Réussir lait 19 mai 2017 à 08h00 | Par Annick Conté

Combiner les potentialités de chaque race

Le croisement laitier offre une alternative pour adapter le troupeau en jouant sur l’hétérosis et la complémentarité des races. Dans le Finistère, un groupe d’éleveurs herbagers s’est lancé dans des croisements massifs depuis 2009.

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Un troupeau anglais de croisées HolsteinxJersiaises qui a donné envie aux éleveurs français de pratiquer du croisement pour ses performances de repro, de MU et de résultats économiques.
Un troupeau anglais de croisées HolsteinxJersiaises qui a donné envie aux éleveurs français de pratiquer du croisement pour ses performances de repro, de MU et de résultats économiques. - © I. Pailler

Avec 45 % de vaches kiwis dans leur cheptel, les Néo-Zélandais sont les pionniers du croisement laitier. Mais la Nouvelle-Zélande n’est pas le seul pays adepte de cette pratique. Aux USA, 9,5 % des vaches laitières sont croisées et aux Pays-Bas 12 %. Beaucoup de pays s’y intéressent. Certains comme la Nouvelle-Zélande ont même mis en place une indexation permettant une sélection d’animaux croisés. Si en France le croisement laitier reste timide avec seulement 1,5 % des inséminations premières (50 000 IAP) à son actif, il est en progression de 30 à 40 % par rapport à 2010.

Que recherche-t-on avec le croisement ? « Un effet hétérosis qui apporte un bonus sur les performances en particulier la production et la fertilité. Et une complémentarité entre races pour améliorer les aptitudes fonctionnelles, répond Pascale Le Mézec, de l’Institut de l’élevage (1). Le changement est sensible dès la première génération. Globalement sur la première génération de Holstein x Montbéliarde, les animaux ont une performance comparable à la Holstein avec de meilleures aptitudes fonctionnelles (+ 6,4 % de matière utile par rapport à la Montbéliarde et + 6,5 % de réussite à l’IA par rapport à la Holstein). La première génération est homogène, mais ensuite on observe une plus grande hétérogénité et une plus grande diversité des animaux. »

Des stratégies différentes selon les contraintes de chaque ferme

Dans le Finistère, un groupe d’éleveurs herbagers s’est lancé dans le croisement en 2009. Ils sont aujourd’hui 27 dont 14 éleveurs en bio et 6 jeunes installés depuis moins de deux ans (en moyenne 360 000 litres par an et 9 % maïs dans la SFP). « Ce sont des éleveurs qui ont des pratiques radicales : optimisation maximale du pâturage, vêlages très groupés, vaches nourrices ou monotraite pour une partie d’entre eux, utilisation de nouvelles fourragères comme le plantain et la chicorée…, explique l’animatrice du groupe Isabelle Pailler de la chambre d’agriculture du Finistère. Ces éleveurs recourent à des croisements massifs presque systématiques en cherchant à combiner les potentialités de chaque race. « Certains recherchent des vêlages groupés et veulent des vaches fertiles avec de faibles périodes improductives, d’autres veulent d’excellents membres, les vaches devant parcourir plusieurs kilomètres par jour jusqu’aux pâturesIls sélectionnent aussi des animaux qui s’adaptent à leur système fourrager et peuvent fonctionner avec peu d’intrants, des vaches robustes avec des taux importants, des vaches avec une bonne production de matière utile par rapport à leur poids vif capable de faire le yoyo. »

Les races utilisées sont majoritairement la Holstein, la Jersiaise danoise ou néozélandaise, la Montbéliarde, la Rouge suédoise ou norvégienne, et plus rarement la Normande, la Brune, et la Simmental. « Ils cherchent à combiner les potentialités de chaque race. Aujourd’hui l’effet hétérosis n’est pas perceptible dans un élevage, ce que l’on voit bien, c’est la complémentarité entre races : la bonne performance, la santé et la fertilité de la Rouge scandinave, la polyvalence de la Montbéliarde, la matière utile, la bonne aptitude au pâturage et la précocité de la Jersiaise ».

Des animaux robustes très discrets avec du croisement HolsteinxMontbéliardexRouge scandinave

Les stratégies sont différentes suivant les contraintes de chaque ferme. Les éleveurs de ce groupe pratiquent le plus souvent un croisement trois voies. « Le plus fréquent est le croisement HolsteinxJersiaise x Rouge scandinave : il donne une petite vache fertile agressive au pâturage 'championne de la matière utile'. Dans des situations où la surface est limitante, on retrouve le croisement HolsteinxMontbéliardexRouge scandinave qui donne des animaux plus grands, robustes, très productifs dont les performances approchent celles de la Holstein, très discrets dans le troupeau. » Le travail du groupe se poursuit pour déterminer quelles croisées sont les plus adaptées à quel système. Ce qui est sûr, c’est que, même s’il faut plusieurs générations pour voir tous les effets, les résultats moyens du groupe sont surprenants : 60 % de réussite en 1re IA avec un IVV de 386 jours ; 25,8 mois d’âge au 1er vêlage, 12 €/1000 l de frais vétérinaires et peu d’interventions, des taux permettant une plus-value de 28 €/1000 l, une moyenne économique de 4 000 litres en bio (avec beaucoup de monotraite) et 6000 litres en conventionnel, un coût alimentaire de 46 €/1000 l avec 235 kg concentré/vache. Au final le groupe dégage en moyenne une marge brute de 409 €/1000 litres, 45 % EBE/produit, plus de 3000 €/UTH de revenu disponible par mois en 2015 avec seulement 0,55 kg d’eqCO2 émis par litre de lait (2).

(1) Lors d’une conférence de presse au Space 2016.

(2) Cela se confirme sur 2016 avec 46 000 €/UTH en bio et 40 700 €/TUH en conventionnel.

Hervé Léal, éleveur dans le Finistère.
Hervé Léal, éleveur dans le Finistère. - © I. Pailler

"Les premiers résultats me rassurent"

L'avis d'Hervé Léal, éleveur dans le Finistère.

« J’ai commencé le croisement 3 voies HolsteinxRouge scandinave x Montbéliarde en septembre 2009 après un voyage en Angleterre. Je produis seul 400 000 litres de lait sur 66 hectares avec un parcellaire bien groupé et un système très économe basé sur le pâturage. L’élevage dégage 51 % EBE sur produit avec un coût alimentaire de 40 €/1000 litres. Mes 68 vaches produisent 5 800 litres à 33,8 TP et 43,2 TB (soit une plus-value de 23 €). Ce sont des vaches robustes, adaptables et souples. Par prudence, j’ai gardé la moitié de Holstein. Les premières F1 sont arrivées en fin de lactation en juin 2013. Les premières issues du croisement trois voies en juin 2016. C’est un processus très long ; il ne faut pas se décourager surtout quand on dénote dans le paysage. Les premiers résultats (sur les F1 seulement) me rassurent, ils laissent présager de bonnes performances. Les 15 F1 font en 1re lactation aussi bien, voire mieux que les Holstein ; sur des effectifs encore réduits, elles produisent moins de lait en deuxième lactation et nettement plus en troisième lactation. Mais surtout elles ont 4 points de TB et 1 point de TP en plus que les Holstein. Les vêlages sont très dynamiques avec des contractions très marquées, je me fais toujours surprendre. Le croisement, c’est aussi le moyen de me réapproprier la sélection et les plans d’accouplements ; je commençais à perdre pied avec la génomique. »

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