Réussir lait 03 septembre 2012 à 16h58 | Par E.Bignon

À l'EARL Le Moal, dans le Finistère - «J'ai progressé en efficacité alimentaire»

Produire plus de lait par vache avec moins de matière sèche ingérée, c'est le défi relevé par cet élevage à travers le plan 3G.

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Que se passe t-il donc dans la panse ? © E. Bignon

"En l'espace d'un an, l'efficacité alimentaire du troupeau est passée de 1,27 à 1,47 litre de lait produit par kilo de matière sèche ingérée, à stade de lactation équivalent », observe Richard Le Moal, installé à Poullaouen dans le Finistère.


Entre temps, une mélangeuse est arrivée sur cette exploitation de 145 hectares disposant d'un quota de 563 000 litres et d'un poulailler de 1 000 m2. Les 68 Prim'Holstein, qui produisent aujourd'hui 9 500 kg en moyenne, sont conduites en système pâturant intensif, avec un silo de maïs ouvert toute l'année. « J'avais déjà entendu parler d'efficacité alimentaire, avance l'éleveur. Je savais que cet indicateur correspond à l'indice de consommation utilisé pour les porcs, mais je ne voyais pas concrètement comment l'appréhender. D'autant que je ne connaissais pas avec exactitude les quantités distribuées aux vaches. »

Moins de fourrages ingérés mais mieux valorisés dans la panse

L'efficacité alimentaire correspond effectivement à la quantité de lait produite, corrigée des taux(1), et ramenée à la matière sèche ingérée par vache et par jour. « Améliorer ce critère revient à améliorer la valorisation de la ration par les animaux, explique Nicolas Kermorvan, nutritionniste chez Keenan. Sur cet élevage, cela s'est traduit par une augmentation de la production tout en diminuant la consommation de fourrage. »

« La distribution de la ration n'était pas optimale, décrit Richard. Cela me prenait beaucoup de temps et les résultats n'étaient pas au rendez-vous. Je réalisais un mélange grossier au godet désileur mais les vaches parvenaient toujours à trier. C'est pourquoi, je me suis orienté vers l'achat d'une mélangeuse. Ce qui m'a plu avec le plan 3G que m'ont proposé Keenan et Sanders, c'est l'engagement de résultat au bout d'un an. Sans quoi, ils reprenaient la machine. C'est important de pouvoir juger sur pièce. »


Issu d'un partenariat entre Keenan et Sanders, le plan 3G a démarré en novembre 2010 par audit analysant la situation de départ. « L'efficacité alimentaire était déjà correcte sur l'élevage, commente Jean-Michel Calvary de Sanders. La ration à base de maïs ensilage et d'herbe, pâturée ou enrubannée, a surtout évolué en termes de quantités distribuées. Le maïs a été réduit de 3 kg MS par vache et par jour, et l'enrubannage de 1,5 kg MS. En parallèle, les concentrés sont passés de 1333 kg à 1565 kg par vache et par an. Le tourteau de soja a été remplacé par un correcteur azoté, dont le choix varie en cours d'année selon la part d'herbe ingérée. »


Quant à l'aliment de production (une VL classique), il continue d'être distribué individuellement, autour de 2 kg par vache en moyenne. Hormis une meilleure homogénéité du mélange, le principal changement tient à l'introduction de paille dans le régime, à hauteur d'un kilo par vache et par jour.

De meilleurs démarrages en lactation et persistances

« Cette fibre efficace vient gratter les papilles ruminales qui tapissent l'intérieur de la panse », détaille Nicolas Kermorvan. Pour les vaches, la paille de blé se montre préférable à la paille d'orge, qui présente moins d'effet mécanique. Pour les génisses, au contraire, la paille d'orge, plus souple, plus saine, et plus appétente, est recommandée.


« La qualité de coupe se montre primordiale, insiste-t-il. Il faut une coupe franche pour assurer l'effet piquant. La longueur des brins en sortie de mélangeuse doit être de 6 cm. Au-delà, les vaches trient. » Pour le maïs, la longueur des brins à la récolte est passée de 14-15mm à 22 mm.


Avec un fourrage récolté en bonnes conditions, à 32 % de matière sèche, il n'y a pas de problème de conservation. « La qualité de la coupe de la fibre permet de ralentir le transit. D'où un temps de séjour des fourrages dans le rumen plus long, permettant à la fois une meilleure valorisation de la ration et une meilleure régulation de l'ingestion des vaches, qui se sentent moins vite rassasiées. »


L'ordre de chargement dans la machine a son importance. La paille, l'enrubanné (1 kg MS/VL) et le correcteur (3,5 kg/VL) sont d'abord introduits avec 100 kg bruts d'ensilage de maïs. Au bout de quinze minutes, l'éleveur ajoute le maïs (15 kg MS/VL) et ralentit le nombre de tour de pâles. Le mélange se poursuit pendant une minute. « Il faut un temps d'adaptation pour parvenir au bon mélange, mentionne l'éleveur. Le premier mois, c'était catastrophique, l'ingestion avait chuté d'un tiers. Il y avait énormément de refus, j'ai failli rattacher le godet ! En fait, la paille était mal coupée, il a juste fallu réajuster la vitesse de rotation des pâles. »

RICHARD LE MOAL, ÉLEVEUR. 
« Sans trop me casser la tête, j'ai obtenu des résultats visibles sur la production et la santé des vaches. »
RICHARD LE MOAL, ÉLEVEUR. « Sans trop me casser la tête, j'ai obtenu des résultats visibles sur la production et la santé des vaches. » - © E. BIGNON

Au niveau du troupeau, les lactations démarrent un cran au-dessus, environ 1 kg supplémentaire pour les primipares et 1,5 kg pour les multipares. « La persistance aussi s'est améliorée », observe l'éleveur. Ces meilleurs démarrages en lait vont de pair avec moins de souci au vêlage.


Le changement de conduite des vaches taries n'y est sans doute pas étranger. Elles reçoivent désormais 5 kg MS d'ensilage de maïs, 5 kg MS de paille, 1 kg MS de VL, et 1 kg de correcteur azoté sur un parcours extérieur où elles peuvent s'abriter du vent. « J'observe moins d'oedème et de fièvre de lait au vêlage, et les mises bas sont plus faciles. »


Au bout d'un an, l'objectif fixé a été atteint. Le travail est simplifié, le troupeau en meilleure santé et l'efficacité alimentaire améliorée de 15 %. La marge sur coût alimentaire, calculée à prix du lait et des concentrés identiques, a augmenté de 26 euros pour 1000 litres. La hausse du prix des aliments risque de réduire l'intérêt économique, d'autant que l'élevage consomme plus de concentrés qu'avant.

(1) 40 de TB et 33 de TP.

Le plan 3G s'engage sur des objectifs d'amélioration chiffrés

Keenan France et Sanders ont mis en commun leurs compétences en proposant le plan 3G. En signant ce plan avec l'éleveur, les deux entreprises s'engagent à améliorer l'efficacité alimentaire des rations de 14 % en moyenne(1) et la marge sur coût alimentaire de 28 EUR/1000 l dès la première année. Si cet objectif n'est pas atteint, la mélangeuse est reprise. Combiné à la nouvelle technologie de transfert Pace qui équipe les mélangeuses Keenan, le suivi est assuré par le nutritionniste et le technicien aliments qui effectuent une visite commune toutes les six semaines. Les résultats, transmis au serveur Keenan, sont évalués au regard des objectifs. Démarré en juillet 2010, le plan s'applique dans 116 élevages, sur 6 700 laitières. « En moyenne, à stade de lactation équivalent, la production a augmenté de 1,8 litre par jour, alors que la matière sèche ingérée est plus faible de 2,1 kg par vache et par jour, soit une progression de l'efficacité alimentaire de 18 % et une augmentation de la marge sur coût alimentaire de 33 EUR/1 000 l », affirme Jérôme Eon, en charge du plan 3G au niveau national. Cette évolution de la marge est calculée à prix du lait et des concentrés constants. « Les quantités de concentrés apportées augmentent en moyenne de 120 g/VL/j, mais en parallèle le nombre de vaches diminue, d'où un impact globalement neutre sur le coût de concentrés annuel. »

(1) Chaque éleveur dispose d'un objectif personnalisé.

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