Réussir lait 01 septembre 2016 à 08h00 | Par C.Pruilh

Au congrès EDF, les éleveurs à la recherche de marges de progrès

À La Baule, 385 personnes dont 270 éleveurs venus de 26 pays, ont participé au congrès du réseau des éleveurs laitiers européens. Les solutions pour vivre en temps de crise étaient au menu.

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BRUNO PINEL (deuxième à partir
de la droite) accueillait des éleveurs
européens sur sa ferme en bio.
BRUNO PINEL (deuxième à partir de la droite) accueillait des éleveurs européens sur sa ferme en bio. - © C. Pruilh

Le réseau European dairy farmers (EDF) rassemble 467 membres dont 411 éleveurs, de 26 pays. Chaque année, son congrès a lieu dans un pays différent : trois jours de conférences, des visites de fermes... Cette année, c'est la délégation française (63 adhérents) qui organisait cet événement sur le thème de la diversité des stratégies : bio, automatisation, diversification dans les énergies renouvelables...

Évidemment le prix du lait était au centre des discussions, mais ce sont des solutions que les membres EDF étaient venus chercher. « Je suis curieux de voir comment font les autres pour vivre avec des prix aussi faibles », soufflait un éleveur allemand.

Steffi Wille-Sonk, économiste, analyse les résultats de tous les éleveurs membres. Dans chaque pays, le réseau est animé par un organisme de développement agricole, le BTPL en France. Certaines coopératives incitent leurs adhérents à adhérer. Participer à un groupe d'échanges, EDF ou autres, complète le panel d'offres de formations pour mieux connaître son revenu et les indicateurs économiques de l'atelier lait. « Les éleveurs français EDF ne sont pas une troupe d'élite aux résultats hors d'atteinte ! Ils représentent la diversité des fermes françaises : de différentes tailles et système fourrager, en conventionnel ou bio... Avec des résultats plus ou moins bons. Ils ne sont pas tous bilingues en anglais. Ces éleveurs ont en commun l'envie de progresser et d'ouvrir leur horizon. Partager les bonnes et mauvaises expériences, se motiver, trouver des idées... grâce aux échanges entre éleveurs, c'est cela EDF », résume Katrine Lecornu, présidente d'EDF.

Ouvrir son horizon

Steffi Wille-Sonk a présenté son analyse de 224 réponses à un sondage sur la stratégie des éleveurs EDF pour passer les crises. À la question : « Comment utilisez-vous vos profits des bonnes années pour passer des périodes de bas prix du lait ? », 166 éleveurs ont répondu qu'ils investissent pour moderniser leur ferme et accroître leur efficience ; 102 qu'ils investissent pour s'agrandir ; et 91 qu'ils réduisent leur endettement. Seuls 75 constituent des réserves de trésorerie. Et à peine 20 % investissent pour diversifier leur activité. « Beaucoup investissent dans leur élevage, mais attention, il faut que l'investissement améliore suffisamment l'efficience du système », pointe l'économiste.

- © Réussir

À la question : « Quelles mesures principales prenez-vous pour survivre à de faibles prix du lait ? », presque tous les éleveurs répondent qu'ils réduisent leurs coûts de production. « Pour faire baisser le coût de production, le levier le plus pratiqué est la valorisation maximale des fourrages et des cultures produites sur l'exploitation pour éviter les achats d'aliments extérieurs. Pour améliorer l'efficience alimentaire, certains ont changé de nutritionniste. Les achats d'additifs et minéraux sont réduits. Certains vont jusqu'à changer de stratégie alimentaire en modifiant le rapport entre pâturage et herbe récoltée, la part d'herbe et de maïs... Certains disent faire plus de lots voire individualisent l'alimentation pour réduire le gaspillage », détaille Steffi Wille-Sonk.

Plus d'attention pour améliorer la performance technique

Elle cite d'autres pistes évoquées par les éleveurs : réformer les vaches les moins performantes. Reporter des investissements. Réorganiser le travail pour réduire les heures de travail salarié et augmenter le travail familial. Augmenter la production laitière pour diluer les coûts en augmentant le nombre de vaches et le rendement laitier par vache. Changer de circuit d'approvisionnement, acheter en gros, pour négocier des prix d'achat. Améliorer la santé animale et les résultats de reproduction par plus d'attention.

L'économiste a regardé l'évolution des coûts de production des membres EDF. Les exploitations irlandaises, belges, danoises et suédoises ont le plus réussi à faire baisser leurs coûts entre 2016 et 2015. Elles ont dilué leurs charges de structure, en produisant plus sans investir.

Le levier volume pour diluer les charges

Pour les exploitations françaises, le levier volume est parfois fortement contraint par l'encadrement des volumes contractuels. Elles n'ont pas forcément pu investir pour s'agrandir quand elles le voulaient, pour ensuite diluer leurs charges de structure en optimisant leur outil. Elles ont un cran de retard sur l'évolution de leurs voisines européennes. Leurs coûts de production ont peu baissé par rapport à l'année précédente.

Sur 38 fermes françaises, la moitié a besoin d'un prix supérieur à 395 euros/1 000 kg ECM pour couvrir tous les coûts y compris le travail des associés et la rémunération du capital. « Les Français ont encore des marges de progrès. Par comparaison avec les autres pays, ils sont moins bons en coût de renouvellement : âge au premier vêlage plus élevé, taux de réforme supérieur... La productivité des terres (litres/ha) et du travail est moins élevée. » Ce prix d'équilibre français est un peu meilleur que celui du groupe néerlandais (41,3 c). « Ces derniers ont réinvesti leurs profits de la bonne période pour des raisons fiscales. Ils n'ont donc pas pu baisser leurs coûts, commente Steffi Wille-Sonk, qui conclut l'ensemble de son exposé : il n'y a pas que le faible prix du lait qui fait perdre de l'argent. Mais aussi le poids des dettes. »

(1) ECM correspond à un lait standard ramené à 3,4 % de MP et 4 % de MG.

LIRE LES TÉMOIGNAGES D'ÉLEVEURS DANS LA REVUE N°305, pages 8 à 10

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