Réussir lait 25 mai 2016 à 08h00 | Par Emeline Bignon

Booster les taux butyreux par l’alimentation

Depuis la fin du quota matière grasse, améliorer la recette laitière en recherchant davantage de TB peut se révéler une piste intéressante économiquement.

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Il est possible de gagner quelques grammes de taux butyreux sans chambouler tout le système.
Il est possible de gagner quelques grammes de taux butyreux sans chambouler tout le système. - © E. Bignon

Si la voie génétique est une stratégie avec des effets sur le long terme, c'est par l'alimentation que les taux peuvent être modifiés le plus rapidement. Le premier levier pour un bon taux butyreux passe par la maîtrise des risques de subacidose. « Il est recommandé de ne pas dépasser 20 % d’amidon dégradable dans le rumen et 30 % d’amidon total dans la ration », rappelle Olivier Véron de Littoral Normand, organisme de conseil en élevage sur la Manche, le Calvados et la Haute-Normandie. Il est essentiel aussi d’apporter une ration suffisamment structurante pour assurer une bonne rumination et stabilité ruminale. « Nous recommandons d’approcher 40 % de NDF (partie fibres chimiques rassemblant hémicellulose, cellulose et lignine), 30 % de NDF apporté par les fourrages et 18 % de cellulose brute dans la ration. » Attention au hachage du maïs ensilage : mieux vaut viser 10 à 12 mm rendu auge, et donc adapter la longueur de coupe selon l’outil de distribution. Enfin, le bilan alimentaire cations-anions des laitières doit se révéler supérieur à 250 mEq/kg MS.

Les jours longs ont un effet dépressif sur les taux

Tous les fourrages ne sont pas équivalents pour favoriser le TB. L’ensilage de sorgho par exemple, donne 2 à 4 points de TB supplémentaires par rapport à l’ensilage de maïs. La betterave fourragère a également un effet positif significatif. De façon générale, les rations riches en ensilage de maïs produisent plus de TB que les rations riches en herbe (+ 1 à 3 points), ce qui ne signifie pas qu’il faille abandonner l’herbe et le pâturage ! Au pâturage, une baisse du TB est généralement constatée. Elle s’explique par la richesse de l’herbe en sucres et matières grasses insaturées (omega 3…), mais aussi par l’effet saison lié au rallongement de la durée du jour. Physiologiquement, les mois aux jours longs, d’avril à août, sont défavorables aux taux. « Il est possible de limiter cette baisse en améliorant la structure de la ration en complémentant les vaches au pâturage avec une petite part de maïs ensilage mélangé à un peu de paille ou de foin. »

Les matières grasses protégées rarement rentabilisées

Côté concentrés, mieux vaut limiter les sources de matière grasse insaturée : graines de lin, de colza, de soja, de tournesol. Même l’huile de palme peut faire baisser le TB. « En revanche, le recours à des matières grasses protégées de la dégradation ruminale favorise le taux butyreux, précise Olivier Véron. Elles se présentent sous forme de savons calciques d’acides gras ou de matières grasses hydrogénées. » Mais d’un point de vue économique, les aliments issus de ces deux procédés industriels (saponification ou hydrogénation) ne sont pas intéressants pour les éleveurs au regard du gain de TB. « Pour un troupeau de 80 laitières à 30 l de moyenne, il faudrait gagner presque 3 points de TB pour rentabiliser un apport de 200 g de matières grasses hydrogénées, illustre le conseiller. Or sur le terrain, nous constatons un gain entre 0 et 2 points avec les matières hydrogénées et une réponse de -1 g à +2 g avec les savons d’acides gras. » Les éleveurs qui y recourent, visent surtout à concentrer la ration en énergie.

Plus généralement, une complémentation en énergie paroi (pulpes betteraves, luzerne déshy, coques soja) se montre plus favorable au TB que l’énergie amidon (orge, blé, triticale). Et le fait de privilégier une complémentation à base d’amidon lent (maïs) plutôt que rapide (blé, orge) améliore le TB, de même que les céréales aplaties ou concassées plutôt que la farine. Enfin, pour les sources azotées, le tourteau de colza baisse le TB de 1 point, en comparaison au tourteau de soja.

Des écarts de prix importants liés aux taux

À partir des prix du lait de 750 exploitations avec plus de 80 % de Prim’Holstein dans le troupeau hors bio, et livrant à une même laitierie, Eilyps (Ocel d’Ille-et-Vilaine) a décortiqué les postes où se joue la différence entre la moyenne du quart supérieur et du quart inférieur du groupe, sur le critère prix du lait payé. Il y a plus de 22 €/1 000 l d’écart de prix. Cette différence s’explique avant tout par les taux : 19 € d’écart ! L’incidence des leucocytes, butyriques et lipolyse s’élève à 3,40 €.

Même constat dressé par Littoral Normand sur 541 élevages en race Prim’Holstein (hors bio) sur la campagne 2014-2015. L’écart de prix entre le quart supérieur et le quart inférieur est de 21,90 €/1 000 l(1) dont 13,60 € liés aux taux. Le quart supérieur affiche 2 points de mieux pour le TB et 1,2 point pour le TP.

(1) Calcul basé sur les grilles interpro, hors incidences diverses propres à chaque laiterie.

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