Réussir lait 12 janvier 2012 à 12h23 | Par F. Mechekour

Fertilia décrypte les moyens d’améliorer la fertilité des Prim’Holstein

Détection des chaleurs, conditions d’IA… l’enquête Fertilia, menée pendant quatre ans dans 135 troupeaux Prim’Holstein, a mesuré l’impact de différentes pratiques sur la fertilité des vaches en première insémination.

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L’INDEX FERTILITÉ SUR
ASCENDANCE DE LA
FEMELLE impacte
fortement la
réussite en 1re IA :
l’écart est de plus
de 20 points entre
les femelles d’index
inférieur à –0,5
et celles d’index
supérieur à 1.
L’INDEX FERTILITÉ SUR ASCENDANCE DE LA FEMELLE impacte fortement la réussite en 1re IA : l’écart est de plus de 20 points entre les femelles d’index inférieur à –0,5 et celles d’index supérieur à 1. - © F. Mechekour - Archives

Il est communément admis que la vache idéale, « c’est celle qui ne fait jamais parler d’elle! », en dehors bien sûr d’occasions particulières (concours…). Autrement dit, c’est tout le contraire de la vache que l’on ne voit jamais en chaleurs, qu’il a fallu inséminer plusieurs fois… et qui dans certains cas finit par grossir le lot des réformes involontaires.

Or, sur le terrain, le constat n’est pas brillant. La diminution du taux de réussite en première insémination a été particulièrement marquée en race Prim’Holstein, avec une baisse de 1 point par an entre 1995 et 2003. «La fertilité a chuté de 45,5 % en 1999 à 36,3 % en 2004 », a montré une étude réalisée par Pascale Le Mézec, du département génétique de l’Institut de l’élevage.

Une fertilité de 37% chez les vaches prim’holstein

L’intégration en 2004 de l’index fertilité dans l’ISU Prim’Holstein semble avoir stoppé l’hémorragie, puisque la fertilité s’est stabilisée mais à un niveau très insuffisant (37 % chez les vaches Prim’Holstein en 2008). Nous savons par ailleurs, que la génétique n’explique « que la moitié de la dégradation de la fertilité dans cette race », rappellent Sandrine Fréret, de l’Inra, et Pascal Salvetti, de l’Unceia.

Autrement dit, facteurs génétiques, conduite du troupeau et conditions pour inséminer interagissent sur les performances de reproduction dans un élevage.

Aussi, afin d’identifier les facteurs de variation de la fertilité en première insémination, l’Unceia a réalisé, entre 2004 à 2007, une vaste enquête dénommée Fertilia auprès de 135 troupeaux Prim’Holstein (4 621 vaches et résultats d’IAP analysés au peigne fin) répartis dans quinze coopératives d’insémination.

Jusqu’à 22 % de vaches inséminées au mauvais moment

Les résultats de cette enquête sont désormais disponibles. Ils ont notamment fait l’objet d’une présentation aux « Journées 3 R » en décembre dernier.

Premier constat : « les performances de reproduction mesurées lors de l’enquête sont cohérentes avec celles habituellement mesurées au niveau national, avec un taux moyen de gestation à 45 jours de 47,1 % et 37,7 % de re-vêlage après une IA première », indiquent Sandrine Fréret et Pascal Salvetti.

Cette étude montre par exemple que 4,5 % des IA sont réalisés au mauvais moment (vaches inséminées en phase lutéale). « Ce pourcentage est très variable selon les élevages puisqu’il varie de 0 à 22 %! » Autrement dit, dans certains troupeaux enquêtés, une vache sur cinq est inséminée alors qu’elle n’est pas en chaleurs !

La qualité de la détection des chaleurs n’est pas le seul facteur en cause. « Les risques d’inséminer au mauvais moment augmentent avec le délai post-partum (4 % à 60 jours contre 7,5 % au-delà de 90 jours). Cette observation s’explique par la volonté des éleveurs d’inséminer rapidement et à tout prix une femelle trop décalée par rapport aux objectifs de mise à la reproduction. »

L’augmentation du nombre de femelles inséminées en même temps augmente aussi le risque d’inséminer au mauvais moment : 4,7 % avec une seule vache contre 8,4 % lorsqu’il y a plus de trois vaches. Profiter de la venue de l’inséminateur pour inclure les vaches douteuses est rarement payant.

Prendre en compte exclusivement des signes non spécifiques (présence de glaires, beuglements, nervosité…) augmente également le risque d’inséminer en dehors des chaleurs. L’acceptation du chevauchement et l’observation de la répétition de signes secondaires (reniflage de la vulve, pose du menton sur la croupe…) sont les seuls critères pertinents pour détecter les chaleurs.

Acceptation du chevauchement et signes secondaires

Pertinents certes, mais pas toujours évidents à observer. Des facteurs génétiques, l’agrandissement des troupeaux, la conduite d’élevage (bâtiment en logettes, bétons glissants…) ne facilitent pas l’expression et par conséquent la détection des chaleurs. Ce n’est pas un hasard si de plus en plus d’outils d’aide à la détection des chaleurs (Heatime, Heatphone, Heatbox, podomètres…) sont proposés sur le terrain.

Par ailleurs, si cette enquête minutieuse n’apporte pas de véritables « scoops » en termes de conseils, elle permet par contre de mesurer l’impact de certaines pratiques sur la fertilité et par conséquent de renforcer la qualité du conseil.

Les points clés influençant la fertilité

Facteurs favorables

■ Limiter les interventions lors du vêlage

■ Délai de mise à la reproduction d’au moins 60 jours après vêlage

■ Une détection des chaleurs basée sur l’observation du chevauchement et de la répétition des signes sexuels secondaires

■ Appeler l’inséminateur dès que l’on a observé des signes spécifiques de chaleurs.

■ Assurer une bonne contention des femelles à inséminer

■ Prendre en compte dans le plan d’accouplement l’index fertilité du taureau

■ Conduite du tarissement et soin apporté aux transitions alimentaires (lire Réussir Lait, n° 251, octobre 2011, pages 80 à 83)

■ Alimentation entre vêlage et IA : l’état corporel au moment du vêlage et le niveau de perte d’état ont un impact sur la cyclicité. Viser une note d’état corporel de 3 et une perte de moins d’un point pendant le premier mois de lactation (lire Réussir Lait, n° 251, octobre 2011, pages 80 à 83)

■ Soigner l’hygiène (traite et bâtiment)

Facteurs pénalisants

■ Quantité importante de lait produite

■ Nombre de lactations : la fertilité est meilleure chez les primipares (50,4 %) que chez les vaches en 2e et 3e lactation et plus (43,7 % et 40,8 %)

■ Délai entre la détection des signes de chaleurs et l’appel de l’inséminateur supérieur à 24 heures

■ Interventions lors du vêlage : baisse de fertilité pouvant aller jusqu’à 14,5 % dans le cas d’intervention traumatique

■ Les mammites subcliniques (numération cellulaire)

Source : Sandrine Fréret (sandrine.freret@tours.inra.fr) et Pascal Salvetti (pascal.salvetti@unceia.fr)

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