisation de la ration et d'améliorer l'organisation du travail. Ils nous ont également proposé d'améliorer la gestion du tri des déchets avec les sacs fournis par Adivalor et de remplacer un bac de 500 l par un abreuvoir dans le box sur aire paillée des vaches taries afin de faciliter son nettoyage. »

5 associés et un salarié

330 ha de SAU

145 vaches à 10 200 kg

1,4 Ml de lait contractualisés

9 000 m2 de poulailler, 90 vaches allaitantes, 150 taurillons

287 000 EUR de marge brute lait

49 % d'annuités sur EBE.

Clôture 31 mars 2016.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Lait se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Avez-vous effectué un traitement préventif contre les mouches ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui