Réussir lait 04 mars 2013 à 14h00 | Par Michel Portier

Distribution - L'alimentation prend le chemin de l'automatisation

Le robot d'alimentation commence à s'implanter chez des éleveurs séduits par les gains de main-d'oeuvre et d'efficacité alimentaire.

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Sous un bâtiment flambant neuf équipé de 340 logettes, à La Romieu (Gers), l'automate GEA du Gaec de Pargas prépare et distribue une ration complète à huit lots d'animaux. (© M. Portier)

L'alimentation automatisée est un concept largement répandu dans les pays d'Europe du Nord, où les grands troupeaux ne sortent pas des bâtiments. Au contraire en France, la taille modérée des troupeaux et la prédominance du pâturage n'ont pas joué en faveur de cet équipement coûteux. Mais l'augmentation de la taille des troupeaux, les contraintes de main-d'oeuvre et les coûts d'alimentation croissants ont changé la donne. Depuis trois ans, les premiers robots d'alimentation font ainsi leurs preuves sur le territoire. Sous l'impulsion de nouveaux constructeurs, les projets se sont multipliés sur les six derniers mois. Les deux constructeurs Delaval et Rovibec ont été les premiers à se lancer sur le marché français. Sont arrivés ensuite Trioliet, Valmetal, puis dernièrement Lely, Cormall et GEA. En Fance, les constructeurs spécialistes de la distribution des aliments commencent à réagir. Jeantil et Bélair ont d'ailleurs présenté au Sima leur propre concept. Silofarmer, déjà présent avec son automate pour les petits rumi- nants, devrait également s'implanter sur le secteur.

Avantage aux spécialistes de la robotique

Mais dans un premier temps, les marques déjà implantées avec le robot de traite vont bénéficier de la force de leur réseau de distribution habitué aux automates. Face à ce constat, Rovibec travaille à la mise en place d'un réseau de vingt concessionnaires (Boumatic et Packo) présents dans le robot de traite. Moins de refus, mais peu de chiffres sur les gains alimentaires Globalement, les robots d'alimentation fonctionnent en toute autonomie, à l'exception de l'approvisionnement en fourrage (ensilage, foin et paille). Toutefois, certains robots désilent seuls. C'est le cas de Rovibec, qui utilise des silos tours, ou encore des concepts Innovado de Schuitemaker et Aviso de Bélair (encore à l'état de prototype), automates qui se rendent au tas pour désiler. La plupart des systèmes utilisent des tables doseuses, sauf Lely qui emploie un dispositif particulier de griffe à grappin. Par souci d'économie, certains utilisateurs se passent de ces tables et réalisent eux-mêmes le chargement de la mélangeuse à poste fixe. L'outil de mélange est d'ailleurs le second point de différenciation. Soit la ration est mélangée et distribuée par le même appareil qui se déplace sur un rail ou au sol, soit une mélangeuse à poste fixe est secondée par un wagon de distribution sur rail ou au sol. Une troisième possibilité, de conception plus ancienne et moins modulaire, consiste à utiliser un tapis convoyeur de distribution.

L'offre du marché en robots d'alimentation
L'offre du marché en robots d'alimentation - © Réussir

Robotiser l'alimentation offre de nombreux avantages, à commencer par l'économie de main-d'oeuvre. Le gain de temps dépend surtout de l'autonomie du système. Avec un désilage en cube, le réapprovisionnement peut se faire tous les trois à quatre jours. Alors qu'en vrac, il se fera quotidiennement, voire pour deux jours, afin de limiter les risques d'échauffement. La préparation régulière de la ration et sa distribution répétée en petites quantités par lots d'animaux profitent à son efficacité : limitation des refus, meilleure digestibilité, présence régulière aux cornadis bénéfique à l'activité des vaches et à la fréquentation du robot de traite... Il faut toutefois veiller à respecter les temps de rumination des animaux. L'équilibre fibre/concentré de la ration est ainsi encore plus décisif que dans un système d'alimentation classique. Pour l'instant, par manque de recul, l'Institut de l'élevage ne se prononce pas sur les gains d'efficacité alimentaire. Le robot installé à la ferme expérimentale de la Jaillière devrait faciliter le diagnostic. En se basant sur l'expérience d'autres pays, plusieurs constructeurs affichent un gain de 5 % sur la production laitière. 

Gain de place et économie d'énergie atténuent le surcoût

Dans le cas d'un nouveau bâtiment, l'intégration du robot limite la surface dédiée au couloir d'alimentation par rapport à une distribution classique. De même, l'énergie électrique consommée par l'automate est sans commune mesure avec la consommation de gazole d'une mélangeuse automotrice ou de deux tracteurs préparant la ration. Les arguments ne manquent pas, pourtant les économies potentielles doivent peser suffisamment pour justifier le lourd investissement. Selon le concept adopté et la taille du bâtiment, les prix s'échelonnent de 100 000 à plus de 200 000 euros. La taille du troupeau reste le facteur essentiel. Que l'on alimente 100 ou 200 vaches, le robot demande quasiment le même investissement.

- © M. Portier

Reportage Vidéo : "Notre robot mélangeur alimente les laitières et les taurillons"

(Vidéo de Vincent Motin, Réussir l'Agriculteur Normand)

Retrouver l'article dans la revue Réussir lait de Mars 2013


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