Réussir lait 12 octobre 2012 à 14h58 | Par Michel Portier

Gestion du troupeau - «Un suivi sans faille de la reproduction et de la cétose»

Dans la Meuse, le Gaec Laquemine est le premier élevage français à s'être équipé du mini-laboratoire Delaval Herd Navigator autorisant une détection précoce des mammites, des troubles métaboliques et de reproduction.

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CHAQUE MATIN, THIERRY ET CHRISTOPHE RAMAND VÉRIFIENT LES ALARMES ET LES ACTIONS PROPOSÉES PAR LE HERD NAVIGATOR directement sur le logiciel de gestion du troupeau. « On se concentre sur les vaches qui requièrent de l'attention sans avoir à gérer les analyses, ni à les interpréter. »
CHAQUE MATIN, THIERRY ET CHRISTOPHE RAMAND VÉRIFIENT LES ALARMES ET LES ACTIONS PROPOSÉES PAR LE HERD NAVIGATOR directement sur le logiciel de gestion du troupeau. « On se concentre sur les vaches qui requièrent de l'attention sans avoir à gérer les analyses, ni à les interpréter. » - © M.Portier

Notre écran d'ordinateur est plus fiable que l'observation des vaches pour détecter les chaleurs », assurent Thierry et Christophe Ramand, éleveurs en Gaec à Pretz-en-Argonne. Le suivi de la reproduction est en effet le premier argument qui a convaincu les deux associés d'investir dans le système Herd Navigator. « Avec une production dépassant les 700 000 litres pour un troupeau de 65 vaches hautes productrices, le suivi du troupeau devient de plus en plus pointu. » D'autant que le Gaec cultive par ailleurs 150 hectares de cultures de vente (colza, blé orge). L'arrivée du Herd Navigator en octobre 2011 a coïncidé avec le renouvellement du robot de traite. « Notre premier robot VMS datait de 2006. Après avoir tenté d'en acheter un second d'occasion, nous avons finalement opté pour deux robots neufs l'an dernier, en prévision d'une future augmentation de production », explique Thierry Ramand. Outre la partie analyse, le système Herd Navigator se caractérise par son « modèle biologique », qui prend en compte tous les paramètres de l'éle- vage pour fournir des recommandations à l'éleveur.

Adapter les seuils d'alerte en fonction de l'élevage

« Il nous a fallu quelques mois pour adapter les seuils de détection à notre élevage, reconnaissent les deux frères. La mise au point la plus délicate est celle de l'interprétation des analyses de LDH pour la détection des mammites. Il faut une lactation complète pour ajuster les paramètres du modèle biologique aux caractéristiques de chaque vache. » L'élevage étant historiquement à un taux cellulaire bas (moyenne de 130 000 cellules sur 2011), le seuil de déclenchement des alarmes mammites a été rabaissé. « Il nous arrive même de détecter des infections qui ne sont pas mammaires. En affinant l'interprétation des analyses de LDH, je pense qu'il sera possible de discriminer d'autres infections que les mammites. » La détection des mammites avant les premiers signes cliniques a conduit les éleveurs à tenter des traitements préventifs avec de la pommade au camphre. « Le taux de cellules redescend, mais pas autant qu'avec un traitement antibiotique, regrette Christophe Ramand. Mais dans tous les cas, le Herd Navigator ne nous indique pas quel antibiotique utiliser. »

La progestérone pour détecter les chaleurs silencieuses

Plus facile à mettre en oeuvre, la détection des chaleurs est le critère le plus déterminant dans la gestion du troupeau des frères Ramand. « La courbe du taux de progestérone est un indicateur très fiable. On s'est d'ailleurs vite rendu compte que les vaches les plus productives manifestent très peu leurs chaleurs. La chute de progestérone s'accompagne d'un rapprochement des analyses qui nous permet d'avoir une indication très précise du moment de la chaleur. La vache est inséminée dans les 35 à 48 heures qui suivent l'alarme. » L'évolution de la courbe de progestérone auto- rise également la détection d'anomalies. « En cas de kyste folliculaire, le taux de progestérone ne remontant pas, il est rapidement mis en évidence. C'est moins évident pour un kyste lutéal, où il faut affiner le diagnostic en fonction de la fluctuation de la progestérone. Le dispositif peut faire l'amalgame avec une vache pleine, dont le taux de progestérone est également élevé. Dernier cas de figure, dans le cas d'un anoestrus post-partum prolongé, on constate très rapidement si l'implant est efficace ou non », précisent les éleveurs.


LE COLLECTEUR D’ÉCHANTILLONS ET L’ANALYSEUR sont installés dans une pièce indépendante du bloc traite pour limiter les variations d’humidité et de température.
LE COLLECTEUR D’ÉCHANTILLONS ET L’ANALYSEUR sont installés dans une pièce indépendante du bloc traite pour limiter les variations d’humidité et de température. - © M. Portier

Détecter les risques de cétoses pour limiter l'impact sur la lactation

Autre paramètre décisif dans la gestion de ce troupeau comptant de nombreuses vaches à 45 litres par jour, la détection précoce des problèmes de cétose limite les baisses de production. « Avec notre passage en ration semi-complète, nous avons augmenté significativement la moyenne du troupeau, mais aussi les risques de cétose », estime Thierry Ramand. L'analyse de BHB est effectuée pendant les cent premiers jours de lactation. Dès que le taux atteint le seuil d'alarme, les éleveurs augmentent la dose de propylène glycol. « En intervenant au plus tôt, on limite nettement les chutes de production et le retour à la normal est atteint beaucoup plus rapi- dement. C'est imparable, la courbe du risque de cétose est corrélée avec celle de la lactation ». Les deux associés accordent en revanche beaucoup moins d'intérêts aux analyses d'urée. « Il faut vraiment un gros problème d'alimentation pour observer une anomalie. Cet indicateur est surtout utile pour les élevages qui changent souvent de ration, ce qui n'est pas notre cas », estiment-ils.

Un gain de temps réel et des économies à chiffrer

Quant à l'aspect économique, après un an d'utilisation, les frères Ramand ont encore du mal à se prononcer chiffres à l'appui. « La mise au point du modèle biologique en lien avec les vétérinaires a pris du temps avant d'être opérationnel. Il est d'ailleurs en perpétuelle amélioration. » Le Herd Navigator représente un investissement de 55 000 euros auquel il faut ajouter les consommables, soit un coût global d'environ 55 euros par vache et par an. « Nous n'avons pas encore de bilan de fécondité sur un an, mais il est certain que nous avons réduit le nombre d'inséminations, tout en améliorant le taux de réussite. Concernant le suivi des acétonémies, nul doute que cela limite les pertes de production, notamment avec notre niveau de performance. Mais cela reste difficile à chiffrer. » Le progrès le plus remarquable reste pour l'instant le gain de temps dans la gestion de la reproduction. « Il nous suffit d'un coup d'oeil sur l'ordinateur pour connaître les vaches à inséminer ! », apprécie Christophe Ramand.

Des analyses en direct
Le dispositif Herd Navigator proposé par Delaval est développé par la société Lattec, joint-venture (co-entreprise) entre le spécialiste suédois de la traite et la société danoise Foss, spécialisée dans les systèmes d'analyse. S'il fait ses preuves depuis plusieurs années dans des exploitations danoises, hollandaises et suédoises, il n'est commercialisé en France que depuis l'an dernier. Considérant l'historique des élevages équipés, Delaval estime entre 100 et 150 euros par vache et par an le bénéfice net obtenu avec ce dispositif, une fois déduits les consommables et l'amortissement. Le Herd Navigator est principalement associé au robot de traite VMS (de 1 à 4). Il est toutefois compatible avec une salle de traite. Dans la pratique, un échantillonneur installé sur le robot prélève au cours de la traite du lait, qui est ensuite envoyé dans un collecteur. Les échantillons sont enfin analysés un à un dans le mini-laboratoire. Ce dernier fonctionne avec la technologie des bandelettes tests. Il dispose d'un type de bandelettes (cartouches de 50 bandelettes) pour chaque paramètre analysé. Après réaction du lait sur la bandelette, la mesure est effectuée par un capteur optique. L'ensemble est piloté par un logiciel informatique intégrant des algorithmes qui constituent le modèle biologique de décision. Le choix des vaches, du type et de la fréquence de l'analyse est géré par le « bio-modèle » en fonction de nombreux paramètres : nombre et date de vêlage, historique de santé, résultat des dernières analyses... Les résultats et les actions à entreprendre sont envoyées directement sur le logiciel de gestion du troupeau DelPro.

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