Réussir lait 30 mars 2017 à 08h00 | Par Véronique Bargain

Assurer la durabilité des sols en béton

Les sols pleins en béton sont les plus fréquents et les moins coûteux. Plusieurs solutions à programmer dès leur mise en place peuvent assurer leur durabilité.

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Le rouleau "maison" de la Sica Les Coëvrons : il s'est passé entre une heure et demie et deux heures entre le coulage du béton et le passage du rouleau.
Le rouleau "maison" de la Sica Les Coëvrons : il s'est passé entre une heure et demie et deux heures entre le coulage du béton et le passage du rouleau. - © Costie Pruilh - archives

Avec un coût de 30 à 40 ¤/m², les sols pleins en béton sont les sols les moins coûteux. « Avant d’envisager des solutions plus coûteuses, il est donc important d’améliorer la qualité et la durabilité des sols en béton, souligne Jean-Luc Ménard, de l’Institut de l’élevage. La programmation des solutions doit se faire lors de la mise en place du sol. L’important est d’abord de réaliser des bétons durables puis de programmer des actions correctives permettant d’augmenter leur durée de vie, avant enfin d’envisager la réfection du sol. »

Un sol résistant et antidérapant avec le bouchardage

Le bouchardage est une technique pour améliorer la durée de vie d’un sol en béton. Il consiste à réaliser des empreintes sur le béton frais avant son durcissement complet.

Le bouchardage (ici avec la boucharde BMC Diffusion) prolonge la vie du sol de 8 à 12 ans et peut être suivi dans un second temps d'un rainurage mécanique qui le prolonge encore de 10 ans.
Le bouchardage (ici avec la boucharde BMC Diffusion) prolonge la vie du sol de 8 à 12 ans et peut être suivi dans un second temps d'un rainurage mécanique qui le prolonge encore de 10 ans. - © J.-L. Ménard - Idele

Il permet à un béton de garder sa structure de départ et d’obtenir sa résistance maximale avec sa surface antidérapante déjà réalisée. « Le bouchardage est actuellement très peu pratiqué de manière professionnelle, constate Jean-Luc Ménard. Le plus souvent, le béton est lissé, fermé à l’hélicoptère et un rainurage mécanique est pratiqué peu après. En apportant un caractère antidérapant dès la mise en place grâce au bouchardage, on peut retarder le rainurage mécanique de 8 à 12 ans et ainsi prolonger la vie du sol. Des empreintes en forme de losanges ou de carrés et assez espacées permettent de programmer dans un second temps un rainurage mécanique. » Aujourd’hui, très peu d’élevages ont des sols en béton bouchardé correctement réalisés. En Mayenne, la Sica des Coëvrons pratique toutefois cette technique depuis plus de vingt ans à partir d’une boucharde (rouleau avec lequel on réalise les empreintes) faite maison (1). Et une boucharde (BMC Diffusion - 17) est désormais disponible sur le marché et utilisable par tous les professionnels. Une entreprise de maçonnerie de l’Orne — la SARL Thierry Morin — l’utilise depuis deux ans. Le coût de l’intervention est de 3,5 ¤/m².

Au Gaec du Pont-Martin, les empreintes facilitent l'écoulement des jus vers le caniveau central.
Au Gaec du Pont-Martin, les empreintes facilitent l'écoulement des jus vers le caniveau central. - © Gaec du Pont-Martin

Une solution pour les sols à pentes transversales

Le bouchardage s’avère aussi intéressant pour les sols à pentes transversales en V. « Les sols à pentes transversales en V permettent d’éliminer plus rapidement l’humidité et ont donc potentiellement de l’intérêt pour l’hygiène et la santé des pieds et la réduction des émissions gazeuses ammoniacales, note Jean-Luc Ménard. Or sur ces sols, un rainurage mécanique longitudinal s’oppose à l’objectif d’écoulement rapide des urines vers le canal central. » Un rainurage favorisant l’écoulement vers la partie centrale est alors nécessaire. Un bouchardage en quadrillé est une solution. Une autre est de réaliser lors de la mise en place des empreintes en arêtes de poisson de 1 cm X 1 cm espacées de 8 à 12 cm. « Et quand le sol devient glissant, on peut intervenir par rainurage mécanique longitudinal avec le même espacement de 10 centimètres mais des empreintes moins profondes, de 0,5 cm X 0,5 cm, pour garder l’écoulement par les arêtes de poisson. »

Des mesures correctives le plus tard possible

Plusieurs solutions correctives peuvent être envisagées pour redonner du caractère antidérapant à un sol bouchardé ou non.
Le rainurage mécanique consiste à tailler des rainures dans le béton à l’aide de disques diamantés, souvent tous les 5 cm et sur une profondeur de 0,5 à 1 cm. Pour la scarification, le principe est d’attaquer le béton en surface avec des disques diamantés très rapprochés et à faible profondeur. La scarification peut être combinée au rainurage (scarification entre rainures) quand le sol devient glissant, les animaux trouvant ainsi à la fois des zones de butée pour les sabots et une surface rugueuse.
Enfin le décapage thermique consiste à réaliser un choc thermique à 2400°C à 3000°C à l’aide d’une flamme d’oxytétrène avec une rampe de 50 cm de large. Le traitement provoque un éclatement de la partie glissante. Simultanément, la chaleur brûle les huiles, les graisses et les agents chimiques incrustés en profondeur.

Une durée de vie du sol de 20 ans !

« L’intérêt de ces interventions successives doit être envisagé selon leur impact sur la durabilité du sol, souligne Jean-Luc Ménard. Le bouchardage coûte 2 à 3,50 ¤/m² pour une durée d’une dizaine d’années. Et quand il devient glissant, sa vie peut être prolongée par d’autres actions correctives. Le rainurage mécanique coûte 3 à 4 ¤/m² et le prolonge également d’environ 10 ans. En pratiquant un bouchardage lors de la mise en place puis un rainurage mécanique 10 ans plus tard, on assure donc une durée de vie du sol de l’ordre de 20 ans, variable selon le temps d’utilisation du bâtiment, la fréquence de raclage… Quant au décapage thermique, il n’augmente la durée de vie du sol que de quelques années pour un coût de 6 à 10 ¤/m². C'est probablement la dernière étape avant d’envisager la réfection totale du sol que l’éleveur doit définir et programmer. »

(1) Voir la réalisation du bouchardage Réussir Lait septembre 2014 p. 164.

Au Gaec du Pont-Martin, les empreintes facilitent l'écoulement des jus vers le caniveau central.
Au Gaec du Pont-Martin, les empreintes facilitent l'écoulement des jus vers le caniveau central. - © Gaec du Pont-Martin

« Du bouchardage sur un sol à pentes transversales en V »

Témoignage des éleveurs du Gaec du Pont-Martin à l'’Epinay-le-Comte, dans l'Orne.

« Nous avons transformé une partie de notre stabulation il y a deux ans et demi pour passer en logettes. Nous nous sommes appuyés pour cela sur l’Institut de l’élevage et sur le Contrôle laitier de l’Orne. Nous avons installé trois rangées de logettes. Dans le couloir entre deux rangées, nous avons fait faire un sol à pentes transversales en V avec un caniveau central et un racleur à corde CRD. Et nous avons souhaité faire boucharder le sol car cela nous semblait intéressant pour réduire l’humidité sur le sol et pour la stabilité des vaches. L’entreprise de maçonnerie Morin qui a fait les sols a acheté une boucharde BMC Diffusion qui fait des empreintes en losanges de 10 cm X 10 cm sur 0,5 cm de profondeur. Le bouchardage s’est fait en quelques heures, juste après la pose du béton, la difficulté étant de le faire au bon moment, quand le béton est assez dur mais pas trop. Nous en sommes très satisfaits. Les empreintes facilitent l’écoulement des jus vers le caniveau central. Et comme le béton est très fin, il n’y a pas du tout de jus qui reste sur le sol. Selon notre pédicure, il n’y a pas du tout de dermatites qui sont souvent liées à l’humidité du sol. Le sol bouchardé est aussi intéressant pour la stabilité des vaches. Elles ne glissent pas et se chevauchent même dans le couloir. Et par rapport au rainurage, il n’y a pas d’éclatement du béton et donc pas d’aspérités. »

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