Réussir lait 20 août 2008 à 12h03 | Par F. Mechekour

Couverture de silos - COMMENT SE PASSER DES PNEUS

Pénibles à installer, sources de corps étrangers, milieu favorable aux insectes piqueurs, difficiles à recycler… des méthodes permettent de se passer des pneus.

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Pour un silo de 10x30 m, il faut compter 250 sacs (325 euros) et 4,5 tonnes de gravillons (122 euros). (© CA du Nord) Des sacs à silo Une grille de protection Des bandes de géotextile De la craie broyée De la paille et un couvert végétal

Le remplacement des pneus par des méthodes alternatives fait de plus en plus d’émules. Les inconvénients des pneus sont nombreux tant sur le plan technique, de la santé (humaine et animale) qu’environnemental. Par ailleurs les pneus deviennent avec le temps des déchets qui se retrouvent en dehors du système de recyclage mis en place par la filière, et il n’est pas évident pour les agriculteurs de trouver des solutions d’élimination des vieux stocks.

Nous vous proposons de faire le point sur des alternatives qui ont été testées en 2007- 2008 par des agriculteurs du Nord de la France, dans le cadre d’une opération organisée par l’Association de développement agricole de l’arrondissement de Valenciennes (ADAAV), en partenariat avec la chambre d’agriculture du Nord et le Parc naturel régional Scarpe-Escaut. Cette étude, dont le suivi technique a été confié à Arnaud Leduc, de la chambre d’agriculture, a fait l’objet de la publication d’un fascicule « Se débarrasser de ses pneus… oui mais que mettre à la place ? », téléchargeable sur le site internet de la chambre d’agriculture du nord (www.nord.chambagri.fr) et, dans la limite des stocks disponibles, sur simple demande à la chambre d’agriculture du Nord ou au Parc naturel régional Scarpe-Escaut. Bon nombre d’informations sont reprises dans cet article.

1/ Des sacs à silo

■ La méthode consiste à disposer sur une bâche classique de 150 à 180 microns des sacs à silo ou boudins remplis de gravillons de type gravillons de marne. Les sacs, en polypropylène ou polyéthylène, sont disposés en jointif tout autour du silo et dans le sens de la largeur tous les 4 à 5 mètres. Pour un silo de 10x30 m, il faut compter 250 sacs (325 euros) et 4,5 tonnes de gravillons (122 euros). Attention, il faut absolument garder deux rangs de boudins sur le front d’attaque pour éviter que l’air pénètre dans l’ensilage. On peut adapter cette technique en ajoutant un sousfilm de 40 microns sous la bâche classique de 150 à 180 microns. C’est la méthode bavaroise. Le sous-film est en polyéthylène (0,150 euros HT/m2) . Il doit être changé tous les ans. On peut se passer du sous-film, plutôt délicat à poser, mais la conservation est a priori un peu moins bonne.

■ Avantages - Matériel peu encombrant. - Manipulation propre. - Couverture esthétique. - Peu de risques de corps étrangers dans le maïs.

■ Inconvénients - Sacs à silo assez lourds (20 kg). - Maintien en place des boudins en pente peu évident.

Cette alternative consiste à déposer une grille de protection tissée à mailles serrées (poids 220 g/m2, résistance : 4,5 à 6 t/m2) sur les deux bâches.
Cette alternative consiste à déposer une grille de protection tissée à mailles serrées (poids 220 g/m2, résistance : 4,5 à 6 t/m2) sur les deux bâches. - © CA du Nord

2/ Une grille de protection

Cette alternative consiste à déposer une grille de protection tissée à mailles serrées (poids 220 g/m2, résistance : 4,5 à 6 t/m2) sur les deux bâches. Compter environ 325 euros pour l’achat de deux grilles (12x15 m) R : 4,5 t/m2. Cette méthode semble être le meilleur compromis entre qualité de conservation, simplicité, coût et préservation de l’environnement.

■ Avantages - Les mêmes que la méthode des sacs à silo. - Très bonne protection de la bâche.

■ Inconvénients - Les mêmes que la méthode des sacs à silo. - Grille un peu glissante.

■ L’avis de Pierre Dubois, à Nivelle, dans le Nord : « Cette année, je me débarrasse de mes derniers pneus. Mes deux silos de maïs (30x10 m) seront recouverts par ce système qui m’a donné entière satisfaction. Je n’ai pas eu de moisissure dans l’ensilage. La pose de la première bâche (40 microns) est très délicate. Elle s’envole facilement et il ne faut pas marcher dessus. Les sacs sont également lourds (environ 20 kg). »

 

3/ Des bandes de géotextile

La méthode consiste à déposer des bandes de géotextile en polypropylène non tissé de 4 mm d’épaisseur (500 g/m2) dans le sens de la largeur pour faciliter le débâchage.

■ Avantages - Les mêmes que la méthode des sacs à silo. - Couverture uniforme. - Très bonne protection de la bâche contre les agressions extérieures. - Pas de risque de circulation d’air sous la bâche.

■ Inconvénients - Les mêmes que la méthode des sacs à silo. - Stockage du géotextile si possible à l’abri. - Difficile à manipuler si gorgé d’eau. - Coût élevé (630 euros pour un rouleau de 300 m2).

■ L’avis du Gaec du Bled, à Wallers, dans le Nord : « Le géotextile protège efficacement la bâche contre les agressions extérieures. L’ensilage se conserve vraiment mieux. Il y a moins d’air qui pénètre et donc beaucoup moins de moisissures. Finalement, la manipulation n’est pas plus contraignante que celle des pneus. Le gros inconvénient du géotextile, c’est son coût. »

 

4/ De la craie broyée

La technique est simple ici, puisqu’il suffit de déposer de la craie broyée d’une granulométrie de 15/40 sur la bâche classique de 150 à 180 microns. La craie (20 à 25 kg/m2) est étalée sur la bâche pour former une pellicule d’environ 2 à 3 cm d’épaisseur. Cette masse homogène plaque la bâche sur le maïs. Il faut stocker la craie dans un endroit sec.

■ Avantages - Mise en place rapide. - Élimination simple en apport calcique aux champs. - Faible production de déchets. - Aucun risque pour les vaches.

■ Inconvénients - Débâchage difficile par temps de pluie ou gel.

■ L’avis de Brigitte et Gery Dufernez, à Nivelle, dans le Nord : « Cela fait trois campagnes que nous utilisons de la craie. Nous faisons des tas de craie sur le silo avec le Manitou et nous l’étalons facilement avec un râteau. Jusqu’ici, nous n’utilisions qu’une seule bâche classique neuve que nous protégions avec une ancienne bâche. Désormais nous n’utilisons qu’une seule bâche mais labellisée. En bordure, une amélioration s’impose pour éviter la stagnation de l’eau. »

 

5/ De la paille et un couvert végétal

■ Attention, l’alternative testée ici inclut l’usage d’une bâche. La paille est posée sur la bâche (150 à 180 microns) de façon à réaliser un tapis de 10 cm d’épaisseur environ. Il est préconisé d’arroser la paille pour l’alourdir en cas de grands vents. Un couvert végétal à base de céréales ou de graminées est ensuite semée sur la paille. L’étanchéité est améliorée en ceinturant le silo à l’aide de sacs à silo.

■ Avantages - Peu coûteux. - Recyclage facile de la paille et du couvert. - Faible production de déchets.

■ Inconvénients - Paille difficile à installer par grands vents. - Mauvais maintien de la paille sur les fortes pentes.

■ L’avis de Xavier Soyez, à Bellaing, dans le Nord : « C’est une méthode facile à mettre en place. La conservation est bonne et le couvert végétal est agréable à regarder. Il faut bien arroser après le semis de la céréale pour faciliter la germination des graines. Dans notre essai, ce sont le seigle et l’escourgeon qui ont donné la plus belle végétation. Malgré mes craintes, nous n’avons pas eu de problèmes avec des rongeurs. Par contre, il faut faire attention lorsqu’il pleut que l’eau ne s’écoule pas sur le front d’attaque. Pour éviter ce problème, je vais cette année utiliser la paille et le couvert végétal (blé produit sur l’exploitation) en haut des silos et la méthode avec la grille sur les pentes. J’ai également testé le système avec la grille. C’est tout aussi efficace mais plus coûteux et moins facile à découvrir. La grille est légère et volumineuse, ce qui rend difficile son enroulement surtout lorsqu’il y a du vent. »

SE DÉBARRASSER DES VIEUX PNEUS: Que dit la loi ?

La loi mentionne l’usage des pneus pour couvrir un silo comme une valorisation. Reste que le recyclage des anciens pneus pose problème. Ils ne peuvent pas toujours rentrer dans le circuit de recyclage via une filière spécialisée, contrairement aux pneus repris par votre garagiste ou concessionnaire lors de la pose de nouveaux pneus sur votre véhicule. Alors que faire de ces pneus, sachant qu’il est formellement interdit de les enfouir, de les abandonner et de les brûler ? « Le décret de loi du 24 décembre 2002 précise que l’agriculteur est valorisateur quand il utilise les pneus sur les silos, et il est détenteur quand ce sont des stocks inutilisés et il doit à ce titre éliminer à sa charge les vieux pneus. Dans certains cas, la filière recyclage accepte de les récupérer pour un coût de 200 euros la tonne, précise Odile Brebion, de la chambre d’agriculture du Nord. Mais dans le cas contraire, le décret ne répond pas à la question du devenir des vieux pneus. »

Pour aider les agriculteurs à se débarrasser de leurs pneus usagés via une filière de recyclage, l’Adaav et ses partenaires ont donc mis en place des opérations de collecte grâce au soutien financier de la communauté d’agglomération de la Porte du Hainaut. Fin 2007, quarante agriculteurs ont pu bénéficier du déstockage pour 191 tonnes récoltées. En 2008, soixante-dix agriculteurs se sont déjà inscrits pour plus de 320 tonnes estimées et cette collecte se terminera en 2009 pour permettre aux maximum d’agriculteurs de se débarrasser des stocks anciens mais également de pouvoir changer de méthodes suite à la sensibilisation menée en parallèle.

 

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