Réussir lait 11 juillet 2014 à 08h00 | Par Véronique Bargain

Des prairies diversifiées pour du lait « bioclimatique »

Pour faire face aux aléas climatiques et à la raréfaction des ressources en eau, l’Inra de Lusignan va expérimenter OasYs, un système laitier très innovant qualifié de bioclimatique.

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La partie « animale » du système sera présentée 
en détail en décembre lors des journées 3R.
La partie « animale » du système sera présentée en détail en décembre lors des journées 3R. - © J.-C. Emile/Inra

« L’élevage laitier doit faire face à de nouveaux défis, souligne Jean-Claude Emile, de l’Inra de Lusignan dans la Vienne : produire du lait dans un contexte de contraintes et d’aléas climatiques, en minimisant le recours à l’eau et aux énergies fossiles, tout en contribuant à une agriculture durable. » Un système laitier innovant, OasYs, a donc été imaginé par l’Inra de Lusignan et a commencé à être mis en place en juin 2013. Les prairies et le pâturage occupent une place centrale du système qui vise à couvrir par le pâturage 100 % des besoins des animaux au printemps, 50 % en été et automne et 25 % en hiver, quelles que soient les conditions climatiques. Trois rotations ont été imaginées sur 90 hectares, alternant prairies temporaires et cultures non irriguées tout en minimisant les interventions mécaniques et l’emploi de pesticides.


Trois rotations de sept à huit ans sur 90 hectares


Une première rotation de sept ans (25 ha), proche de la salle de traite, est conçue pour être entièrement pâturable. Elle associe une séquence de cinq ans en prairie et deux ans de cultures annuelles visant à fournir du fourrage aux périodes délicates de l’été (chicorée, radis, navet, graminées estivales…) ou de l’hiver (méteil, betterave, colza, moutarde…).
La deuxième rotation de sept ans (24 ha), un peu plus éloignée, est similaire mais les cultures annuelles (méteil, sorgho-légumineuses) et les prairies peuvent être pâturées ou récoltées selon les besoins et les conditions climatiques. La troisième rotation de 8 ans (41 ha) alterne quatre années de prairies de stock et quatre années de cultures à double usage grain ou fourrage (sorgho, méteil, maïs).
Tous les éléments des rotations sont présents chaque année et une nouvelle prairie est implantée dans chaque rotation tous les ans. Les prairies pâturées sont des associations de graminées, légumineuses et autres dicotylédones. Les prairies de fauche, également multi-espèces, sont à base de luzerne et exploitées en modulant la fréquence de coupe pour diversifier la qualité du fourrage. « Plutôt que de rechercher la prairie idéale, pouvant résister à toutes les conditions climatiques, nous misons sur des prairies diversifiées, d’âges variés, associant des espèces plus ou moins précoces et résistantes au froid et pouvant être exploitées plus ou moins intensément » explique Jean-Claude Emile.

Différentes associations seront testées, comme 
ici une association sorgho – haricot rouge.
Différentes associations seront testées, comme ici une association sorgho – haricot rouge. - © J.-C. Emile/Inra

Des arbres tétards implantés dans les prairies


Certaines parcelles seront aussi implantées en agroforesterie, sous forme d’arbres têtards bas (frêne, aulne, orme champêtre, mûrier blanc…) et de haies intraparcellaires (vigne, arbustes). « Le but est que les vaches puissent manger les feuilles et jeunes tiges sans que l’éleveur ait à intervenir mécaniquement, précise Jean-Claude Emile. En plein été, ces ligneux pourraient fournir 25-30 % de la ration. Les arbres pourront aussi décaler ou prolonger la production des prairies grâce à leurs effets ombrage et brise-vent. » Dès cette année, les chercheurs analyseront par ailleurs la valeur alimentaire des feuillages de différentes espèces ligneuses, données qui n’existent pas actuellement.
Enfin, la cohérence du système sera renforcée par un troupeau adapté à cette diversité, productif et rustique, basé sur un croisement Holstein x Jersiaise x Rouge scandinave. Les premières génisses croisées deux voies viennent de naître, avec utilisation du sexage, et les croisements trois voies devraient être finalisés d’ici deux ans. Le choix a été fait aussi d’avoir deux périodes de vêlage, pour limiter le nombre d’animaux ayant des besoins importants en été et hiver.


Un troupeau rustique en croisement trois voies


Et pour limiter l’impact sur l’environnement (kg eqCO2 émis par kg de lait produit), les lactations seront allongées jusqu’à dix-huit mois et le nombre de lactations par vache sera augmenté. Le système dans son ensemble sera étudié sur ses aspects agronomiques, zootechniques, environnement, biodiversité, critères économiques, temps de travail… et sera évolutif.

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