Réussir lait 06 novembre 2015 à 08h00 | Par Sandra Roupnel

Au Danemark, des grands troupeaux gérés de manière simple et efficace

Les élevages danois, parmi les plus productifs d'Europe, ont misé sur des systèmes d’alimentation simples et des installations confortables. Mais ce sont aussi les plus endettés et ils sont très sensibles aux variations de prix du lait.

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Les élevages danois doivent poursuivre leur recherche de productivité pour rester viables économiquement.
Les élevages danois doivent poursuivre leur recherche de productivité pour rester viables économiquement. - © A. Blondel

Avec seulement 3600 exploitations laitières pour une collecte nationale qui avoisine les 5 millions de tonnes, le Danemark est certes un petit pays mais il possède les élevages laitiers les plus grands d’Europe. Une exploitation danoise produit en moyenne 1,4 million de litres de lait avec un troupeau de 220 vaches. C’est à la fin des années 1990 que le secteur laitier danois entame une véritable révolution. L’ensemble de la filière, soutenue par les pouvoirs publics, fait alors un choix stratégique et un pari sur l’avenir. L’objectif est de remodeler complètement la production afin d’améliorer la compétitivité du secteur. Environ 2000 bâtiments d’élevage sont construits. Ces stabulations de grande dimension comptent 100, 200… jusqu’à 500 places. Si la production laitière totale du Danemark est stable depuis la mise en place des quotas, le nombre d’exploitations a lui été divisé par dix en trente ans! Les investissements ont été nombreux et importants à tel point que les élevages laitiers danois sont aujourd’hui les plus endettés d’Europe. La modernisation des installations de production a contribué à améliorer la productivité du travail, l’un des atouts de la production danoise.

Un système adapté à la main-d’œuvre étrangère

« Les structures sont principalement familiales avec un chef d’exploitation qui emploie du personnel, souligne Anne Blondel, référente nutrition à Ain Conseil élevage, qui a participé à un voyage d’étude au Danemark en septembre 2014. Les salariés - 2 ou 3 en moyenne - sont en majorité étrangers et viennent le plus souvent des pays de l’Est. Le système est donc conçu pour être facile à comprendre et à mettre en œuvre. » À l’image de l’alimentation, qui repose sur l’utilisation d’un nombre limité d’aliments. Le fourrage est constitué en majorité d’ensilage d’herbe et de maïs, associé à du tourteau de soja et de colza. Les Danois n’utilisent pas d’aliments complexes. Les matières premières sont achetées en grande quantité. Les vaches pâturent rarement, sauf dans les exploitations en agriculture biologique qui représentent 10 % des élevages. Le rations sont complètes, distribuées une fois par jour. Certaines exploitations sont équipées d’un DAC. Les éleveurs veillent à récolter le fourrage de la meilleure qualité. L’herbe est fauchée à un stade précoce, dès que la hauteur atteint 40 cm à l’herbomètre. Il s’agit de mélanges ray-grass anglais et trèfle blanc bien adaptés au climat tempéré du Danemark. Les prairies sont ensilées au maximum toutes les six semaines, quatre à cinq fois par an. Le rendement moyen est de 10 tonnes de matière sèche par hectare, avec des taux de protéines qui avoisinent 18%.

L’emploi des antibiotiques est très réglementé et incite les éleveurs à offrir les meilleures conditions sanitaires à leurs animaux.
L’emploi des antibiotiques est très réglementé et incite les éleveurs à offrir les meilleures conditions sanitaires à leurs animaux. - © A. Blondel

Des fourrages récoltés au meilleur stade

Avec ce mode d’alimentation, les niveaux de production dépassent 9 000 kg par vache. Sur le plan sanitaire, les éleveurs misent sur la prévention car les contraintes d’utilisation des produits vétérinaires sont très fortes au Danemark. Ils sont très encadrés par leur vétérinaire qui effectue une visite sanitaire mensuelle. L’objectif est de surveiller les pathologies et les facteurs de risque. Les enregistrements de traitement et les pharmacies sont contrôlés. Dans les bâtiments, les conditions d’hygiène et de ventilation sont particulièrement étudiées. Pour les veaux, les modes de vie en extérieur sont privilégiés. Pour les premières semaines, les niches et les cases individuelles ouvertes sur l’extérieur font parfaitement l’affaire. Puis les génisses passent en box collectif de 5 ou 6 places. Le vaches, quant à elles, disposent de logettes et se déplacent sur des caillebotis.

Le confort prime aussi pour faciliter le travail de la main-d’œuvre qui doit être efficace. Les chariots de distribution du lait sont monnaie courante. Les salles de traite sont également bien équipées, avec des sorties rapides, des plain-pieds, des planchers réglables et des rails de support du matériel. En dehors des élevages avec robot de traite, qui représentent 25% des fermes, les salles de traite sont surtout des TPA équipées pour traire en deux heures. Les bureaux sont vastes, confortables et chauffés. Ils permettent de ranger tous les dossiers de l’élevage. Des écrans sont souvent installés à l’extérieur du bureau pour pouvoir consulter facilement les données. Les informations techniques et sanitaires sont regroupées pour une analyse rapide grâce à des logiciels de gestion du troupeau. De nombreux élevages équipent en permanence leurs animaux de podomètres, détecteurs de chaleur et/ou de vêlage.

Vers une réduction des émissions d’ammoniac

« Les éleveurs laitiers danois sont plutôt compétents, motivés et entrepreneurs mais ils ne sont pas toujours très bien vus par la population », note Anne Blondel. De fortes contraintes environnementales et sociétales pèsent sur leur activité. Une loi votée en 2010 va venir durcir la réglementation environnementale et les normes de confort pour les animaux. Les émissions d’ammoniac ne devront pas dépasser 7,31 kg par vache. Or, la moyenne actuelle est de 10,5 kg. La couverture des fosses sera indispensable. Pour les animaux, il faudra notamment disposer d’une place de logette par vache, d’un box de vêlage, d’un abreuvoir pour 10 vaches, de sols souples en aire d’attente… sans oublier les veaux qui devront rester une demi-journée sous la mère. « Les éleveurs espèrent que ces efforts se traduiront  par une amélioration du niveau de production laitière », conclut Anne Blondel.

Des exploitations fragilisées par l'endettement

La modernisation du secteur laitier a engendré des investissements nombreux et importants pour augmenter la taille et la productivité des exploitations. Notons que les éleveurs danois ont acheté leur quota et que les acquisitions de foncier se font à des prix très élevés (25 000 €/ha). Malgré les mesures d’accompagnement des pouvoirs publics, les élevages souffrent d’un endettement élevé qui atteint en moyenne 80 %.

Entre 2008 et 2010, le secteur laitier a connu de sévères difficultés qui ont mené à des dépôts de bilan. Certains éleveurs se sont expatriés à l’Est pour fuir la spirale de l’endettement. Depuis, les revenus se sont rétablis autour de 500 euros par vache laitière. Mais les exploitations restent très sensibles aux variations du prix du lait et fortement dépendantes du versement des aides européennes. Parmi les principales stratégies mises en œuvre par les éleveurs, citons la diversification vers la production d’énergie, la production biologique, la vente directe et bien sûr l’agrandissement. Force est de constater qu’il devient très difficile de financer les investissements avec l’emprunt seul. Apparaissent aujourd'hui de nouveaux investisseurs, et notamment des fonds de pension, qui se proposent de financer des projets. Les banques, quant à elles, sont très impliqués dans la gestion des exploitations. Elles orientent les décisions et peuvent décider de la cessation d’activité.

Chiffres clés

5,5 millions d’habitants

4,95 millions de tonnes de lait produit

92 % du lait produit collecté par la coopérative Arla

67 % de la collecte est exportée

3545 exploitations laitières (en 2014)

1 450 000 litres de lait par exploitation

159 vaches par exploitation

9138 kg de lait produit par vache (en 2012-2013)

(Source Idele)

 

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