Réussir lait 04 septembre 2017 à 08h00 | Par La rédaction

Jeunes installés : "Le lait, on y croit !"

S'installer quand les prix ne sont pas au rendez-vous, c'est difficile. Mais les jeunes de ce dossier gardent la foi ! Les perspectives en lait restent bonnes et ils croient en leur projet.

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Attention aux montants de reprise !
Attention aux montants de reprise ! - © E. Bignon

"Nous n'avons pas encore les chiffres permettant d'analyser dans le détail les installations laitières pour la période 2013-2016, mais il semblerait, d'après les données de la MSA et les informations des laiteries, qu'il n'y ait pas d'effondrement des vocations », signale Christophe Perrot, de l'Institut de l'élevage.

Le syndicat Jeunes agriculteurs indique que les installations en bovin - lait et viande - ont baissé en 2015 et 2016. «La crise des prix a dissuadé des installations, expose Yohann Barbe, responsable lait national de Jeunes agriculteurs. Pour les jeunes installés, la situation est très difficile à cause d'une mauvaise conjoncture qui dure, alors qu'ils sont en phase d'investissements avec de lourds remboursements. À cela s'ajoute le problème des aides PAC 2015 et 2016 qui ne sont pas soldées, l'annonce fin juillet d'une baisse des aides... Outre l'impact sur la trésorerie, beaucoup de jeunes risquent de devoir rembourser leur aide à l'installation parce qu'ils n'auront pas réussi à dégager au moins un Smic. Nous demandons à l'État de tenir compte des conséquences de sa mauvaise gestion. »

Yohann Barbe pointe une difficulté nouvelle pour les jeunes installés en lait : la forte volatilité des prix. « Avant, dans le plan d'entreprise, prendre le prix moyen sur les cinq dernières années ne posait pas de soucis. Maintenant ce n'est plus suffisant. Si les prix s'avèrent finalement plus faibles, on n'arrivera peut-être pas à dégager plus d'un Smic. Inversement, si on est plus prudent et que finalement les prix s'avèrent plus élevés, on risque de dépasser le plafond de trois Smic et de devoir rembourser les aides. Nous demandons à adapter le dispositif d'aide à l'installation, tout comme la fiscalité, à l'extrême volatilité des prix.»

Malgré ce contexte, Yohann Barbe indique que sur 2017, « on sent une reprise des projets d'installation qui compensera peut-être la baisse des deux dernières années. Certaines laiteries prennent conscience du besoin de renouvellement des générations et proposent des plans jeunes ou travaillent sur de nouveaux dispositifs de garantie de prix du lait pour les jeunes installés ».

Aujourd'hui, le lait, des jeunes le choisissent, par passion c'est certain, mais aussi en pleine connaissance de cause. Pour ce dossier, nous avons choisi d'interroger des jeunes qui gardent la foi. Ils nous racontent comment ils ont construit leur projet et se sont adaptés dans ce contexte difficile et ce qui les a marqués pendant leur parcours.

On ne s'installe plus aujourd'hui comme hier. Sandrine Vacher, responsable mission régionale au Cerfrance Seine Normandie (Haute-Normandie et Île-de-France) et Daniel Caugant, responsable des marchés agricoles au Crédit mutuel de Bretagne, identifient trois problématiques principales que les jeunes installés doivent bien appréhender :

la gestion de la volatilité des prix et donc la trésorerie ;

la connaissance de ses coûts de production pour améliorer sa performance économique et,

la main-d'oeuvre, c'est-à-dire l'organisation du travail et leur rémunération.

« Dans un dossier installation, ce que nous apprécions, c'est la capacité du jeune à bien cerner l'exploitation qu'il reprend : ses avantages et ses inconvénients. Et sa capacité à se projeter pour conserver les éléments positifs et améliorer les points négatifs », explique Daniel Caugant.

Intégrer la volatilité des prix et se constituer une réserve

« Faut-il tout faire, tout acheter ? Les jeunes d'aujourd'hui commencent à comprendre que la réponse est non, estime Daniel Caugant. Au début, il vaut mieux se concentrer sur le suivi du troupeau pour bien caler la technique et se constituer ses repères personnels. Mieux vaut placer son énergie et son temps dans des tâches stratégiques comme la reproduction plutôt que dans le travail des champs. Aujourd'hui, c'est le travail de gestion du troupeau et l'administratif qui payent. On n'achète pas tout, tout de suite. L'exploitation se construira par étapes. Une installation en lait, c'est une histoire d'étapes. »

« On remarque que c'est mieux quand les jeunes ont eu une autre expérience ailleurs avant de s'installer. Il faut que les jeunes aient de l'ambition ; qu'ils n'aient pas juste envie de produire. Aujourd'hui, être agriculteur c'est anticiper, comprendre le monde dans lequel on vit et ses évolutions », souligne Sandrine Vacher.

« Le problème des prix très fluctuants est nouveau en production laitière. Ainsi que des prix bas qui durent plus de deux ans. Il est donc conseillé de partir sur des hypothèses de prix des grandes cultures et du lait dans des fourchettes basses, pour établir son étude prévisionnelle. Et d'adopter une posture prudente dans ses choix d'investissement », résume Sandrine Vacher. Autrement dit, il vaut mieux dimensionner son projet pour être en mesure de sortir du résultat les bonnes années, dès le début de l'installation. « S'il y a une bonne année, il faut pouvoir faire une réserve de trésorerie, surtout en installation individuelle où le fonds de roulement n'est pas encore constitué. »

Ne pas vouloir tout faire et tout acheter

« Aujourd'hui, les jeunes installés doivent être capables d'appréhender leurs coûts de production, coût de revient, prix d'équilibre pour faire leurs choix stratégiques », expose Sandrine Vacher. Faut-il prendre les 200 000 litres que propose la laiterie ? Faut-il toujours vouloir agrandir quand on s'installe ? La question se pose dans un contexte où les montants d'installation et d'investissement grimpent, où on cherche à réduire les charges, et où la problématique main-d'oeuvre se pose de plus en plus. « Ne pourrait-on pas avoir des projets avec de la spécialisation et de la simplifi cation ? », questionne Sandrine Vacher.

(1) Lire le dossier de Réussir Lait, n° 288, février 2015.

Quatre repères économiques pour baliser la réflexion

1 Le niveau d'investissement - « En Bretagne, le montant moyen d'investissement à l'installation est de 500 000 euros en production laitière avec des situations très diverses : reprise en individuel, de parts en société..., indique Daniel Caugant, du Crédit mutuel de Bretagne. L'objectif est de ne pas dépasser 800 euros/ 1 000 l pour une reprise avec investissement et avec stocks. Mais on peut être au-dessus si les investissements amènent une plus-value. Et on peut être inférieur à 800 euros mais être encore trop cher par rapport à ce que vaut vraiment l'exploitation. Les références économiques sont toujours à relativiser. » Les économies d'échelle étant difficiles à réaliser en lait, cet objectif ne varie pas selon le volume de lait.

2 L'endettement - « Il ne faut pas dépasser 60-70 % d'annuités/EBE. Le jeune doit surtout avoir en tête une fourchette basse et haute d'EBE, et savoir ce qu'il en fait. Il faut qu'il prévoie sa rémunération. C'est trop souvent un point laissé de côté, ou bien les prétentions sont trop basses (le Smic). Le résultat doit permettre de faire de la trésorerie pour financer du stock et pour autofinancer de petits investissements, développe Sandrine Vacher, du Cerfrance Seine Normandie.

Trop allonger les durées de remboursement n'est pas une bonne solution. Il vaut mieux rembourser assez vite, pour se laisser la possibilité de passer à un autre projet à moyen terme. Il existe des solutions pour ne pas investir à 100 % tout seul. »(1)

« Notre indicateur, c'est environ 75 EUR/1 000 l d'annuités, indique Daniel Caugant. On veut que le jeune conserve une marge de sécurité et qu'il puisse effectuer des prélèvements privés mensuels. Quand la mise de départ est trop élevée, on peut trouver des astuces de location, de montage en GFA, ou de portage financier pour réduire le coût de l'installation. »

3 L'EBE prévisionnel - « La référence est de 150 euros/1 000 l. Avec robot de traite, on retiendra plutôt 130 euros », pointe Daniel Caugant. Le coût du matériel peut peser sur une installation. Il faut être vigilant sur les charges de mécanisation hors atelier lait (travail du sol, de récolte...).

4 L'EBE/produit - « Un ratio de 30 % est un critère de référence. Mais on peut être à 25 % quand il y a beaucoup de charges de structure liées à un besoin en personnel plus important, comme en transformation vente directe par exemple », indique Sandrine Vacher.

SOMMAIRE DU DOSSIER

P 44 : « Les vaches c'est passionnant, car compliqué à conduire » - Antoine Thomas installé en 2014

P 46 : « S'installer ni trop tôt, ni trop tard ! » - Gaec BB créé en 2013

P 50 : « Garder la maîtrise des charges est capital » - Stéphane Luet installé en mai 2015

P 52 : « Dégager du revenu et du temps libre » Fabrice Vieudrin installé en janvier 2016

P 52 : " Ma motivation est restée intacte " - Thierry Dufaut installé en avril 2016

P 54 : " Je suis éleveur à fond ! "- Stéphane Blin s'installera en janvier 2018

P 55 : " Je suis passionnée par la génétique et les concours " - Fanny Runel installée en janvier 2015

P 56 : « J'ai mûrement réfléchi mon projet » - Emmanuel Job installé en août 2015

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