Réussir lait 11 mai 2012 à 14h15 | Par Ludovic Vimont

ENSILAGE D'HERBE - Garantir la qualité de coupe d'une autochargeuse

Gage d'un bon tassage au silo et d'une bonne conservation, la qualité de coupe du fourrage des remorques ensileuses autochargeuses se dessine au travers de plusieurs détails de la machine, mais aussi de la préparation du chantier.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
CERTAINES AUTOCHARGEUSES PROPOSENT UN PLANCHERINCLINÉ VERS L'AVANT à l'approche du rotor, de façonà utiliser moins de puissance au chargementet à maintenir le régime de rotation du rotor. (© Krone) L'affutage à l'eau maintient le trempage de l'acier © Claas L'affutage automatique des couteaux maintient le tranchant © Pöttinger

«La qualité de coupe commence dès la préparation du chantier, annonce Thierry Peterschmitt, de Pöttinger. Pour une coupe optimale, il faut que les brins soient perpendiculaires à l'andain, afin qu'ils conservent leur position jusqu'au rotor hacheur. Or, en sortie de lamier de la faucheuse, l'herbe est parallèle au sens d'avancement. L'idéal pour changer l'orientation des brins, c'est de préfaner avec un conditionneur à doigts (mais pas à rouleaux), puis d'andainer avec un appareil à double rotor à andain central. »

Le conditionneur assure un premier brassage du fourrage, tandis que l'andaineur double fait passer les brins d'herbe de la position parallèle à l'andain à la position perpendiculaire.

Thierry Peterschmitt déconseille en revanche l'andaineur double à dépose latérale qui tend à rouler le fourrage et à former des paquets qui rentrent plus difficilement dans le pick-up et consomme davantage de puissance.

À défaut d'andaineur double à dépose centrale, un andaineur simple assure un travail semblable, à condition de ne pas trop chevaucher l'andain formé au premier passage. Qui plus est, l'andaineur à deux rotors à dépose centrale permet de régler au plus juste la largeur de l'andain, afin d'occuper le pick-up de l'autochargeuse sur toute sa largeur : plus le fourrage est étalé régulièrement sur toute la largeur du rotor, meilleure est la qualité de coupe.

Positionner le fourrage devant le rotor

Pour Julien Claudon, de Krone France, la meilleure préparation de chantier consiste à utiliser une faucheuse conditionneuse à doigts doté d'un tapis andaineur. « Non seulement, les brins d'herbe sont bien positionnés, mais l'andain est dépourvu de pierres. Ce qui n'est pas toujours le cas avec un andaineur classique. »

L'étape suivante consiste à bien placer le fourrage devant le rotor. La grande majorité des constructeurs proposent des rotors, dont la largeur est proche de celle du pick-up. Au-dessus de ce dernier, un à deux rouleaux permettent d'étaler le fourrage. Du fait de la largeur de rotor de 1,50 m contre 2,10 m pour le pick-up, le système de ramassage des machines Vicon est doté de peignes positionnés en V pour recentrer le fourrage.

À l'inverse, Strautmann ajoute un rouleau entraîné mécaniquement, en position basse derrière le pick-up, doté de reliefs élargissant le flux de fourrage. «En étalant l'herbe sur toute la largeur du rotor, le besoin de puissance est moindre, explique Roland Clément, d'EMA, importateur de Strautmann. Pour exemple, un tracteur de 160 ch, qui était juste en puissance devant une 35 m3 sans CFS, se retrouve aujourd'hui plus à l'aise avec une 45 m3 dotée du CFS. »

Diamètre et nombre de dents du rotor

Les constructeurs se différencient également sur la conception du rotor, à commencer par le diamètre. La tendance est à l'augmentation du diamètre et donc du poids du rotor. « Cela nécessite plus de puissance pour amorcer la rotation, explique Julien Claudon. Mais une fois en pleine rotation, l'inertie engendrée gomme les variations de régime et maintient la qualité de coupe constante. »

Second critère, le nombre de dents. « Les autochargeuses Tigo à haut rendement disposent de sept dents, au lieu de cinq sur les autres modèles, explique Yoann Gougeon, responsable produits Lely. À vitesse égale, la quantité d'herbe passant devant chaque couteau est réduite. De ce fait, on peut avancer plus vite tout en ayant la même qualité de coupe qu'un rotor cinq dents. »

Selon les modèles, une ou deux dents de rotor passent entre les couteaux. Les deux dents permettent de prendre le brin d'herbe sur toute sa largeur et au plus près du couteau, afin que la coupe soit le plus efficace. Les constructeurs tendent néanmoins vers la stratégie de la dent unique sur laquelle un fer plat est soudé, de façon à accompagner le brin sur sa largeur. « On observe une meilleure qualité de coupe sur les Cargos, qui disposent d'une dent unique prolongée d'une pièce plate, que sur la Quantum, à deux dents entre les couteaux », explique François- Régis Mathieu, de Claas.

Forme et sécurité des couteaux

La pièce travaillante principale reste le couteau. On distingue deux stratégies, l'une avec des couteaux longs et enveloppant quasiment le fourrage, l'autre avec des couteaux presque positionnés perpendiculairement au flux d'herbe.

Les premiers offrent une grande longueur de coupe et agissent comme des ciseaux. Les seconds travaillent de façon plus agressive à la manière d'une hache, ce qui demande plus de puissance : ils proposent deux côtés réversibles. En contact avec une pierre, le couteau allongé et enveloppant sera moins marqué, mais montrera plus d'impacts qu'un couteau court et perpendiculaire.

Pour éviter qu'ils cassent, la plupart des couteaux sont montés sur sécurité à ressort. « Préférez les ressorts travaillant par flexion, conseille Olivier Chaton, de Kverneland. Ceux travaillant par étirement tendent à s'encrasser et à perdre de ce fait leur efficacité. »

Schuitemaker se distingue par une sécurité hydraulique des couteaux. « Les couteaux sont montés sur trois éléments retenus par des vérins à pression ajustable depuis la cabine, explique Romain Houdayer, de la Sarl Cressonnière, qui importe Schuitemaker. On voit les trois jeux de couteaux pianoter depuis la cabine, quand il y a beaucoup de corps étrangers. DOn réduit alors la pression pour moins abîmer les couteaux. Au contraire, dans du fourrage propre, on peut augmenter la pression et le débit de chantier en mettant les gaz. »

Un bon affûtage est primordial

Mais avoir un couteau bien aiguisé reste la condition primordiale. Pöttinger se distingue avec son affûtage automatique Autocut, qui permet en quatre minutes d'entretenir le fil des couteaux. « Cette option à 7 000 euros sur les Torro et les Jumbo est vite rentabilisée, explique Thierry Peterschmitt. L'économie de carburant s'élève à 5 l/h. Et on gagne aussi en espaçant les affûtages à l'atelier. Une autochargeuse équipée travaillant 300 heures par an permet une économie annuelle de 3000 euros. » Attention, toutefois à ne pas affûter après avoir chargé du fourrage un peu trop sec, à cause des étincelles !

Certains constructeurs proposent un tiroir pivotant à 90° pour accéder facilement aux couteaux. La construction particulière des Schuitemaker offre un accès naturellement aisé par l'avant. Claas surélève l'avant de l'autochargeuse, en pliant la flèche, et propose un système d'éjection rapide des couteaux, mécanique ou hydraulique.

Il reste que l'affûtage à l'atelier des couteaux demeure inévitable. « Il existe deux types d'affûteuse, détaille Olivier Chaton : la version standard, autour de 1 500 euros, et celle travaillant à l'eau (NDLR: à partir de 5000 euros): le flux d'eau limite l'échauffement du couteau et donc la qualité de trempage de l'acier. De plus, ce type d'affûteuse est proposé avec un guide qui conserve le profil du couteau. En changeant le profil, on peut travailler d'autres couteaux (presse, etc). »

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Lait se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Machinisme agricole

Question du mois

Misez-vous davantage sur le pâturage ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 22 unes régionales aujourd'hui