Réussir lait 15 septembre 2003 à 17h08 | Par Emeline Bignon

Alimentation des bovins - Dans la Mayenne, de l´huile et du tourteau faits maison

Produire son concentré azoté et son carburant à la ferme, c´est possible. Dominique Bordeau a fait ce choix et utilise une presse à froid achetée en cuma.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

Autonomie alimentaire et respect de l´environnement : telles sont les deux motivations qui ont conduit Dominique et Béatrice Bordeau, éleveurs laitiers en Mayenne, à presser du colza à la ferme. Ils font d´une pierre deux coups en récupérant à la fois du tourteau, qu´ils distribuent aux laitières, et de l´huile, qui sert à alimenter les réservoirs des tracteurs.
« L´exploitation devient ainsi moins dépendante vis-à-vis de l´extérieur, précise l´exploitante en souriant. Même si notre objectif premier n´est pas la réduction des coûts, nous espérons toutefois économiser environ 3 000 litres de fuel et dix tonnes de tourteaux chaque année. »
En service depuis novembre dernier, la presse affiche un débit de 10 à 12 litres d´huile par heure. Un kilo de graines fournit environ 300 g d´huile et 700 g de tourteau. Les exploitants ont acheté du colza auprès de la coopérative en attendant de moissonner leur propre récolte.
©E. Bignon

Un tourteau à 20 % de matière grasse
« Avec des rendements de 30 à 35 quintaux, quatre hectares devraient suffir à satisfaire les besoins du troupeau, estime Dominique. Les graines doivent répondre à des critères de qualité précis : moins de 7 % d´humidité et 2 % d´impuretés maximum. »
Des conditions sine qua non pour assurer la réussite de la trituration et de l´utilisation de l´huile comme carburant.
Le fonctionnement de la presse en lui-même est très simple. Les graines stockées dans un ancien silo à aliment sont acheminées par une vis d´alimentation dans le corps de presse. Le tourteau sort en bout de chaîne tandis que l´huile est récupérée dans un tank à lait d´occasion (2500 l) qui fait office de bac de décantation. « Le système mis en place mériterait encore d´être amélioré, reconnaît l´éleveur. Le tourteau tombe à même le sol, ce qui m´oblige à le ramasser à la pelle. L´idéal serait que les bouchons parviennent directement dans des big bags où ils sont stockés jusqu´à leur utilisation. »

La presse fonctionne en continu pendant 48 heures. « Elle s´avère vraiment facile à utiliser et à transporter de ferme en ferme », apprécie Dominique.
La cuma a investi environ 7600 euros (50 000 francs) dans cette presse Täby d´origine suédoise en plus d´une pompe électrique filtrante. Il est facturé aux éleveurs un euro de l´heure. Pour l´instant, quatre agriculteurs de la cuma seulement pressent du colza, mais le groupe d´utilisateurs pourrait s´élargir si les résultats sont probants.
Au niveau du troupeau, les éleveurs disposent de peu de recul. L´analyse du tourteau a révélé une teneur en matière grasse élevée (20 %), ce qui limite son utilisation à 2 kg par vache et par jour, pour une valeur énergétique de 1,02 UFL et 190 en PDI. Cet hiver, les quarante vaches Normandes à 6500 litres de moyenne ont reçu une ration complète à base de 10 kg MS d´ensilage d´herbe, 3 kg MS de maïs ensilage, 2 kg MS de foin de fétuque et 2 kg MS de triticale. L´apport azoté s´est limité à 2 kg de tourteau de colza fermier.

« Les premiers résultats observés semblent satisfaisants, note Béatrice. Par rapport à l´an dernier, la production laitière et le TP sont restés stables. Par contre, le taux butyreux a pris deux points supplémentaires et l´état général des vaches s´est amélioré. »
« Dans notre système peu intensif basé sur l´ensilage d´herbe, le tourteau produit sur la ferme nous permet d´être autosuffisants en protéines. Mais cela ne serait pas possible avec un système maïs, demandant plus de protéines », conclut Dominique.

Une fois décantée 72 heures durant et filtrée à 10 microns, l´huile est utilisée dans deux tracteurs de 60 et 100 ch. Chacun d´eux dispose de deux arrivées de carburant séparées, l´une au fuel, l´autre à l´huile. Ils démarrent au fuel, stocké dans un petit réservoir additionnel, avant de basculer sur l´alimentation du réservoir principal rempli d´huile.
Le premier tracteur est équipé d´un kit de bicarburation Täby (1100 euros environ), qui permet de préchauffer l´huile avant sa combustion dans le moteur. Le basculement du fuel vers l´huile s´effectue alors automatiquement dès que l´huile atteint 65 ºC. « Par rapport au fuel, le tracteur perd environ 10 % de sa puissance », estime l´exploitant.
©E. Bignon

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Réussir Lait se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Question du mois

Avez-vous investi dans un taxi lait ?

Répondez à la question

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui