Réussir lait 25 avril 2012 à 11h36 | Par Ludovic Vimont

IMPLANTATION DU MAÏS FOURRAGE - Le strip-till pour semer à moindre coût

Originaire du Middle West américain, la technique du strip-till — qui consiste à ne travailler qu’une faible bande sur le rang — perce en Europe et en France. Elle génère des gains de temps, de carburant, de rendements et des bénéfices agronomiques à moyen terme.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
POUR TRACTER UN STRIP-TILLER,
il faut compter entre 20
et 25 chevaux par dent.
POUR TRACTER UN STRIP-TILLER, il faut compter entre 20 et 25 chevaux par dent. - © Kuhn

Le principe du strip-till consiste à ne travailler qu’une faible bande de terre sur la ligne de semis pour des cultures à fort espacement entre rangs (maïs, colza, tournesol, betteraves…) principalement semées au monograine.

Pour chaque rang, l’appareil appelé strip-tiller est doté au minimum d’un disque ouvreur qui coupe les résidus végétaux en surface, suivi de deux chasse-débris en étoile qui écartent ces résidus de la ligne de semis. Vient ensuite la dent, bien souvent jouxtée de disques gaufrés qui affinent et génèrent un petit billon. Enfin, un rouleau escamotable ferme la marche.

Un seul outil travaille le sol jusqu’au semis

« On distingue néanmoins trois types de strip-till, détaille Damien Brun, ingénieur en travail du sol à Arvalis-Institut du végétal. Le strip-till américain qui travaille en profondeur (15 à 25 cm) sur une certaine largeur (15-20 cm) en générant un billon, le strip-till à la française (Duro, Jammet), qui fouille profond en perturbant au minimum les différents horizons du sol, et le strip-till superficiel peu utilisé en France. »

Quel que soit l’appareil, en décomposé ou en combinaison avec le semoir, il est indispensable de le choisir avec le même nombre de rangs. Beaucoup de ces appareils peuvent être équipés d’un système d’incorporation d’engrais, lors du passage précédant ou accompagnant le semis. L’apport d’engrais sur le rang est nécessaire au succès du strip-till. En localisant l’apport, certains agriculteurs réussissent même à réduire la dose à l’hectare.

Comparé à la traditionnelle préparation de semis derrière labour, le nombre de passages est réduit et dépend surtout de la nature du sol. Dans le cas de taux d’argile élevés, un passage automnal éventuellement suivi d’un autre au printemps (au-delà de 30-40 % d’argile), quelques jours à trois semaines avant le semis, est conseillé. À l’automne, il faut passer assez tôt en conditions suffisamment sèches. En limon et sable, un unique passage peu avant le semis peut être suffisant.

Aussi, plusieurs constructeurs de striptiller encouragent le passage en décomposé pour plusieurs raisons : le porte-àfaux en combinaison strip-tiller/semoir impose un rééquilibrage du tracteur avec un lestage frontal conséquent, ce qui augmente la compaction. Par ailleurs, « il faut laisser le temps au sol de se réchauffer et de se ressuyer, voire de s’affiner dans le cas de l’argile », poursuit Damien Brun. Enfin, pour être efficace, le passage de strip-tiller doit être réalisé à une vitesse de travail de 8 à 10 km/h, quand on peut difficilement dépasser les 7 km/h avec un monograine.

Pour passer dans les lignes du strip-tiller avec le monograine, les constructeurs s’accordent à dire qu’il suffit de débrider les stabilisateurs pour laisser le semoir s’enrailler naturellement dans les passages travaillés. L’autoguidage par GPS peut cependant s’avérer être un plus, notamment en monoculture de maïs si l’on veut intercaler les rangs d’une année sur l’autre.

Moins de carburant et d’herbicides

Laisser une partie de la surface non travaillée favorise le développement des micro-organismes et un retour massif des vers de terre. La matière organique reste plus en superficie et n’est plus diluée dans le fond du sillon de la charrue. Contrairement au semis direct, le striptill génère un réchauffement et un émiettement du sol procurant un lit de semence favorable à une levée rapide. Tout en gardant de la fraîcheur sur les parties non-travaillées.

Des essais réalisés par Christian Savary et Alice Denis, respectivement conseiller machinisme et agronome à la chambre d’agriculture de la Manche, ont mis en évidence une bien meilleure portance au moment de l’ensilage derrière un strip-till ou un semis direct qu’à la suite d’un semis direct avec ameublisseur ou d’un travail simplifié comprenant un ameublisseur et une préparation à la herse rotative.

Ce résultat ne vaut que si l’ensilage s’effectue dans de bonnes conditions et avec des véhicules dotés de pneus basse pression. En ne travaillant au maximum qu’une vingtaine de centimètres de large sur les 75 cm, les risques d’érosion sont fortement réduits. De même, les remontées de caillouteux sont moindres.

Mais le bénéfice le plus immédiat est certainement le gain de temps et de carburant. « En ne travaillant qu’un tiers à un quart de la surface, le besoin en puissance de traction est moins important par rapport à un travail sur toute la largeur », explique Damien Brun. En conséquence, la consommation de carburant à l’hectare peut être réduite par deux, voire trois.

Quant aux herbicides, le fait de ne pas remettre en germination les adventices sur les bandes non travaillées limite leur développement. De plus, les résidus laissés sur place, ou les couverts végétaux implantés à l’automne, créent un effet écran contre les mauvaises herbes, laissant du temps à la culture implantée pour recouvrir le sol. En revanche, laisser les résidus en surface peut augmenter le risque de maladies fongiques, notamment en monoculture de maïs.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Lait se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Machinisme agricole

Question du mois

Misez-vous davantage sur le pâturage ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui