Réussir lait 05 décembre 2017 à 08h00 | Par E. Bignon

« Désileuse, mélangeuse... raisonner le renouvellement de l’outil de distribution »

Tony et Valérie Citerin dans le Finistère viennent de réaliser un audit avec BCEL Ouest qui a relancé leur réflexion sur le choix de système d’alimentation.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
LE CHOIX DU SYSTÈME DE DISTRIBUTION de la ration est
primordial tant au niveau technique qu’économique.
LE CHOIX DU SYSTÈME DE DISTRIBUTION de la ration est primordial tant au niveau technique qu’économique. - © E. Bignon

Depuis que le robot de traite a été installé il y a deux ans et demi sur l’élevage de Tony et Valérie Citerin à Kerguigner, leurs 75 vaches ne sortent plus du bâtiment. Elles produisent 11 000 kg de lait en moyenne, reçoivent une ration quasi identique toute l’année à base de 14,5 kg de maïs ensilage, 4,5 kg d’enrubanné, 2,5 kg de tourteau de colza, 0,7 kg de mélasse, du CMV et du bicarbonate à l’auge, plus une complémentation individuelle en tourteau de soja, soja tanné et concentré de production au robot.

La ration est distribuée depuis onze ans avec une mélangeuse de 14 m3, mais celle-ci arrive en bout de course et les exploitants s’interrogent sur son renouvellement. « Nous devons réinvestir mais en tenant compte des évolutions à venir en termes de volumes et de main-d’oeuvre, avance Tony. C’est un investissement pour les dix prochaines années, alors on ne veut pas se louper ! »

Les éleveurs souhaitent raisonner ce projet en se laissant la possibilité de monter à 100-110 vaches à terme. « Notre objectif est de maintenir une bonne homogénéisation des rations distribuées, et ne pas distribuer de fourrages aux génisses et aux taries le week-end, comme cela est déjà le cas. »

Les éleveurs s’interrogent aussi sur l’évolution de la main-d’oeuvre. « Aujourd’hui, avec trois UTH dont une salariée(1), la main-d’oeuvre n’est pas limitante, mais qu’en sera-t-il demain ? »

La réflexion sur le renouvellement de la mélangeuse est menée avec BCEL Ouest, qui propose des audits sur la distribution des fourrages en tenant compte des objectifs des éleveurs. Les simulations économiques réalisées intègrent le coût de la traction et le temps passé à la distribution.

Les éleveurs ont d’emblée exclu le recours à une désileuse ou à un godet désileur du fait de l’apport d’enrubannage dans la ration. « Nous avons d’abord étudié l’achat d’une nouvelle mélangeuse. C’est la solution qui nous semblait la plus naturelle comme nous étions satisfaits du système actuel, raconte Tony. J’ai demandé à trois marques de nous faire des devis. Au départ, les fournisseurs nous ont proposé des 18 m3, mais nous avons préféré nous baser sur des modèles de 20 m3. »

Les mélanges sont bien faits lorsque les mélangeuses sont chargées à 80 % de leur capacité. « Mais, avec l’augmentation progressive des effectifs, il n’est pas rare de voir des mélangeuses chargées à 105-110 % de leur volume », remarque Johann Cariou de BCEL Ouest. Le brassage dure alors beaucoup plus longtemps et la ration se retrouve souvent déstructurée. « Nous recommandons un volume utile de 2 m3 pour 10 vaches. Pour 100 vaches, mieux vaut donc partir sur une mélangeuse de 20 à 22 m3 pour permettre l’incorporation de fourrages grossiers sans être à saturation de l’outil et permettre d’élaborer des rations pour les taries et les génisses pour deux à trois jours sans être obligé de réaliser deux tours par catégorie. »

De plus, il est toujours préférable de se laisser une marge de manoeuvre en cas d’une évolution de la taille du troupeau ou du type de ration (par exemple si l’éleveur souhaite travailler avec une ration plus fibreuse ou intégrer des betteraves).

Garder de la souplesse sur le volume de la mélangeuse

Attention aussi à bien se baser sur le volume utile (hors-vis) et pas sur le volume total. « Quant au choix de la mélangeuse et de ses options, l’important est de bien qualifier ses besoins en fonction des contraintes (bâtiments, ration…), ainsi que la manière avec laquelle on souhaite manager son troupeau », indique le conseiller.

Les devis pour les trois mélangeuses (une à pâles et deux à vis verticales) étaient compris entre 35 000 et 43 000 euros. Soucieux du résultat rendu auge, Tony a également tenu à réaliser des essais grandeur nature avec les machines. Quelle que soit la machine testée, le rendu auge s’est montré satisfaisant.

« On peut faire aussi un bon boulot avec les deux types de mélangeuses, mais il faut se montrer plus vigilant sur le temps de mélange avec une mélangeuse à vis. Et à volume égal, la mélangeuse à vis demande environ 20 CV de puissance supplémentaire », avance Johann Cariou, qui recommande aussi de tenir compte du coût d’entretien des différentes mélangeuses (couteaux, fond de cuve…). Les éleveurs ont également souhaité

- © Source : BCEL Ouest

simuler l’investissement dans une automotrice 20 m3. Cette solution a l’avantage de libérer le tracteur du chargeur et celui attelé à la mélangeuse (80 CV) qu’il faudrait renouveler pour un plus puissant.

Étudier l’option d’une automotrice pour libérer deux tracteurs

L’hypothèse d’une possible automatisation de la distribution a également été étudiée. « Nous n’avions jamais envisagé cette solution mais quand Johann nous a proposé de faire le calcul, nous nous sommes dit pourquoi pas, étant donné l’augmentation des effectifs du troupeau à terme. Cette solution correspondait bien à nos objectifs de souplesse de travail et permet de se libérer de l’astreinte de la distribution pour se recentrer sur la gestion de troupeau", commente Tony.

Le montant d’un tel investissement est certes plus élevé (210 000 €, cuisine incluse) mais le temps économisé permet peut-être de rendre cette solution compétitive. "Ce raisonnement m’a semblé d’autant plus logique que j’emploie de la main-d’oeuvre salariale. »

Une première approche permet d’évaluer le coût de distribution hors main-d’oeuvre (lire tableau P. 36). Logiquement, l’option automation affiche le coût le plus élevé 23 €/1 000 l, contre 17 €/1 000 l pour les options mélangeuse et automotrice.

Le coût de la main-d’oeuvre est intégré dans un second temps. Les durées de distribution sont associées à chaque système d’alimentation. Sur l’exploitation, la préparation avec la mélangeuse prend deux heures par jour (enlèvement des refus, préparation des silos, chargement et mélange). Avec une automotrice, ce temps serait réduit d’une demi-heure ; il y a moins d’allers-retours et plus besoin de monter et de descendre du tracteur.

« Quant au robot d’alimentation, en nous basant sur l’expérience d’une vingtaine d’élevages équipés, on estime qu’il mobilise l’éleveur 35 minutes par jour, mentionne Johann Cariou. Attention, la dimension de la cuisine peut s’avérer très impactante. Certains élevages ont fait le choix de recycler un bâtiment existant (génisses ou autres) pour aménager la cuisine à moindres frais, mais parfois cette option les contraint à venir approvisionner quasiment tous les jours, au lieu de deux ou trois fois par semaine. »

Intégrer le coût de la main-d’oeuvre dans le calcul change la donne

Au final sur l’exploitation, si on tient compte du coût de la main-d’oeuvre, l’automatisation et l’automotrice font jeu égal à 27 €/1 000 l, soit 3 €/1 000 l de moins que la mélangeuse.

Pour l’heure, les exploitants n’ont pas encore pris de décision quant à l’investissement à retenir mais ces résultats relancent leur réflexion. « Je ne m’attendais pas à ce que l’automatisation puisse être dans la course au niveau économique, nous allons creuser cette piste », conclut Tony qui a déjà programmé des visites dans différents élevages équipés d’un robot d’alimentation.

(1) L’exploitation a aussi un atelier de 90 truies NE.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Lait se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Avez-vous installé des tapis sur les aires d'exercice et aire d'attente ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui