Réussir lait 07 mars 2012 à 10h38 | Par REUSSIR LAIT

Des bâtiments à la mesure des grands troupeaux

Toute erreur peut coûter très cher dans la conception des bâtiments adaptés aux grands troupeaux. Dans ce dossier, des spécialistes et éleveurs - français et allemands - font part de leur expérience dans ce domaine.

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Plusieurs visions des bâtiments pour grands troupeaux
Plusieurs visions des bâtiments pour grands troupeaux - © C. Reibel

Derrière le terme générique de « grand troupeau » se cache une extrême diversité de situations et par conséquent de solutions en matière de bâtiments.

Au travers de reportages en élevages et d’avis de spécialistes en bâtiments, nous vous présentons dans ce dossier les visions française et allemande, différentes à bien des égards.

« Il faut relativiser les choses », prévient Philippe Wallet, ingénieur BTPL. « Quand on parle de grands troupeaux en France, on est encore « petit » par rapport à ce qui peut se faire aux États-Unis, au Canada, en Russie… où les effectifs peuvent atteindre 10 000 vaches et où la main d’oeuvre salariée est abondante et pas chère. » Cette particularité leur permet de réaliser des économies d’échelle « notamment sur la salle de traite et le niveau d’automatisation des tâches ». Mais, dans ces troupeaux, les taux de réforme des vaches « sont parfois hallucinants ».

En France, « la plupart des grands troupeaux devraient se situer dans la fourchette comprise entre 200 et 500 vaches ». D’après les statistiques de FranceAgrimer, 79 élevages détiennent en 2011 un quota livraison(1) de plus de 1,5 million de litres de lait, et 687 un quota compris entre 1 et 1,5 million de litres. Ils n’étaient respectivement que 18 et 197 en 2007. Ceux livrant entre 800000 et 1million de litres sont également près de trois fois plus nombreux qu’il y a cinq ans (1 463 contre 599).

La disponibilité en main-d’oeuvre spécialisée et le niveau des salaires n’étant pas comparables, des solutions pour les bâtiment retenues dans d’autres pays « ne sont pas forcément transposables en France ». Un projet bâtiment se confronte aussi à des paliers. « Un projet pour 150 vaches ne se raisonne pas de la même manière que pour 250 vaches ou plus. »

Pour Jean-Luc Ménard, de l’Institut de l’élevage, avec les grands troupeaux, « la spécialisation des bâtiments s’impose pour répondre à des enjeux tels que la maîtrise de l’ambiance et du sanitaire, l’évolutivité du site… » La conduite en lots devient incontournable.

Par ailleurs, grand troupeau rime souvent avec réduction du pâturage. Il faut donc «bien raisonner la ventilation dans le bâtiment pour assurer une bonne ambiance en été comme en hiver.»

Le 100% bâtiment peut aussi exacerber certains problèmes comme les boiteries, et pose la question de la gestion des effluents d’élevage.

(1) Une forme sociétaire, y compris les SCL, compte pour un livreur

- © C. Reibel

« Le confort des vaches est la première priorité »

Christiane Brandes, directrice d’InnovationsTeam, le plus important bureau d’études privé en Allemagne, défend un modèle de bâtiment rationnel et économique.

Pourquoi construire des stabulations de plusieurs centaines de vaches ?

Christiane Brandes - « La demande des éleveurs allemands va dans ce sens. Ils veulent gagner de l’argent. Et ce sont les grands troupeaux qui en font gagner le plus en comprimant les coûts d’investissement et de fonctionnement à la place. Ne vaut-il pas mieux qu’une salle de traite tourne 21 heures par jour pour 1 200 vaches que 4 heures pour 200 vaches ? Un tel élevage supporte mieux des prix du lait bas. Même à 190 €/1 000 litres, ces élevages n’ont pas été dans le rouge en 2008. Dans le contexte laitier actuel, leurs bilans sont florissants. Une exploitation de type familial obtient le plus souvent seulement un niveau de revenu moyen. Beaucoup d’éleveurs ont encore des bâtiments de 120 vaches enclavés dans les villages. Construire du neuf est plus simple que d’agrandir. Ces éleveurs préfèrent tout de suite passer à 600 vaches (le seuil d’une installation classée) et plus, pour pouvoir payer des personnes qui traient en 3x8. En fait, 200 vaches c’est déjà trop pour une exploitation familiale, mais 400 ce n’est pas assez pour occuper des salariés rationnellement. »

■ Quelles sont, selon vous, les caractéristiques d’un bon bâtiment ?

C. B. - « Il y en a trois. Le confort des vaches est la première priorité pour qu’elles expriment tout leur potentiel génétique. Elles n’aiment pas les murs trop hauts, les coins sombres, les rebords, les sols glissants. Deuxièmement, ce bâtiment doit permettre une forte productivité. La production de 450 000 litres par salarié est un minimum, en sachant que les meilleurs élevages parviennent à un million de litres. C’est pourquoi tout doit être organisé pour que le travail du salarié soit le plus efficace possible. Enfin, les coûts doivent être les plus bas possibles. »

■ Vous préconisez aussi de séparer vaches et bâtiment de traite…

C. B. - « Les hommes et les vaches n’ont pas les mêmes besoins. Une vache veut de l’air frais et un couchage agréable. Elle supporte les -20 °C. Il faut simplement la nourrir plus. La salle de traite doit être confortable, lumineuse et tempérée pour les hommes car c’est leur poste de travail. Il ne faut pas oublier que la traite est une contrainte de plus en plus mal acceptée. »

■ De tels bâtiments sont-ils envisageables en France?

C. B. - « Les mentalités des éleveurs allemands et français sont différentes. J’ai l’impression que la France en est aujourd’hui au stade où l’Allemagne était en 1990. À l’époque, les éleveurs d’Allemagne de l’Ouest ont vu avec la réunification qu’on pouvait avoir des troupeaux de 500 vaches et plus dans le même bâtiment. Cela a été un déclic. Nous avons été sollicités il y a trois ans pour un projet de 1 000 vaches en Picardie. C’est un dossier très difficile. Mais s’il se concrétise, ce sera un exemple que l’on viendra voir, et je suis alors persuadée que ce ne sera pas le dernier en France. »

Propos recueillis par Christophe Reibel

Sommaire du dossier

Page 28 : Sept clés pour réussir son projet

Page 32 : Dans la Meuse (380 vaches) : «Nous avons un lot par bâtiment»

Page 36 : Dans le Calvados (350 vaches) : «Nous avons limité l’investissement à 2 600 euros par vache»

Page 40 : Dans la Manche (300 places) : «Nous pouvons loger 300 vaches dans le même bâtiment»

Page 44 : En Allemagne. Un modèle de bâtiment rationnel et économique

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